samedi 9 janvier 2010

Advienne que "Pura" ou la tournée des grands temples

Préambule : suivant le conseil avisé de mon ami JaK - expert en la matière - d'annoncer "la couleur" dès le début de l'article, le titre "la tournée des grands temples" signifie donc en clair qu'il sera question dans ce chapitre de la visite de trois lieux hautement touristiques (Pura Taman Ayun, Pura Ulun Danu Bratan, Pura Tanah Lot), d'un autre beaucoup moins couru (Pura Luhur Batukau), de l'incontournable parcours dans les rizières (Pemandangan sawah) dont je ne me lasse pas et, par conséquent, cinq albums personnels en lien. Pour le texte, je continuerai de faire le compte rendu du déroulement de la journée ... pour les visiteurs qui ont le temps de lire.

NB : cliquez sur (album) après Pura Ulun Danu Bratan et Pura Tanah Lot pour accéder aux photos correspondantes, autrement le lien ne s'effectue pas (une bizarrerie de l'informatique !) 



Nous quittons Ubud par les petites routes de campagne pour rejoindre Mengwi et son très beau temple - le préféré de Tuti - principal sanctuaire d'un ancien royaume local déchu de sa grandeur par ses voisins à la fin du XIXème siècle. Sans GPS, l'imprécision de notre carte et le manque de panneaux de signalisation nous conduisent à parcourir quelques kilomètres inutiles ; quand nous atteignons notre but, j'ai du mal à reconnaître l'endroit. De vastes parkings sont maintenant aménagés à proximité du temple et les "warung" sagement alignés de l'autre côté de la route. Incontestablement, de gros efforts ont été consentis dans les domaines de l'accueil des visiteurs et surtout de la propreté aux abords des sites touristiques. 
Nous nous garons aisément et passons au guichet ; le parterre spacieux et  engazonné de la cour extérieure est parfaitement entretenu. A droite le vaste "wantilan" (arène pour combats de coqs) récemment rafraîchi offre aux visiteurs la vue intérieure de sa charpente complexe soutenant son immense toit à quatre pans et à couverture végétale en "alang-alang" (paillote, Imperata cylindrica).

Aprés avoir franchi le "candi bentar" (porche d'entrée) nous voilà sur la première terrasse ; nous prenons à gauche en direction du "bale kulkul" (tour de la cloche) et entreprenons d'en gravir les marches étroites et usées. Tout en haut, deux cylindres de bois, plus ou moins évider pour mieux résonner, sont suspendus à la charpente ; ils rythment les temps forts de certaines cérémonies et servent d'alerte sonore pour la population alentours en cas de danger. La position élevée offre un panorama qui donne une idée du domaine du deuxième temple le plus étendu de Bali. Nous redescendons prudemment.

Il y a bien quelques touristes mais l'espace à visiter est suffisamment vaste pour une promenade autour de l'enceinte du sanctuaire, en toute tranquillité. On pourrait se croire sur une île, ce qui confère à l'endroit une ambiance paisible, unique. La flore aquatique, essentiellement constituée de nénuphars et de lotus roses et blancs, s'épanouit gracieusement dans ces sortes de douves, alors que de petits gazebos posés çà et là dans le parc - où il fait bon flâner - encouragent à la halte contemplative. Les sentiers ombragés du "taman" (jardin) invitent à la découverte de diverses espèces botaniques.


La promenade nous fait revenir par le côté Nord-Ouest du temple avec la vue sur l'enfilade de pagodes, aérées et aériennes, posées sur la deuxième plate-forme bordée d'un fossé en eau où s'épanouissent les lotus sacrés. Pura Taman Ayun (album)  (temple dans un beau jardin), révèle toute la richesse de l'architecture balinaise : plusieurs toits superposés appelés "Atap Meru" (le mythique mont Meru dans l'Himalaya accueille les dieux de l'Hindouisme), toujours en nombre impair, les socles des différents pavillons  abondamment ornés de sculptures, les hauts portails ouverts de brique et de pierre gardés par les statues des personnages légendaires de "Agama  Hindu Bali". Ce temple, bâti en 1634 par le roi de Mengwi (Cokorda Munggu), rénové en 1937, figure dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. 
Le nombre des toits de chaume noir varie de trois à onze ; ici, les trois plus élevés honorent les principaux volcans de l'île : Agung, Batur et Batukau. L'espace qui contient une dizaine de pagodes et dix-sept autres "bale" destinés à des rituels religieux particuliers, n'est accessible au public que lors d'importantes cérémonies comme "upacara odalan" (fête du temple).  Les descendants de la dynastie de Mengwi célèbrent régulièrement l'âme de leurs ancêtres dans ce temple d'Etat  familial qu'ils entretiennent.
On pouvait, il y a une trentaine d'années, circuler librement dans cette cours intérieure pour en admirer les moindres détails ; aujourd'hui, devant le flot incessant de touristes venus du monde entier, ces trésors d'architecture et de sculpture sont préservés de la désinvolture souvent irrespectueuse des visiteurs. On doit se contenter de le contempler tel un bijou dans son écrin.


Après cette visite genre "guide touristique", revenons à des considérations plus terrestres. Une envie de "kelapa muda"  (noix de coco jeune et fraîche) me saisit ; il suffit de traverser la rue à la sortie du temple pour étancher cette soif gourmande. Deux marchandes me proposent une noix à 10000 Rp et une 3ème propose 8000 Rp. Non seulement elle casse les prix mais elle trépane sans coup férir, d'un coup de "parang" (machette) précis  la noix  choisie. Je m'installe à la table de son warung et commence à déguster, à l'aide d'une paille, l'eau à peine sucrée et rafraîchissante contenue dans la coque (à ne pas confondre avec le lait de coco). Cette réserve de liquide nutritif n'en finit pas ; la marchande me propose de vider le reste dans un verre et de fendre la noix en deux afin que je puisse en déguster la tendre pulpe blanche et gélatineuse qui recouvre la paroi ... simple et délicieux ! Je ne viendrai pas à bout du liquide, largement un litre ; Tuti et Oki n'étant pas tentés ne me sont d'aucun secours : un "Teh Botol" glacé les contente.

L'Indonésie est le premier pays producteur de noix de coco ; elle est très utilisée dans la cuisine locale, mais pas seulement puisque du cocotier sont utilisés : les palmes en couverture végétale, le tronc pour la construction, ainsi que la fibre de coco et le copra pour l'huile, jusqu'à la coque qui sert aussi de combustible.


Désaltérés, nous partons pour Bedugul dans la direction de Singaraja, la grande ville du Nord. Le centre de Bali étant peuplé de volcans, la route grimpe en permanence ; elle n'est pas trés large, virageuse et, qui plus est, en travaux. La circulation est dense sur cet itinéraire de liaison Sud-Nord de l'île. Un petit camion surchargé de bonbonnes d'eau se traîne ce qui occasionne des dépassements sans visibilité dans les  courbes les plus serrées ; le plus surprenant, c'est qu'aucun accident ne se produit malgré les situations plus qu'épineuses du trafic routier : les dieux balinais sont vraiment bienveillants (!!!)
En arrivant dans le village de Candikuning, après Bedugul, la présence d'une mosquée avec l'appel à la prière semble "décallée" dans ce paysage lacustre et montagneux. La région du Nord de l'île ainsi que celle de l'Ouest font voisinner l'Hindouisme et l'Islam plus qu'ailleurs.


Autocars, minibus, quatre-quatre et autres véhicules de location voisinent également en abondance sur le parking empierré qui donne droit à l'accès au sanctuaire. Le Pura Ulun Danu Bratan(album) a la particularité d'être en partie construit sur deux îlots et de constituer un lieu touristique parmi les plus photogéniques de Bali. On accède au bord du lac de cratère Bratan par un grand portail et en traversant un jardin impeccable ; la vue sur les tours du temple à "meru" à onze et trois toits flottant sur l'eau semble irréelle. Le mysticisme du site est accentué par la présence des brumes de montagne (le lac est à 1200m d'altitude) qui  plongent les sommets environnants dans un voile de mystère.


On remarque aussi, sur la gauche, la présence d'un stupa abritant des sculptures de Bouddha dans des niches en haut de l'escalier périphérique ; c'est l'endoit le plus tranquille car, pour le reste, des centaines de touristes de tous pays s'adonnent aux joies de la photo numérique au bord du lac, prenant la pose qui immortalisera leur passage dans ce  cadre magique.
Quelques pirogues à balancier sont amarées, destinées à la location, pour les curieux qui souhaitent contempler le Pura Ulun Danu Bratan sous un autre angle et une autre lumière. Trente-trois ans auparavant, nous n'étions que Tuti et moi à profiter de ce lieu enchanteur!


Le temple hindouiste, de la même époque que celui de Taman Ayun (XVIIème siècle), est dédié à la déesse du lac "Ida Dewi Batari Ulun Danu" ; les paysans la vénèrent régulièrement lors de pélerinages et de cérémonies d'offrandes : c’est elle qui possède le rôle de régulatrice de l’écoulement de l’eau pour tous les réseaux d’irrigation du sud-ouest de Bali.
Les autres "balé" installés sur la berge sont pour la plupart dotés de sculptures  récentes ou repeints à neuf. Il reste toutefois une partie enclose, comme dans tous les temples, interdite au public.



Comme nous achevons la visite de ce lieu hindou-bouddhiste, un rayon de soleil a la bonne idée de percer la couverture nuageuse ... je ne résiste pas à revenir sur mes pas pour sacrifier à la numérisation des "meru" momentanément sous les projecteurs solaires, on ne peut plus naturels, sur fond de nuages gris et menaçants.



Après l'étude de notre carte routière, nous décidons de rallier un autre temple sacré en suivant un itinéraire hasardeux dans un "pemandangan sawah" (album). Malheureusement la couverture nuageuse nous empêche de pouvoir embrasser du regard tout le Sud de l'île. Au début, bien qu'étroite, la chaussée est très correcte ; les rizières en terrasse, à perte de vue, sont en pleine culture et le padi vert et abonnant très haut ... hélas, pas le moindre reflet du ciel dans ces milliers de miroirs potentiels ! Le paysage entre Senganan et Jatiluwih doit être magnifique avec les cultures en eau. D'ailleurs, les autorités locales exploitent de la beauté du site avec la présence d'un péage routier, uniquement pour les "bule" ; cette mane financière ne suffit cependant pas pour permettre de recouvrir la route d'une couche l'asphalte qui ne signale plus sa présence que par intermittence. 
 
Faute de panneaux indicateurs, nous navigons un peu "au feeling"; nous découvrons la campagne balinaise profonde, peuplée de paysans laborieux vivant dans des maisons  rudimentaires, sans superflu et quelques "kandang sapi"(étables). Ne sachant si nous suivons le bon chemin, nous interrogeons un passant qui nous indique que nous sommes sur la bonne voie, à une distance d'environ trois kilomètres de notre but.


Le temps nous tarde de retrouver un revêtement routier un peu plus stable et moins éprouvant pour les amortisseurs de la Karimun qui n'a rien d'un quatre-quatre. En fait de trois kilomètres, nous parcourons au moins le triple de la distance indiquée , dans un dédale de petites routes défoncées. Mais finalement nous atteignons, au bout d'une longue montée en ligne droite, après un petit village et au bout d'une voie sans issue, le Pura Luhur Batukau (album).

Ce temple constitue un des six "Sad-Kahyangan" (temples axiaux) de Bali : il représente l'Ouest et serait le plus vieux temple de Bali, dédié à sa construction au XIème siècle au roi de Tabanan. Bien que détruit en 1604, les fidèles l'ont toujours fréquenté jusqu'à sa reconstruction en 1959. Situé à l'orée de la forêt tropicale humide, à une altitude d'environ 800m sur le flanc Sud du Gunung Batukau (2271m), il nous fait plonger dans un cadre bien différent des "pura" déjà visités et dans une athmosphère mystérieuse. 


Déjà, son accès relativement inconfortable le met à l'écart des hordes de visiteurs étrangers. L'architecture classique est constituée de deux "balé" qui s'étirent en longueur et de pagodes à "meru" dont la plus haute, constituée de sept toits de chaume très noir est dédié à Mahadewa, esprit gardien de la montagne ; par contre la forêt et l'humidité lui confère une ambiance de grand recueillement. La végétation tropicale est omniprésente et l'on se sent en parfaite communion avec la nature, si chère aux Balinais. La cime des arbres semble se perdre dans les nuages tout proches et les oiseaux aux chants mélodieux n'ont aucune difficulté pour se dissimuler dans cette végétation exubérante.


Vêtus de notre sarong tenu par une ceinture de tissu nouée autour de la taille, nous grimpons le grand escalier couvert de mousse  en découvrant une flore luxuriante à côté de laquelle nos plantes vertes en pot ont l'air bien ridicules ; au retour nous passons une grille métallique ouverte qui nous permet de découvrir un petit bassin alimenté par trois fontaines à tête de dragon, dans lequel une famille prie en présence d'un "pemangku" (prête gardien du temple). Un peu plus loin, sur la surface d'un grand bassin avec une petite île symbolisant le Mahameru, les premières gouttes de pluie commencent à faire des ronds dans l'eau ; pas de doute, la fréquence des précipitations sur ce secteur est une certitude à la vue de la végétation tropicale si dense et la couverture moussue des pierres et des constructions. Nous quittons le temple sacré avant d'être trempés, direction le Sud. 

Sur la route qui descend tout le long, la circulation s'intensifie au fur et à mesure que nous nous rapprochons de Tabanan, capitale régionale connue pour son centre de danse et de gamelan traditionnel mais aussi pour son environnement de splendides rizières, les plus riches de Bali. Notre but est tout autre : Pura Tanah Lot (album) au couché de soleil.

Incontournable "obyek wisata" des voyagistes, ce parfait paysage de carte postale consiste en un modeste temple formé de trois petites tours dont deux à "meru" perché sur un promontoir rocheux bousculé par les vagues et séparé à marée haute du littoral. Que reste-il de l'authenticité du site ? La route qui y mène est parfaitement carrossable, les échoppes des marchands du temple  (qui ont même prévu le distributeur de billets) ont envahi les abords avant même que l'on aperçoive l'océan, les parkings aménagés P1, P2, P3... remplacent les rizières avant la côte, plusieurs sentiers aménagés traversent des jardins au bord de la falaise avec les bancs propices aux poses photographiques, avec en arrière-plan soit l'Océan Indien, plein Ouest,  soit un complexe hôtelier (dont le luxueux Méridien Nirwana et son golf 18 trous surplombant Tanah Lot sans le moindre remords ...) bref, un lieu à éviter si l'on veut apprécier sereinement ce décor magnifique et encore plus si l'on est en quête de spiritualité !
Pourtant, pour les Balinais, le Pura reste un temple de la mer très important et vénéré, même si son socle rocheux a été entièrement reconstruit dans les années 80 parce qu'il menaçait de s'effondrer. Ils sont d'ailleurs les seuls (en principe) à pouvoir accéder au promontoir sacré.
A l'heure où nous arrivons, trouver une place devient délicat ; le soleil transparaît derrière un rideau de nuages gris et la foule des touristes est à son comble. Nous garons la Karimun tout près d'un autre petit  "pura" dominant les embruns qui viennent écumer le "Batu Bolong" (rocher percé) sur lequel il est perché.

Le site n'est pas mal non plus, mais beaucoup moins fréquenté que Tanah Lot à proprement parlé ! Il est d'ailleurs assez dangereux de s'aventurer sous le temple, d'énormes vagues viennent se fracasser en jaillissant en gerbes très hautes. Tuti, très prudente, reste en retrait , d'autant plus qu'aucune barrière ne sécurise le surplomb rocheux. Des étudiants que je suppose irianais, se font même cueillir par l'écume d'une vague plus haute que les autres et en ressortent trempés mais hilares.
Nous allons nous joindre à la foule de visiteurs, tous en quête d'un photographe occasionnel pour se faire tirer le portrait pour une carte postale "personnalisée" mais prêts, bien sûr, à vous rendre la pareille avec votre appareil...nous nous prêtons au jeu !


La construction de Tanah Lot (banque de photos) - un peu dégoûté je me suis abstenu d'en faire - daterait du XVIème siècle pour rendre hommage aux esprits de la mer ; la marée trop haute et les vagues trop puissantes rendent impossible une visite de courtoisie aux serpents sacrés qui gardent le temple à l'abri des anfractuosités du rocher. C'est sans doute pour pallier cette lacune à la visite qu'un très long Python réticulé (4 à 5m) étire  paresseusement ses écailles festonnées sur le gazon, en toute liberté.

Nous ne nous attardons pas dans ce piège à touristes, le coucher de soleil étant un peu défaillant malgré l'horizon cuivré et le grondement de la houle perturbé par le flot de paroles multilingue. Retour vers Denpasar dans des embouteillages monstres : "malam minggu" (samedi soir), c'est la fièvre !


Les véhicules arrivent de toute part, et spécialement les deux roues motorisées qui zigzaguent entre les voitures, à gauche, à droite, par-dessus, par-dessous  (j'exagère à peine), envahissant les rues et les places, partout où l'on trouve des "kaki-lima". Nous trouvons le restaurant chinois "Mie 88" dans lequel nous avions pris l'habitude, lors de nos précédents voyages, d'apprécier des plats délicieux et copieux à un prix raisonnable ; quelle déception devant des assiettes riquiqui et moyennement appétissantes ! Au moment de payer la note, une fois n'est pas coutume, Tuti se fait rouler de 12000 Rp, sans preuve (pas de note et calculette faussée ou habilement manipulée) . Le vieux chinois, propriétaire des lieux, qui lisait toujours son journal à une table du restaurant, n'est plus là pour surveiller la bonne marche de son affaire ... déçus, nous jurons de ne plus remettre les pieds dans cet établissement, c'est dit !

lundi 21 décembre 2009

Goa Gajah, Gianyar, Jimbaran

Tuti s'inquiète de savoir comment retrouver notre neveu Oki. Aller le chercher à l'aéroport va obligatoirement nous faire "gaspiller" une demi-journée de visite. La liaison entre Ubud et Jakarta par portable fonctionne parfaitement : Oki va se débrouiller pour nous éviter un déplacement pénible jusqu'à "Ngurah Rai International Airport" en utilisant les transports locaux pour se rapprocher de nous. Ils nous appellera une fois arrivé à Bali.

L'idéal serait de lui trouver une chambre à Wena Homestay ; la chance est avec nous puisque "la râleuse" s'en va et libère sa chambre dans l'autre bungalow. Tuti négocie la location pour 70000 Rp avec l'accord d'Oki.
Tous ces petits problèmes résolus pour le mieux, nous voilà partis pour Goa Gajah après avoir fait remplir de "premium" le réservoir de notre Karimun. Le site se situe à 2 km d'Ubud. Il est encore tôt, 9 heures du matin, le parking est pratiquement vide et les boutiques de souvenirs pas encore ouvertes. Munis du ticket d'entrée (6000 Rp) et du sarong de circonstance, nous gagnons le site en contrebas du parking.
"Goa Gajah" signifie "grotte de l'éléphant" : en dehors des éléphants importés de Sumatra dans le cadre d' Elephant Safari Park (voir article "Marché et volcan"), aucun pachiderme n'a jamais vécu à Bali. L'explication du nom de la caverne pourrait se trouver dans le fait qu'elle se situe dans la vallée de la rivière Petanu jadis appelée "fleuve de l'éléphant" ; pourquoi ne pas penser aussi à son contenu ?... on va le voir!

En arrivant sur l'esplanade, à gauche du chemin d'accès, des tas de pierres empilées sont présentées comme les ruines de l'ancien temple détruit par une éruption du Gunung Agung. A droite un "balé" récent, de bonne taille, mais c'est d'abord vers un bassin en pierre à double réservoir, alimenté chacun par trois nymphes déversant l'eau de leur "guci" (jarre) que nous nous dirigeons. Ces fontaines n'ont été retrouvées qu'en 1954 par un groupe d'archéologues néerlandais, mais le mystère demeure quant à l'origine de leur construction. L'endroit est agéable et rafraîchissant, les poissons rouges ont l'air de s'y plaire !


Sur la gauche, l'entrée de la grotte ("goa") est facilement repérable grâce à une façade où le maître sculpteur a donné libre cours à son imagination débordante. Un démon dont on ne voit que la tête semble écarter de ses gros doigts pressés sur sa joue droite des motifs végétaux où se mêlent quelques animaux étranges et têtes humaines grimaçantes. Les sourcils arqués et marqués, les yeux exorbités, le nez rond et épaté, le monstre ouvre son immense gueule sur le conduit ténébreux de la caverne. Le style débridé de la sculpture prend beaucoup de liberté en regard des thèmes habituels de l'art hindo-javanais. Bien que n'étant pas spécialiste, il me semble  que s'exprime dans cette façade délirante tout l'imaginaire - que l'on retrouve par ailleurs dans l'expression picturale et musicale - qui caractérisent l'art balinais ...
Mais pénétrons maintenant dans l'obscurité de cette grotte qui pourrait, elle aussi, avoir été creusée par l'ongle de notre fameux géant "Kebo Iwa" (oncle buffle),  auquel il est fait allusion dans l'article précédent.
Goa Gajah (album), redécouverte en 1923, toujours par des archéologues néerlandais, daterait du XIème siècle ; il s'agirait vraisemblablement d'un lieu destiné, à l'origine, à la méditation des moines bouddhistes.

Le plan de la caverne forme un "T" : un couloir transversal est perpendiculaire au tunnel d'entrée. Dans le fond gauche, une niche abrite une statue de Ganesha, dieu de la sagesse à tête d'éléphant (explication la plus simple pour le nom du lieu), à l'opposé, dans une autre niche, 3 effigies de la trimurti (les dieux Brahmâ, Vichnou et Shiva n'étant pas représentables) dans une 1ère hypothèse ou des vestiges de lingam, symbole phallique de Shiva, dans une 2ème hypothèse (dans ce cas la yoni n'est pas loin, mais où ?). Le socle des sculptures est entouré d'une pièce de tissu tricolore : blanc, rouge, noir. De même, un foulard de chacune de ces couleurs ceint  les supposés lingam. Sur la paroi face à la sortie sont creusées des niches réservées, sans doute, à la méditation des sages. Des offrandes simples sont déposées au pied les statues.
Nous ressortons au grand jour et jetons un oeil sur les très anciennes sculptures datant de la création du temple, à proximité de la grotte. Il y a une entre autre d'Hariti, ogresse dévoreuse d'enfants, convertie par la parole convaincante de Bouddha en déesse protectrice de ses ex-victimes, devenue symbole de fertilité ... comme quoi, il ne faut jamais désespérer de l'enseignement !!!
Je vous laisse méditer sur ces belles paroles,  tout en vous baladant un court instant dans la vallée toute proche de la rivière Petanu, longtemps maudite dans les légendes balinaises, mais heureusement réhabilitée pour irriguer de la plus belle manière les rizières environnantes...ouf ! En route pour la promenade (album).

Une petite anecdote : une ouvrière, transportant sur son crâne trois parpaings de ciment (et oui, c'est comme ça à Bali, les femmes se chargent des tâches les plus harassantes !) s'arrête près de moi pour me signifier qu'elle adore les poils de mes épaules et me montre fièrement ceux qu'elle a sur les mollets (phénomène plutôt rare chez les femmes indonésiennes).  Joignant le geste à la parole, je lui montre que mon système pileux n'est pas en reste côté gambettes et me compare à un "monyet" (singe) : elle repart en éclatant de rire, la charge sur sa tête ne vascillant pas d'un pouce ! C'est quand même "sympa" de pouvoir s'exprimer dans la langue du pays, ça change tout !...

Notre visite terminée, nous voilà partis pour Gianyar (album), capitale administrative et commerciale du district du même nom. La spécialité de la ville, qui n'a guère la vocation touristique, serait plutôt le textile. Autrefois, on trouvait facilement des ateliers de tissage que l'on pouvait visiter, au bord de la route principale, à l'entrée ouest de la ville. Aujourd'hui, ce sont surtout des "show-rooms" de luxe qui attendent le touriste, apparemment sans trop de succès. Les tissus sont des "ikat", "endek" à Bali, et certains sont du plus bel effet : ces cotonnades sont souvent vendues au mètre et leur prix varie selon la qualité du fil, la complexité et la finesse du tissage.
Là encore, la ville paraît plus propre, mieux aménagée. Nous nous garons devant l'entrée du "pasar umum"  (marché public). Les marchandes de fleurs, fruits, légumes sont installées à même le sol. Il y a deux bâtiments à un étage dans lesquels on aperçoit des tas de marchandises variées...mais nous n'avons pas le courage de pénétrer à l'intérieur. Un peu plus loin, un espace est réservé aux "gerobak" (carrioles) bleues des marchands ambulants ; une fumée bleue elle aussi s'échappe de quelques grils à "saté" (brochettes) embaumant l'air d'une odeur appétissante. Un peu plus loin, Tuti essaie sans conviction de marchander un tissu "endek".
Nous rejoignons la voiture garée juste devant un restaurant dont la spécialité semble être le "babi guling" ; c'est appétissant, ça me tente, mais les conditions d'hygiène dans lesquelles la marchandise est présentée (emballée dans du papier journal !) nous font renoncer à cette gourmandise...dommage !

De retour à Ubud, Oki nous fait savoir qu'il a atterrit et qu'il prend le bus pour Gianyar. Nous voilà donc repartis d'où nous venions ; nous avons un peu de temps et nous retournons au "pasar umum" où j'ai repéré des poupées de cérémonies, bien colorées, que je trouve très décoratives. Dans un premier magasin, la marchande ne baisse pas son prix (175000 Rp) ; dans le deuxième "toko", le prix tombe à 135000 Rp "sepasang" (10 euros le couple)...ça fera un cadeau original !
Pendant ce temps Oki nous annonce son arrivée au "terminal bis" (gare routière) non pas de la ville de Gianyar, mais de  Batubulan, commune du district de Gianyar mais se situant juste à la sortie Est de Denpasar, à une trentaine de kilomètres de là ! Il devra patienter avant que nous arrivions.
Nous voilà à la gare routière où Oki nous attend ; je lui propose de prendre le volant, ce qu'il fait volontiers. Nous prenons la direction du "temple mère" de Besakih ; mauvaise inspiration ! Tout au long de la route qui grimpe sur les pentes du Gunung Agung, nous croisons plein d'autobus chargés de Balinais dans leur tenue blanche de cérémonie. Kuningan n'est pas terminé, mais peut-être qu'en milieu d'après-midi, il y aura moins de pélerins ... erreur ! à 7, 8 kilomètres de l'arrivée un ralentissement se forme. Un peu plus loin, c'est carrément un bouchon rendu encore plus inextricable par l'indiscipline des chauffeurs qui doublent tant et plus la file de voitures arrêtées, sans visibilité.
Plus aucun véhicule ne descend : notre visite semble bigrement compromise ! Las, nous décidons alors de faire demi-tour ; Oki nous invite à manger à Jimbaran, au Sud de l'aéroport, en espérant arriver avant le coucher de soleil.

Plus nous nous approchons, plus la circulation se densifie ; elle devient même infernale dans ce secteur touristique où l'on peut voir les "bulé" à moto, 
encombrés de leur planche à voile, se comporter sur la route comme jamais ils n'oseraient le faire dans leur propre pays. Nous finissons par arriver sur la plage de Jimbaran (album) juste au crépuscule.

Nous nous garons pour faire quelques pas sur la plage ; comme je m'approche de l'eau, deux jeunes filles m'interpellent ; je finis par comprendre dans leur Anglais fortement "chinoisé" que l'une d'elles souhaite se faire prendre en photo avec moi. J'accepte de bon gré et, au moment où la photographe appuie sur le déclic, une vague vient me recouvrir les pieds. Tout le monde rigole et nous en sommes quittes pour reprendre la pose.

Oki tient à nous conduire dans un restaurant "sea-food" qu'il a expérimenté avec ses copains. Nous "tournons" un peu pour le retrouver car il n'en manque pas. Nous entrons dans un parking bien rempli ; il s'agit en fait d'un complexe de restauration spécialisée dans les poissons et fruits de mer. Plusieurs enseignes mais tous fonctionnent sur le même principe. Nous choisissons nos "proies" vivantes pour les faire griller : calamar dont la taille imposante autorise 2 cuissons différentes (grillé et frit), une quinzaine de gambas et un joli poisson.
Nous allons prendre place à une table sur la plage, tout près de l'océan. Des bougies éclairent les tables tandis qu'une armée de lumignons peuple le sable dans la nuit. 
Dans le restaurant voisin, seulement séparé du nôtre par une légère barrière végétale, une promotion de jeunes Indo-sino-australiens, plutôt bcbg, semble fêter ce que l'on suppose être l'obtention de leur diplôme. Chacun y va de son petit discours, remerciements au professeurs, applaudis comme il se doit une fois prononcé.
Notre repas arrive enfin : tout est très appétissant ! Le riz est présenté dans un panier en bambou tressé avec quatre petits bols de "sambal" : halus (purée de piment), kasar (piments grossièrement écrasés), kecap manis (sauce de soja sucrée), et bawang putih halus (aïl ecrasé).

Tandis que nous attaquons ce repas pour le moins délicieux, un groupe de six musiciens donne la sérénade pour les étudiants voisins ; ils chantent et jouent des standards de la musique internationale et à la demande. Bon sang, ce repas est un régal : je m'en lèche "les cinq doigts et le pouce". Quand Tuti "m'oblige" à terminer les brochettes de calamars et les gambas, j'ai peu de difficulté à relever le défi ... vraiment savoureux avec ces sambal "cukup pedas"
(assez relevés). Je finis mon verre de thé pour faire glisser et il ne reste plus qu'à rentrer à Ubud : heureusement, Oki est un bon chauffeur, merci ! 

On imagine aisément que l'endormissement après une telle journée - et surtout un tel festin - ne devrait être qu'une formalité. Nos voisins de chambre, un "bulé" d'un âge certain, genre "qui a roulé sa bosse dans les bars enfumés" et sa jeune "accompagnatrice"  asiatique ("kupu-kupu malam" ? / papillon de nuit ?) ne nous laissent aucun doute sur leur activité nocturne ! L'épaisseur de la cloison se montre insuffisamment isolante, phoniquement parlant, pour nous épargner la nature de leurs ébats. Les (ré)jouissances semblant vouloir se prolonger, Tuti finit par protester : l'effet "seau d'eau" escompté ne se fait pas attendre et calme la nuit, permettant au sommeil réparateur de pouvoir enfin nous gagner. Désolé m'sieur dame !

"Selamat tidur" (dormez bien) !   

lundi 14 décembre 2009

Tirta Empul, Gunung Kawi

Rappel à l'usage des visiteurs:
Ce blog est un récit de voyage, un journal de bord, il n'est ni un catalogue ni un guide touristiques ; j'y mets ce qui me semble informatif certes, ce que je trouve intéressant, amusant à dire, des impressions et sensations objectives ou affectives, avec les bons et les moins bons moments qui font partie intégrante du voyage, ainsi que quelques souvenirs tenaces ... bref, rien que du vécu ! Pour celles/ceux que le texte importune, les albums-photos sont aisément accessibles par les liens.


Ceci dit, mes fonctions digestives m'autorisant à nouveau les déplacements, nous pouvons repartir vers Tampak Siring, au Nord d'Ubud.

Bizarrement, c'est d'abord à Sukawati, dans la direction opposée, que nous nous rendons, suite à une nouvelles erreur "d'aiguillage": pas très grave tout ça, puisque nous ne sommes astreints à aucun programme précis dans nos visites et qu'après tout rien ne nous presse !



Sukawati est une localité connue pour son marché, "Pasar Seni", où quotidiennement les artisans tiennent leurs boutiques de produits locaux, accessoires et vêtements traditionnels pour les cérémonies religieuses. Nous y faisons halte dans le but d'y trouver des T-shirts dans un tissu particulièrement souple et léger. Tuti en a repéré dans une échoppe et me demande de ne pas la suivre afin de pouvoir plus facilement discuter les prix, à l'indonésienne. Elle obtient un tarif moins élevé que celui aperçu à Jakarta et conclut l'affaire. Mais quelques boutiques plus loin, on lui proposera un prix encore plus bas : bref, prendre le temps de faire plusieurs boutiques avant de se décider !




Nous pénétrons dans le marché couvert ; les marchandises débordent de partout, des montagnes de tissus et vêtements semblent tenir miraculeusement en piles vertigineuses, les souvenirs bas de gamme attendent sans grand espoir la venue de touristes sans goût. Décidément, le sens artistique si raffiné des Balinais semble avoir déserté ce marché où, autrefois, l'on pouvait trouver de l'artisanat de qualité à des prix intéressants. Maintenant, il y a tant de marchandises que l'on ne voit plus rien, même pas les vendeurs assoupis entre les monceaux d'articles poussiéreux. Comment peuvent-ils vivre de leur commerce avec une telle concurrence et à des prix aussi bas ? Les sollicitations ne manquent pas et nous ressortons de ce "dédale marchand" avec quelques bricoles typiques. Retrouver la chaleur extérieure devient presque agréable après le passage dans cette étuve à la fois sombre et oppressante. Ma chemise est trempée : j'ai l'impression que l'eau absorbée régulièrement ressort aussitôt par mes pores.
Après une visite des boutiques extérieures, nous partons à la recherche d'un petit restaurant et arrêtons notre choix chez "un chinois" de la rue principale. Rien de particulier à signaler. Quand nous reprenons la voiture, nous avons juste l'impression de pénétrer dans un four... cette fois direction Tampak Siring, à une trentaine de kilomètres au Nord.





La route monte régulièrement et après avoir dépassé la bourgade, nous prenons la direction des sources sacrées de Tirta Empul. A proximité, deux possibilités s'offrent à nous : la route du bas qui semble conduire directement à un grand parking et celle du haut pour laquelle nous optons. Nous arrivons directement devant une entrée du "Pura Tirta Empul", un des temples les plus importants de Bali. Nous garons gratuitement la Karimun sous de grands arbres qui abritent quelques vendeurs de boissons fraîches.
Pour entrée dans l'enceinte du "pura" nous devons revêtir le sarong obligatoire que nous tendent les gardiens de l'endroit. Un groupe de Balinaises sort par un grand porche que nous empruntons à notre tour pour découvrir un bassin pourvu de fontaines à jets continus sous lesquelles femmes et hommes se purifient. On attribue des pouvoirs magiques et curatifs à ce fluide cristallin jaillissant des bouches d'eau. Dans un bassin voisin, plusieurs remous de sable gris troublent à peine la transparence de l'eau : s'agit-il d'un phénomène volcanique ? nous sommes sur les pentes du grand Gunung Batur. La légende liée à ces sources est toujours aussi vivace pour les Balinais. Tous les visiteurs peuvent profiter de ces bains publics librement mais en restant vêtu de manière décente.



A flaner dans ce site nous découvrons un grand nombre de "balé" ou "balai" (pavillons/autels) très ouvragés, richement décorés, anciens ou récemment restaurés, avec des toits en "alang alang" (chaume) noir neufs. Les allées sont bordées d'une statuaire classique où se succèdent des sculptures anciennes, représentant les principaux personnages de l'univers mythologique balinais, quelques-unes coquettement parées de plantes à feuilles lenticulaires. La végétation alentour est somptueuse ; la terre, le climat, les sources, l'exposition, tout contribue à cet éden de verdure. Nous regagnons notre véhicule, garé à l'ombre cette fois : étonnant qu'aucun "tukang parkir" ne se manifeste !
Nous quittons ce lieu de pélerinage plus que millénaire, infiniment agréable. Le Président Soekarno (Bung Karno pour les Indonésiens) appréciait le paysage, le calme et la sérénité de l'endroit, dans une résidence ("istana") voisine, lors de ses déplacements assez fréquents à Bali.


Direction Gunug Kawi, à la lisière sud de Tampak Siring.

Les panneaux "obyek wisata" (site touristique) nous conduisent au parking dont le gardien nous indique que nous pouvons stationner là durant 2 heures. A cette période de l'année, les visiteurs sont peu nombreux ; nous traversons une rue bordée de boutiques de souvenirs pour la plupart fermées. D'autres restent ouvertes dans l'espoir "d'accrocher" d'hypothétiques visiteurs. Le droit d'entrée, payant, s'accompagne de la remise d'une bande de tissu à nouer autour de la taille. La vallée en contrebas semble assez profonde. 
Un long escalier de pierre, plutôt raide, semble posé là, dans un incomparable paysage de rizières en terrasse dont le "padi" très vert est en pleine croissance. Cette fois, nous longeons les plateaux en culture dont certains n'excèdent pas un mètre de large. Superbe !... Un "petani" (paysan) coupe l'herbe sur le talus le long d'une parcelle. L'accès au temple se fait par une brèche taillée dans un gros rocher. On franchit un petit pont au-dessus de "Sungai Pakerisan" (rivière Pakerisan), issue des sources sacrées de Tirta Empul, pour se retrouver devant l'un des plus anciens monuments de Bali.


Dans des sortes d'alcôves ouvertes de 7 à 8 mètres de haut, creusées dans la falaise, sont posées des tours funéraires commémorant le souverain Udayana et sa famille : la reine Mahendradatta, leurs fils Airlangga (qui régna sur Java-Est), Anak Wungsu (qui règna 28 ans sur Bali) et Marakata. Le Bouddhisme cédant peu à peu à l'Hindouisme, la crémation n'est pas encore en usage au 11ème siècle ; la légende raconte que la dizaine de "candi" (autels commémoratifs) aurait été creusée en une nuit par les ongles prodigieux du géant Kebo Iwa. Les autres "niches", sur la rive Ouest, honoreraient les quatre favorites de Anak Wungsu. Sur la droite des "candi", un monastère où Anak Wungsu aurait vécu ses derniers jours dans un dénuement total, est lui aussi façonné dans la roche... toutes ces remarques "historiques" n'ont guère de preuves tangibles, mais les légendes sont si belles !

  Sous l'orage qui s'annonce, un couple de jeunes touristes Français prend la poudre d'escampette : ils n'ont pas envie de rouler sous la pluie à moto. Nous faisons un rapide tour des lieu car les premières gouttes commencent à tomber ; cela n'a pas l'air d'affoler un groupe de collégiens qui continuent de prendre des notes, assis sur les murets du temple.
Pas trop rassurés par la noirceur du ciel, nous rebroussons chemin. Les nombreuses marches (environ 250) sont hautes et l'on est vite essoufflé quand on accélère le rythme. L'averse se précise ; une marchande nous propose de nous abriter sous le auvent de sa baraque. Nous lui achetons une bouteille d'eau (3000 Rp) tandis que l'orage redouble de violence ; je constate que le contenu de la boutique est plutôt de bonne qualité. Une accalmie semble s'amorcer mais, au contraire, au cours de "l'ascension", l'orage se met à déverser sur nous des trombes d'eau. L'escalier se transforme en cascade : mouillés pour mouillés, nous remontons "le courant"... heureusement, sous ces climats, la pluie n'est pas froide. Après une courte halte sous un porche pour reprendre notre souffle, nous finissons par rejoindre la voiture. Nous sommes bons pour l'essorage.
Retour à Ubud où il n'a pas plu ; nous allons apprécier une bonne douche (!!!)
Nous ressortons pour manger un "mie ayam Jakarta"  jalan Raya Ubud : pas terrible et très salé... à éviter. Pendant le repas, Tuti reçoit un sms pour confirmer l'arrivée de notre neveu Oki le lendemain, à l'aéroport, vers midi. 

vendredi 4 décembre 2009

Wena Homestay, rumah Bali



LES FLEURS



Nous voilà arrivés à mi-chemin de notre séjour en Indonésie et la journée du 15 avril se présente plutôt mal pour repartir à la découverte de Bali.

En effet, ce matin des troubles gastro-intestinaux (tourista ou simple troubles digestifs dus au repas du restaurant panoramique de Batur ?) viennent perturber le programme des visites. Apparemment, il va falloir rester à Wena Homestay le temps que tout redevienne normal.


La propriétaire adapte mon petit déjeuner à l'état de mon appareil digestif, tout du moins en ce qui concerne les fruits mieux vaut éviter papaye et ananas. Lui ayant demandé uniquement des "pisang", elle revient du marché avec ce qu'elle a trouvé, difficilement et au prix fort (en raison des nombreuses cérémonies du moment qui captent beaucoup de fruits pour les corbeilles d'offrandes) : des bananes bien vertes. Tandis que Tuti se régale d'un pancake garni, je me force un peu pour ingurgiter la tranche de pain de mie "brute" et boire ma chope de thé (mieux vaut bien s'hydrater dans ces cas-là !); malgré leur couleur, les "pisang" sont très mangeables, mais je ne me sens pas de force pour entreprendre une quelconque sortie.



Ne forçons pas les choses, je vais essayer de bien me soigner et me reposer durant cette journée "sacrifiée", pour mieux repartir le lendemain. Avec la température ambiante, j'apprécie le semblant d'air que me procure le ventilateur de la chambre. A midi, Tuti qui a renoncé à se promener dans Ubud sous prétexte de la chaleur étouffante, va m'acheter un peu de riz blanc que j'assaisonne avec une légère pincée de sel.
Je me soigne avec des comprimés de Tiorfan, mais j'ai du mal à tenir debout ...

J'ai malgré tout assez de forces pour faire le "tour du propriétaire" et découvrir tous les coins et recoins de cette maison balinaise (lien avec un site très intéressant sur la culture balinaise dans son chapitre "encyclopédie").

Dans la cour, un artiste-maçon s'active à la confection d'un "Ganesha" de bonne taille, près du bassin. L'armature métallique est recouverte d'une première couche de ciment qui sera recouverte à son tour d'une autre couche de béton constitué de sable noir volcanique (qui imite parfaitement une véritable sculpture en pierre de lave). J'ai parlé d'artiste car il s'agit bien d'un ex-peintre qui, face à une concurrence excessive dans son domaine, s'est reconverti en modeleur-sculpteur ... métier sans doute plus rémunérateur grâce au nombre incalculable d'effigies de dieux de "Agama Hindu Bali" (religion balinaise) et d'autres personnages légendaires parsemés
partout dans l'île.



En dehors des bungalows à louer, plusieurs pavillons, ouverts, semi-ouverts ou fermés, sont répartis dans la cour enclose d'un mur élevé. De nombreux autels dont plusieurs sous l'aspect de statues de pierre protégées par une ombrelle (Ganesh et Kanjeng Ratu Kidul) se répartissent un peu partout sur le domaine, mais ce sont toutes les plantes vertes avec ou sans fleurs, superbes, en pot ou directement dans le sol, soigneusement entretenues par des arrosages quotidien, qui créent le plus beau des décors. 

LES AUTELS




LES PAVILLONS




AUTRE