lundi 30 novembre 2009

Marché et volcan

5h30, Bali se réveille avec le jour qui paraît. Après une nuit peu reposante et une douche casserole revigorante, je m'installe sur la terrasse de la chambre face au bassin et ses fougères arborescentes, pour mettre à jour mon carnet de route en attendant le petit déjeuner.

 La propriétaire est prête pour partir au marché malgré la courte nuit que sa famille et elle ont dû passer en allant nuitamment porter des offrandes et prier au temple le plus important de Bali, Pura Besakih, dans le but d'y célébrer la fin de "Galungan" par "Kuningan", fêtes hindouistes consacrées aux dieux et à l'esprit des ancêtres. Ce temple "mère" qui accueille les cérémonies majeures est situé à 1000m d'altitude sur les flancs du Gunung Agung à une bonne cinquantaine de kilomètres d'Ubud. Sans doute nous y rendrons-nous dans les jours qui viennent.
 La dame est revenue avec son panier rempli de provisions pour les locataires. Un employé nous apporte sur un plateau une assiette avec un "telur mata sapi" (oeuf sur le plat) sur deux tranches de pain de mie rôties au beurre et une copieuse assiette de morceaux de fruits (ananas, papaye, banane) pour chacun. La boisson est à la demande : thé ou café.
Vers 8 heures, nous partons au marché tout proche. Les femmes tiennent le lieu ; les plus jeunes, souvent enceintes, tiennent les boutiques de tissus, vêtements, objets d'artisanat local et les plus âgées  sont occupées à vendre des produits frais tels les ingrédients nécessaires à la confections d'offrandes, des légumes, des fruits, des épices, etc.

Le temple qui jouxte le "pasar" est déjà bien garni de ces petits plateaux en feuilles de palmier tressées quotidiennement, inlassablement, soigneusement, pour recueillir fleurs et grains de riz à offrir aux divinités dans le but de les remercier ou d'obtenir leurs faveurs tout au long de la journée. Ce sont des offrandes simples, de la taille d'un livre, qui jonchent le sol, les murets, les socles de statues à l'inrérieur des temples mais pas seulement (il arrive que l'on marche dessus dans la rue). En général, des bâtons d'encens se consument lentement sous les offrandes et leur odeur caractéristique se répand, donnant à l'air ambiant une senteur mystique et pénétrante.
Aller tôt au marché permet de discuter les prix que les commerçants sont plus facilement disposés à baisser pour augurer une "bonne journée". Si vous faites affaire, la liasse de billets que vous donnerez ira "bénir"  de la main de votre vendeur les marchandises exposées à la vente dans un geste rituel plein de promesses bénéficiaires.

Après avoir bien "tourné" dans le marché, nous en repartons avec quelques achats : petits dessins à thèmes classiques, topeng (masques) et corbeilles à fruits "télescopiques". La matinée bien avancée, une chaleur étouffante nous guide vers la sortie. Le petit temple voisin croule sous les offrandes que continuent de déposer les marchandes du pasar.
Nous allons changer quelques euros et entrons dans une librairie acheter une carte récente de Bali. En entrant dans le magasin, je ne peux m'empêcher d'apprécier à voix haute la fraîcheur apportée par la climatisation.
Les balinais sont de véritables artistes et même si l'on peut regretter la prolifération d'objets décoratifs standardisés en tout genre et de qualité douteuse, certaines boutiques offrent encore des oeuvres qualitativement intéressantes.
Nous voilà de retour à Wena homestay ; là aussi les femmes de la maison sacrifient au cérémonial des offrandes sur des autels répartis çà et là dans l'enceinte de la maison. Des fleurs de frangipanier disposées sur le bord du bassin accueillent élégamment les pensionnaires.
L'examen d'une des corbeilles à fruits achetée révèle un défaut ; retour au "pasar" pour un échange qui ne posera aucun problème.
Nous prenons la voiture, direction Goa Gajah, c'est du moins ce que je pense : erreur, mon GPS (Grand Pif Sagace) nous conduit en direction de Tegallalang : j'aurai mieux fait d'ouvrir ma nouvelle carte routière plutôt que me fier à un "flair" défaillant.
Tout le long de cette route, sur plusieurs kilomètres, une multitude de boutiques d'artisans sculpteurs exposent des collections "originales" (la fabrication en série n'est pas loin !) d'objets décoratifs de toutes formes et toutes tailles, en bois brut ou peint, achevés ou attendant la finition personnalisée d'un petit détaillant, ou encore la venue d'un commerçant étranger à la recherche d'objets à exporter. La production semble plus industrielle qu'artisanale !
La route monte insensiblement ; tiens, que font là tous ces véhicules (autocars de touristes, minibus, automobiles) stationnant de chaque côté de la route ? Il y a bien aussi les boutiques de souvenirs pour indiquer que voilà un lieu touristique.
Arrêtons nous pour voir : le point de vue qui attire tous ce monde est un paysage de rizières en terrasse joliment escarpées, avec les cocotiers parfaits pour la photo. Des générations de paysans ont aménagé ses pentes abruptes avec un tel sens pratique et artistique à la fois, une telle connaissance du relief, qu'il se dégage de ces paysages une harmonie parfaite entre l'intervention intelligente de l'homme et la nature domptée ici pour le plus réussi des tableaux agricoles. Le vert est de mise, utilisant toutes les nuances à sa disposition : le "padi" (riz en herbe), déjà haut, puise sa force dans l'eau boueuse retenue par une multitude de plateaux savamment empilés. Pure merveille que l'organisation et l'irrigation de ces rizières suivant les courbes de niveau. Effectivement, cela vaut bien quelques clichés.
Poursuivons notre route vers le Nord. Au village de Sebatu, je dois garer la Karimun sur le côté pour laisser la chaussée libre à la procession qui avance droit sur nous.
 Le son du gamelan s'approche et bientôt les hommes, revêtus de chemises blanches, sarong à carreaux noir et blanc, le front ceint du bandeau traditionnel ("ikat kepala"), blanc aussi, passent devant nous. Ils avancent au rythme des cymbales à pompons rouges tandis qu'au milieu du cortège, un "barong macam" (dragon-tigre) progresse en dodelinant de sa gueule monstrueuse. Derrière suivent les "payung" (ombrelles) dans les mêmes tonalités de couleur, balançant leur toile tendue en forme de dôme au bout d'un long manche décoré. La procession poursuit sa route ; pour quelle destination et dans quel but ?... nous l'ignorons. Il faut dire que de telles défilés sont très fréquents sur les routes balinaises.
Nous repartons en direction du Nord, la montée n'en finit pas ; des panneaux indiquent la direction "Elephant Safari Park" à gauche (une vidéo surprenante, bien qu'hors-sujet, sur le lien), Kintamani tout droit. "Terus saja" (tout droit), le panorama au sommet offre un spectacle de choix sur le volcan et le lac Batur. La dernière fois où nous sommes venus là, Gunung Batur émettait quelques jets de lave et une colonne de cendres montait en volutes grises au sortir des cratères. Tiens ! l'accès à Batur et à la route qui suit la crête surplombant le paysage convoité n'est pas gratuit : un "poste de péage" est installé juste avant l'intersection et l'on nous taxe de 5000 Rp par personne. Sans commentaire, puisqu'il faut s'exécuter : ce sont les aléas de l'industrie touristique ! 
Un peu plus loin, nous nous arrêtons sur le parking d'un restaurant avec terrasse panoramique d'où l'on pourra contempler le site volcanique. Après quelques tergiversations nous finissons par nous installer à une table pour prendre notre repas : il s'agit d'un forfait à 55000 Rp/personne, donnant droit à un buffet (à volonté), thé et café compris. Malheureusement, les plats présentés n'ont rien de bien appétissant, certaines préparations baignant dans l'huile avec quelques mouches pour toute déco... à éviter absolument.

Le panorama permet de voir nettement la dernière coulée de lave, noire, descendant du cratère principal qui culmine à 1717m ; cette fois, à la différence de 1994, aucune activité visible. Par contre, notre position nous permet de constater que nous circulons sur le bord externe du "grand" volcan de la "double caldeira", dont l'arête occidentale, la plus haute, atteint 1500m juste au-dessus du lac Batur. Selon l'éclairage, le reflet de cette falaise sombre donne à l'eau une couleur profonde, un indigo ténébreux, qui rend l'endroit impressionnant et mystérieux.

Nous reprenons la route très déçus de notre repas "touristique", en direction de Kintamani. Nous espérons voir le volcan sous un autre angle, mais plus nous montons, plus nous nous éloignons ; à Penulisan nous tentons quelques photos du paysage mais la végétation se densifie et obstrue la vue. Le versant Nord est plutôt ensoleillé alors qu'au Sud, la vue est totalement bouchée par la noirceur d'un nuage d'orage...dommage !

Nous retraversons Kintamani dans le sens descendant ; hommes et femmes se rendent au temple, pour la plupart, en sarong de batik et "kebaya" (chemisier pour les femmes) chemise blanche (pour les hommes). Bien sûr si les hommes ont les mains libres, les femmes doivent assurer l'équilibre d'un couffin sur leur crâne, ce qui leur donne une indéniable élégance.

A Penelokan nous prenons la descente vers Kedisan au bord du lac Batur ; le pourcentage est parfois impressionnant et  automobilistes et motards remontant prennent souvent des risques inconsidérés pour dépasser les camions poussifs qui peinent à gravir la pente ... prudence, prudence !
Là où il n'y avait dans mon souvenir que 2 ou 3 maisons en 1976, se dresse aujourd'hui un village avec infrastructures touristiques, pisciculture intensive et cultures maraîchères (essentiellement des choux, des oignons, de l'aïl et du piment). Nous nous engageons sur l'étroite route épousant le relief tortueux au milieu des blocs de lave noire datant de l'éruption de 1974. Des zones fertiles sont exploitées sur des parcelles isolées et il me semble y apercevoir des plants de tomate. La circulation automobile sur cette partie de route demande la plus grande prudence à cause des virages, des dos d'âne, de l'étroitesse de la chaussée et des petits camions toujours "à fond" !
Arrivés à Songan (extrémité Nord du lac) nous renonçons à faire le tour par Kuban et Trunyan, la piste ne paraissant pas suffisamment carrossable pour notre vaillante Suzuki. Demi-tour donc, quelques clichés de cet étrange paysage où la végétation a repris sa place. La population autour du lac n'ignore certainement pas les risques qu'elle encourt mais elle profite des périodes d'accalmie de l'activité volcanique pour exploiter les ressources que le site lui offre. Pour nous, le lieu rappelle des souvenirs : à l'époque, je ne me suis pas rendu compte que les conditions dans lesquelles nous avons effectué la traversée du lac (près de 10 km A-R), sous l'oeil fumant du Gunung Batur, étaient d'une imprudence folle (voir la photo ci-dessus). Pour finir en beauté, quelques mains bienveillantes avaient dû "bidouiller" notre moto pour qu'elle ne puisse redémarrer sans l'intervention d'un mécano ... souvenirs, souvenirs !!!
En tout cas, pas de problème avec notre petite Karimun : elle remonte sans encombre jusqu'à Penelokan où nous prenons la grande descente Ubud via Tampaksiring. C'est une ligne droite où l'on prend facilement de la vitesse sur le flanc du Batur, mais cela n'empêche en rien les chiens de traverser tranquillement, les camions de démarrer devant vous, les motos surchargées d'occuper la chaussée, aux nids de poule de surprendre vos amortisseurs ; alors, la meilleure solution est de s'armer de patience et d'être attentif à l'état du revêtement et à tout ce qui bouge, sans oublier l'usage du klaxon !

Arrivés sur le territoire de Tampaksiring nous faisons une petite halte au bord de grandes rizières où le padi a atteint sa hauteur maximale (60 à 80 cm) et dont je veux prendre quelques photos (on ne se refait pas, j'aime les rizières). Le ciel s'est assombri et les premières gouttes commencent à tomber. Nous traversons une averse un peu plus bas et arrivons à Ubud (dans les embouteillages) en passant devant Goa Gajah, notre destination initiale : trop tard, la nuit tombe ... ce sera pour un autre jour.

Après une douche réparatrice, nous voilà partis à pied, à la recherche d'un restaurant à jus de fruit, en vain. Au passage nous avons aperçu de ravissantes danseuses exprimant toute leur grâce au rythme saccadé du gamelan, dans un théâtre à ciel ouvert rempli de touristes. En revenant sur nos pas, nous entrons finalement dans un restaurant tout près de notre homestay, certes bien occupé mais qui permet de côtoyer d'autres voyageurs en  s'asseyant à la même table.

Ce soir-là nous échangeons nos récits de voyage avec 6 jeunes Français qui sont passés par Jogjakarta (en faisant l'ascension "crevante" et "décevante" du Merapi), le Bromo, le Kawah Ijen, qui se déplacent à moto et comptent se rendre à Amed, sur la côte Est, dès le lendemain. Ils ont l'air d'avoir "la pêche" et ne doutent de rien : vive la jeunesse !
Nous regagnons notre chambre et me couche en sueur ... les "cicak" semblent rigoler. 

vendredi 13 novembre 2009

Bali, premières impressions

En partant à 6h20 de Setiabudi, nous n'avons mis qu'une demi-heure pour gagner le Terminal 1, celui des vols intérieurs de l'aéroport Soekarno-Hatta. Un type et son porteur de bagages bousculent et passent devant tous les gens de la file pour franchir le premier portique. Je proteste pour la forme et Eddy en rajoute une couche envers le pauvre bagagiste qui ne fait que suivre le vrai fautif, sans-gêne et dédaigneux au possible.
Après avoir franchi tous les contrôles, nous faisons enregistrer notre gros sac : il ne nous reste qu'un peu plus de 2 heures à attendre ! Cela nous permet de lire notre guide de voyage afin de nous faire une idée plus précise de notre logement à Bali. Nous avons aussi le temps de regarder les vêtements présentés par la boutique "Batik Keris" dont les tissus et les modèles sont toujours "classe".
Au dernier moment, nous sommes orientés sur une porte d'embarquement différente de celle prévue initialement. "Lyon-Air" est équipée d'appareils récents qui inspirent confiance, dans ce pays où même la plus importante compagnie aérienne, Garuda, n'a plus l'autorisation d'atterrir sur le sol européen, ne satisfaisant pas aux critères internationaux de sécurité pour sa flotte.

L'avion est plein, l'espace entre les rangées de sièges plutôt réduit. En dehors d'une chorégraphie impeccable montrant les consignes à respecter en cas d'incident, les charmantes hôtesses n'ont pas grand chose à faire, les services de cabine n'étant pas gratuits (normal étant donné le coût du billet aller-retour : 50 euros ).

L'aéroport Ngurah Rai est en vue : il pleut sur l'Océan Indien mais pas à terre. Une chaleur moite nous accueille ; sur le tapis roulant sortent d'abord les planches des surfeurs australiens. Nous récupérons notre sac ; à la sortie, des dizaines de chauffeurs agitent des pancartes avec le nom des passagers à prendre en charge.
Nous cherchons notre loueur de voiture que Tuti a contacté par SMS à notre arrivée : il est là, à deux pas ! Son contrat de location à la main, il accepte sans difficulté de le prolonger pour toute la durée de notre séjour à un tarif intéressant : 1400000 Rp pour 10 jours (soit environ 100 euros). Il va chercher la Suzuki Karimun, petite boîte à savon, largement suffisante pour deux. Je m'installe au volant, à droite, vérifie les principales commandes. Tout fonctionne, y compris la clim ! 
Nous sortons du parking de l'aéroport après avoir acquitté nos 6000 Rp de péage. En priorité : faire le plein de "premium", le réservoir est au plus bas. Première "pompa bensin" (pompe à essence), plus de premium. Allons voir plus loin, de l'autre côté de la voie rapide ; le terre-plein central est pourvu d'ouvertures permettant la manoeuvre autorisée mais risquée du "sens inverse". Arrivés à la station service, un employé nous signifie qu'il n'y a plus de carburant et nous indique d'aller encore plus loin ... je commence à stresser, la jauge indiquant un niveau sous le zéro. Nous repartons en direction de Sanur ; cette 3ème tentative sera la bonne. Ouf, le plein est fait ! 
La circulation nécessite une attention qui me donne mal au crâne, d'autant qu'elle se situe à gauche et qu'il y a assez peu de panneaux indicateurs aux intersections ; rajouté à cela la conduite "à la balinaise" (sans règles bien définies), les motos surgissant de tous côtés, les camions bringuebalants, les cyclistes et les charrettes sur les voies rapides, les arrêts inopinés de bus, bref un vrai casse-tête. Il va falloir s'habituer ; d'ailleurs Tuti m'encourage à utiliser le klaxon, mais comme j'oublie régulièrement de le faire, elle m'assiste dans cette "manoeuvre" inhérente à la conduite balinaise. Les gens du pays restent impassibles, maîtres d'eux-mêmes bien qu'à chaque instant, ils semblent frôler l'accident ... inconscience ou vigilance, "zen attitude" ? Une part de tout ça sans doute ! 

Nous avons choisi Ubud comme point de chute mais la multiplication des voies rapides me fait perdre mes anciens repères et nous voilà roulant en direction de Gyanyar. La circulation est dense. On voit maintenant clairement l'océan que l'on ne faisait qu'apercevoir autrefois entre les troncs nus et élancés des cocotiers. Le pifomètre pour tout GPS, nous parvenons par des routes secondaires à gagner notre destination finale. La circulation dans Ubud est grand-guignolesque : qu'est-ce que ça doit être en pleine saison touristique ! Nous finissons par trouver une place à 500 mètres de Jalan Goutama qui, d'après notre livre-guide, recèle une flopée de petits hôtels, chambres d'hôtes et restaurants bon marché.
Nous entrons dans le premier venu, "Wena Homestay", qui dispose de 4 chambres, dont une libre, dans 2 bungalows séparés. Tuti engage le marchandage traditionnel ("boleh tawar") avec la propriétaire et tombe le tarif de 100 à 80 mille rupiah (5,50 euros) la nuit ... mais chut, motus, il ne faut pas que les autres clients le sachent. Nous réservons 3 nuits, petit déjeuner compris.

Nous repartons chercher la voiture. Dans la rue principale, l'air est saturé des gaz d'échappement des 4X4 de location, des autocars de touristes japonais et coréens ; de nombreux "bulé" (blancs), dont beaucoup de Français, circulent à pied, à bicyclette ou à moto. Le "tukang parkir" arrête le trafic pour nous permettre de sortir la voiture de son emplacement contre un ticket à 2000 Rp (0,15 euros), et nous finissons par rejoindre Jalan Goutama et nous garer après maintes manoeuvres dans l'étroite rue, tout près de l'entrée de "Wena homestay".
Nous prenons possession de notre chambre, dans le bungalow au fond de la cour. Un peu de repos avant quelques courses (savon, eau minérale, insecticide ...) dans un petit "toko" (magasin) avec de super prix "touristiques" (!!!) sur Jalan Raya Ubud.

Au retour nous nous arrêtons dans un restau sans fioriture avec une clientèle locale ; "mie goreng", "nasi goreng", "cap-cai", assaisonnés de "sambal" (purée de piment)  et "teh panas" pour une addition de 33000 Rp (2,50 euros) à deux, rien à dire !
De retour dans la chambre, je jette un oeil sur le guide de voyage "Lonely Planet" de Bali et Lombok, laissé là par un voyageur étourdi ou partageux, afin de programmer nos visites pour le lendemain. Le ventilateur blanc du plafond en "bilik" (panneaux de bambou tressé) tourne au ralenti. Le sommeil arrive mais la nuit balinaise se remplit de "chants" animaux : le "toké" (gecko) dont le nom évoque précisément le cri (à écouter sur le lien) qu'il émet à intervalles réguliers, les "kodok" (grenouilles ou crapauds) locataires bavardes du bassin de la cour, les "anjing" (chiens) très nombreux et souvent galeux à Bali, les "ayam jago" (coqs de combat) qui voient probablement le soleil se lever à n'importe quelle heure de la nuit, les "burung malam" (oiseaux de nuit) et autres "bebek" (canards) qui se déplacent en troupeau caquetant dès l'aurore ... Si en plus le "sambal", hot-ment "pedas" (fortement épicé) a une fâcheuse tendance à signaler son passage dans votre intestin en vous contraignant à visiter nuitamment "kamar kecil" (cabinet de toilette) à plusieurs reprises, se joint au joyeux tintamarre nocturne, il ne vous reste plus qu'à prendre rendez-vous avec le sommeil pour une autre occasion... demain est déjà là !






samedi 7 novembre 2009

Week-end à Cipanas

Ce week-end familial, va nous emmener en altitude et nous rafraîchir un peu. Direction  le "Puncak", région montagneuse au Sud de Jakarta, très prisée des citadins à la recherche de verdure, d'un climat plus clément et d'un air moins vicié que celui de la capitale.

Vers 6h du matin, Tuti m'a tiré du lit : nous devons partir dans une demi-heure afin de passer à Cibubur, chez les parents d'Alfa, épouse de Manggar, qui nous attendent pour une petite collation matinale. Je bois quand même un thé et avale 3 tranches de pain de mie ; bien m'en prend, car pour ne pas déroger à l'adage indonésien très imagé  "jam karet" (horaire élastique), nous ne partons qu'à 7h40.
Nous quittons l'autoroute Jakarta-Bogor à la hauteur de Cibubur pour rejoindre le complexe résidentiel des parents d'Alfa. L'entrée est gardée, les habitations de tous styles sont plutôt cossues mais souvent mitoyennes (pas terrible pour l'harmonie architecturale). La région de Cibubur, autrefois "garde-manger" de Jakarta par ses rizières et ses cultures maraîchères, se transforme peu à peu en banlieue pour la classe moyenne.
Nous laissons nos chaussures sur le seuil de la maison et après les présentations, nous sommes invités à choisir un plat préparé en barquette ("lontong" ou "nasi kuning") ainsi qu'une boisson ; même si j'ai précisé un café noir, on m'apporte une mixture sucrée au lait concentré ! "Sarapan" (petit déjeuner) terminé, nous prenons congé de nos hôtes et regagnons l'autoroute, suivi de Manggar et sa petite famille. Nous faisons le plein de "premium" : le prix du carburant est uniformisé pour toute l'Indonésie et l'équivalent de notre sans plomb coûte 4400 Rp/l (environ 0,35 euros le litre).

Autrefois, la route du Puncak (sommet) passait par Bogor, maintenant elle contourne la ville et nous conduit directement au pied du col. Le rétrécissement de la chaussée annonce les futurs bouchons avec la multitude de moyens de transports en commun qui s'arrêtent sans crier gare sur le bas côté et redémarrent de la même façon. Les motos passent à droite et à gauche, quelques VTTistes courageux ont entrepris l'ascension, ainsi que des cavaliers sur de petites montures qui arrivent à nous doubler, les automobiles roulant au pas ! La route est bordée de nombreux restaurants, hôtels, résidences d'entreprises ou villas privées auxquels viennent s'ajouter des quantité de petits marchands de fruits et légumes frais.
A Cisarua, à la hauteur de Taman Safari, un policier sur sa moto annonce par mégaphone que la voie descendante est fermée à la circulation des 4 roues, derrière lui. Cette "alternance" consiste à libérer la chaussée : à cette heure de la journée, ceux qui grimpent, plus nombreux, bénéficient de l'avantage de pouvoir poursuivre leur chemin sans embarras vers le col. Tant pis pour ceux qui voulaient descendre, il leur faudra patienter !
Nous voilà dans un paysage où la végétation, moins luxuriante et variée fait place à des résineux et surtout des plantations de thé, au fur et à mesure que la pente s'accentue. Les nuées se font plus enveloppantes et bientôt Puncak Pass (1500m) est franchi. La route descend  maintenant insensiblement en direction de Cipanas.
Non loin de là, nous accédons au lotissement où la famille de Fahmi possède une résidence secondaire. L'entrée est discrètement surveillée et nous pénétrons dans le complexe résidentiel sans aucune vérification. Il s'agit d'un ensemble de maisons de tous styles dont la plupart semblent inoccupées mais pratiquement toutes entourées d'un petit jardin paysagé très bien entretenu, donnant sur la rue sans la moindre clôture. Un gardien nous ouvre la maison ; Fahmi attribue une chambre à chaque famille.
Pendant que les jeunes partent faire un tour à la piscine un peu plus bas, j'en profite pour faire le "tour du propriétaire" et une petite balade dans le lotissement.  Il y a de très belles maisons, mais ce sont surtout les plantes si difficiles à cultiver chez nous qui ici ont des tailles géantes, servant parfois de haie, ainsi que les fleurs qui suscitent le plus mon admiration. A cette altitude, poussent aussi les hortensias, les géraniums, les dalhias et autres oeillets d'Inde. Pour moi, la température est vraiment agréable, mais il semble que les Indonésiens, revêtus de T-shirt à manches longues trouvent l'air un peu frais.
Après le repas et une petite sieste, c'est le moment "shopping" ; non loin de là, se trouvent des magasins de vêtements et chaussures de marque (Redskin, Géox entre autres) produits dans la région et proposés à des prix très attractifs.
Les jeunes, revenus de la piscine, ont l'air frigorifiés... 

Nous voilà dimanche ; à 5h du matin la maison bruisse d'activités ménagères. La douche-casserole est d'une efficacité imparable pour se réveiller complètement : il faut dire que la fraîcheur de l'eau à cette altitude vous donne un sacré "coup de fouet".
Après le petit-déjeuner, je repars faire un tour de lotissement : au lever du jour, tout est calme. Sur le côté, une palissade cache aux regards des résidents un kampung avec des baraques au toit en tôle ondulée, très éloignées du style des luxueuses villas voisines.
Fahmi nous propose un petit tour en voiture à Cipanas.


Cette célèbre station balnéaire du pays Sunda abrite un des six palais présidentiels d'Indonésie (istana kepresidenan). Nombreux sont les villages soundanais de cette région à porter un nom commençant par Ci... signifiant "eau" en langue locale et en l'occurence, pour Cipanas il s'agit d'eau chaude, la ville étant située au pied du volcan Gunung Gedé (environ 3000m) dont les flancs donnent naissance à plus de soixante rivières irrigant en particulier la région sud-jakartanaise.
Nous nous garons sur un parking ouvert sur un terrain de foot ; l'espace est déjà bien occupé par des joggers matinaux effectuant des aller-retours en petits groupes  transpirant, plus essoufflés vraissemblablement par la rigolade que par l'effort fourni ! Sur un côté du parking, quelques marchands de rafraîchissements et autres victuailles ainsi que de 2 manèges mus par la force des mollets de leur propriétaire. Bien sûr ces distractions ne s'adressent qu'aux plus petits.
Après avoir jeté un oeil curieux sur l'immense domaine du Palais Présidentiel, fermé au visiteurs, nous reprenons la route en direction de Cibodas. Elle grimpe vers un sommet soigneusement caché par les brumes matinales ; de nombreux jardins de pépiniéristes  la bordent : nul besoin de serre, tout pousse dans ce climat humide et chaud, sur une terre volcanique pour le moins fertile. Les balles de riz (enveloppes du grain), transportées sur de petits camions dont le chargement volumineux impressionne, trouvent ici leur utilité en servant à la fois d'engrais et en protégeant la terre de l'évaporation.   

Nous repartons maintenant sur le lieu de rendez-vous fixé, Melrimba, sorte de grand parc avec des aménagements pour les enfants, hôtel restaurant et surtout jardin botanique ouvrant sur des plantations de thé. Ce domaine se trouve sur le territoire de Cisarua, en contre-bas de Puncak Pass. Nous y retrouvons les membres de la famille pour cette excursion matinale. La promenade commence par un tour du jardin : on reconnaît de nombreuses variétés de plantes (azalées, rhododendrons, yuccas géants, hortensias, fougères arborescentes, et pleins d'autres dont je n'ai pas relevé le nom). Il y a même une serre consacrée à la culture de fraisiers dans laquelle il est possible de faire sa cueillette et de la payer en fonction du poids récolté. Un petit cours d'eau est aussi aménagé : cascades, plantes aquatiques, ponts pour les photos, coin pêcheur, etc).

Un gardien nous fait signe de le suivre pour l'ouverture de la visite du Perkebunan Teh (plantation de thé nationale). Le paysage est superbe bien que le soleil brille par son absence : des théiers à perte de vue. La plantation épouse parfaitement les collines et la taille régulière des arbustes donne une impression de douceur au paysage. Nous progressons sur un sentier qui nous mène à une route empierrée serpentant sur le relief. Après quelques mètres nous stoppons tous pour regarder une cueilleuse descendre de la colline, un énorme sac en toile-plastique rempli de feuilles vertes pris en charge sur son crâne. Elle vient le déposer, ou plutôt le jeter à côté d'autres déjà stockés sur bord de la route. La balle semble très lourde : elle annonce une cinquantaine de kg. Effectivement, Eddy et moi essayons de le soulever mais impossible de la décoller du sol. La tenue des cueilleuses est adaptée à leur travail : ample tablier, imperméable et bottes de caoutchouc pour crapahuter sur les pentes suintantes et argileuses de l'exploitation. Tandis qu'elle repart à sa cueillette, une autre arrive, portant une hotte sur le dos tout en en tirant un sac derrière elle. On peut supposer que ses cervicales ne peuvent plus supporter les charges si pesantes ; sur l'aire de stockage, elle déverse toutes ses feuilles de thé sur une grande toile carrée qu'elle referme en nouant les 4 coins formant ainsi une balle identique aux autres. Elle transpire tout autant que la première mais garde le sourire ... je me demande quel salaire elles peuvent bien toucher pour un travail aussi pénible. 
La balade se poursuit, des petits malins font du stop avec succès ; la brume au-dessus nous préserve des rayons ardents du soleil, la température est idéale. Nous franchissons un petit col ; sur l'autre versant, on se fait une idée plus juste de la gestion d'une telle plantation. Tandis que les femmes sont à la cueillette, un ouvrier supprime de vieux théiers secs, devenus improductifs, tandis qu'un autre remet en état le terrain pour accueillir de nouveaux plants. Un peu plus loin, on distingue un étang tout près d'un hameau de quelques maisons, totalement immergé dans la plantation. Notre balade se poursuit jusqu'au point d'eau, à un rythme très "cool". L'endroit, romantique, est assez photogénique d'autant  que le soleil daigne se montrer par-ci par-là, quand les nuages lui laissent un peu de place pour éclairer de ses feux des îlots de verdure. Entre les pieds des théiers poussent des impatiens de Nouvelle Guinée, témoins de l'humidité permanente du terrain ; un peu plus loin la dépouille d'un petit serpent montre que le port des bottes en caoutchouc n'est pas superflu contre d'éventuelles morsures ... les reptiles doivent être légion à l'abri des feuillages !
A notre retour, le tas de balles de feuilles récoltées a grossi et deux petits camions Mitsubishi, donnant une apparence de puissance incroyable sur cette route pentue et chaotique, viennent charger leur benne. Trois cueilleuses font une pause et avec un grand sourire me demandent de les photographier, à condition de débourser quelque monnaie.
J'ai un peu honte de leur dire que je n'ai vraiment pas une rupiah sur moi, et leur montre mes poches vides pour qu'elles me croient ; elles s'éloignent avec des rires moqueurs et des réflexions en soundanais que je suis incapable de comprendre ... vexant !

Nous traversons à nouveau le jardin botanique et je me dirige vers une grande serre, sorte de "jardinerie" spécialisée, dans laquelle sont exposées d'élégantes orchidées destinées à la vente, dégageant un parfum subtil et envoûtant.


A l'extérieur, les enfants me montrent leur adresse au basket ; je rejoins l'ensemble des adultes assis autour d'une table basse, en train de déguster le thé local accompagné de douceurs alléchantes. Il y a des "pisang goreng" (bananes frites) et des petits gâteaux tout ronds à base de farine de riz, soupoudrés de sucre glace ; tout cela est excellent après la balade dans la plantation. Le thé chaud, juste un peu amer malgré les morceaux de sucre candy, s'accorde parfaitement avec les bananes chaudes elles aussi, craquantes et fondantes à la fois.

Les enfants vont maintenant s'essayer au parcours dans les arbres, avec l'aide de moniteurs très dévoués ; casqués et munis d'un harnais de sécurité, tous essaient mais les réussites sont diverses selon l'âge, les aptitudes physiques et surtout le courage devant les difficultés mises en oeuvre. Heureusement, la "tyrolienne" après l'appréhension du vide, redonne le sourire à tous les acteurs qui ont droit ensuite à un tour de quad adapté à leur âge.

Le ciel s'assombrit et nous quittons les lieux après une séance de photos collectives, pour aller...manger dans un "warung sate kiloan" (petit restaurant de brochettes). Ici les brochettes sont vendues au poids, qu'elles soient "ayam" (poulet) ou "kambing" (chèvre) ; rajoutez à cela un "gulai kambing" (autre préparation très goûteuse à base de viande et os de chèvre), le riz vapeur, les tranches de concombre et de tomate, les "sambal" et petits piments, le tout arrosé de thé (chaud, glacé, sucré ou non) et de jus d'avocat pour conclure et vous avez un excellent repas, typiquement indonésien, en toute simplicité, qui "vaut le détour" (!!!)
Dans le warung voisin, les spécialités sont les "patates douces" au four et les épis de maïs grillés : mais pour moi, sans façon, le plein est fait.
Nous attaquons la descente du col : bientôt, on retrouve les bouchons et une "conduite à risque" qui ne m'empêche pas de "clicher" quelques curiosités amusantes.


 


Tuti veut passer dans une fabrique de sacs à Bogor. L'orage qui menaçait finit par éclater avec la violence des orages tropicaux. Cette ville au pied de la montagne détient (me semble-t-il) le record mondial du nombre d'orages annuels. Une fois les emplettes faites, impossible de quitter l'endroit : un véritable déluge. Comme partout en Indonésie, de petits marchands de spécialités culinaires sont installés aux abords des grands magasins et pour l'heure, ils sont assaillis de clients qui attendent l'accalmie pour reprendre leur voiture. Personnellement, je n'ai besoin de rien mais le reste de la famille semble encore "avoir de la place" pour une autre collation ("habis makan, makan lagi", fini de manger on mange à nouveau)! Ouf, la pluie se calme et nous finissons par rejoindre la voiture pour regagner au plus vite la capitale ... demain, direction Bali ! 

dimanche 25 octobre 2009

Sunda Kelapa, Pasar Ikan

Vendredi 10 avril, j'émerge du sommeil en fixant une toile d'araignée accrochée à une dalle du plafond de la chambre et au carter du tube-néon ; elle flotte telle une voile mal bordée, bercée par les mouvements d'air du ventilateur sensé éloigner les moustiques et apporter un semblant de fraîcheur.
Après le bubur ayam (bouillie de riz au poulet) qui a bien calé mon appétit matinal, tandis que Tuti est occupée à la lessive et Tine à la préparation de perkedel jagung (fricandelles de maïs), je peux me consacrer à l'écriture de mon carnet de voyage.
Sari et son mari Oki arrivent. Ils apportent nos réservations de vol pour Bali que Tuti les avait chargés de trouver sur Internet à bon prix ; effectivement, le tarif est très intéressant (aller-retour pour 100 euros à deux). Ils ont contacté aussi un loueur de voitures de leur connaissance et nous ont réservés un véhicule pour 5 jours avec possibilité de prolonger, là aussi avec un tarif "indonésien" (une dizaine d'euros par jour)... le voyage à Bali s'organise pour le mieux !

Le repas terminé, nous partons dans le même quartier que la veille au soir, cette fois côté vieux port dont l'implantation remonte au XVI ème siècle, Sunda Kelapa, voisinant avec Pasar Ikan (marché aux poissons).
L'accès au port est payant (3000 rp) mais nous avons toute liberté de mouvement. Nous commençons la visite par le quai où sont amarrées de lourdes coques en bois à la proue pointue et élancée ; l'activité portuaire semble réduite à sa plus simple expression. C'est d'ailleurs assez étrange qu'il y ait si peu de monde, les navires semblent désertés par les équipages. Nous finissons par avoir l'explication : le gouvernement a accordé un long week-end de congés à cause des élections, si bien que dockers et marins sont rentrés au "kampung" pour la plupart. Quelques ouvriers s'affairent à l'entretien des planches des "carcasses bugis", installés en équilibre précaire sur d'étroites planches suspendues à des cordages et sans harnais de sécurité.
L'un d'eux nous propose de monter à bord ; l'accès au pont se fait par une longue poutre de 30 cm de large pour 20 d'épaisseur, le tout suffisamment incliné pour ne pas être complètement rassuré. Il y a bien un rainurage régulier pour faciliter l'accroche, mais aussi un cordage qui entrave le passage. Oki et moi, tentons l'aventure qui nous mène sur le pont, propre et dégagé, de ce bateau destiné au transport de sacs de ciment de Jakarta à Jambi sur l'île de Sumatra. La traversée a lieu 2 fois par mois et dure 5 jours dans chaque sens. Construit il y a une cinquantaine d'années à Kalimantan par des charpentiers Bugis, il est en bois de fer, matériau qui a la particularité de durcir au contact de l'eau. Le matelot estime qu'il vaut au moins un milliard de rupiah et que son armateur possède pratiquement toute la flotte du port. Le transport de passagers est possible à condition de ne pas l'ébruiter !
Il est temps de redescendre et dans ce sens, le déplacement paraît encore plus périlleux. Le marin propose ses services en nous tenant la main ; Oki n'est pas plus rassuré que moi et la  main secourable de notre guide a pour effet de nous donner confiance. Nous nous retrouvons sur le quai, un peu confus de notre manque d'assurance car en fait, le marin nous a simplement précéder sur la poutre en nous tenant la main et nous nous sommes senti pousser des ailes... surprenante sensation.
Après avoir remercié notre homme (en le gratifiant d'un pourboire bien mérité), nous poursuivons notre visite du port. Au bout du quai, des dockers s'activent à décharger un camion de sacs de ciment et remplir les cales d'un bateau semblable à celui que nous venons de visiter ; ces "costauds" circulent allègrement sur des poutres inclinées, se croisant à un rythme impressionnant, pieds nus ou chaussés de "sandal karet" (tongs) sans montrer de souci d'équilibre.
Plus loin, c'est un cargot chinois qui fait le plein de ciment avec une grue mécanique cette fois, mais en fond de cale, ce sont les dockers qui répartissent les sacs. Des tas d'autres matériaux pour la contruction, mais aussi une cargaison de motos attendent leur transfert, sans surveillance apparente.
Nous revenons à l'entrée du port, autrefois contrôlée par un phare-tour de guet (Menera Syahbandar) et défendue par des canons. Nous escaladons les marches de la tour jusqu'au toit pour avoir une vue panoramique de l'ensemble portuaire et d'une partie de la ville. Tout près du "Pasar Ikan" une retenue d'eau glauque est en partie recouverte d'emballages en plastique divers : on me demande de ne pas photographier ce genre de "paysage" peu flatteur pour le tourisme (malu) ! Je préfère témoigner de la réalité, même si elle n'est toujours belle à voir.

Allons voir "Pasar Ikan". En plein après-midi, aucun poisson à vendre (les produits de la mer sont vendus le matin, avant que le soleil ne darde ses rayons) mais des boutiques de marchandises pour la pêche, la navigation, etc, et plein d'autres étals d'un marché ordinaire. Disparus les marchands de tortues de mer naturalisées, de coquillages et de coraux aux couleurs flamboyantes : les mesures pour la protection des espèces menacées (interdiction à l'exportation par exemple) semblent avoir été efficaces...il était temps ! Et bizarrement, les "touristes" en mal d'acquisitions genre "exotisme animalier" ont disparu aussi.
Non loin de là se trouve le musée maritime (museum Bahari) mais c'est vers un autre ancien bâtiment hollandais que nous nous dirigeons : il est devenu la propriété d'un riche chinois qui en assure la restauration. Il abrite le restaurant "Galangan" mais aussi une collection très hétéroclite allant de céramiques et bibelots, majoritairement chinois, à une maison en bois sculpté typique de la région du centre Java, en passant par des troncs pétrifiés et une vieille Ford rouge. Le bâtiment lui même est remarquable par sa longue galerie parquetée et meublée  de bancs d'époque coloniale. Les pièces fermées de l'étage renferment des collections de meubles non ouvertes au public. Ce grand bâtiment avec sa cour intérieure engazonnée peut accueillir les invités de cérémonies de mariage ou autres. Evidemment, le droit de photographier librement tous ces trésors se paie en prenant une consommation sur la terrasse ; dans la moiteur étouffante de Jakarta, un jus de fruit frais sera des plus agréables.

vendredi 23 octobre 2009

Promenade nocturne

Le soir de la journée électorale, après avoir passé l'après-midi en famille, Oki nous conduit dans le vieux Jakarta, "Batavia" du temps de l'occupation néerlandaise.
Aprés avoir remonté Jalan M.H.Thamrin, nous arrivons au  rond-point Arjuna Wijaya, longeons la place Merdeka où se dresse virilement le Monas (monument national) face au Istana Merdeka (palais présidentiel). Nous empruntons Jl Majapahit puis la longue avenue Gajah Mada pour arriver dans le quartier commerçant de Glodok, passer devant la gare centrale de Kota et finalement longer le Kali Besar (le Grand Canal, qui n'a rien de commun avec celui de Venise !) et au bord duquel nous nous arrêtons pour quelques clichés nocturnes de vieux bâtiments plus ou moins délabrés, témoins de la période coloniale. L'odeur dégagée par le Kali Besar est renversante : il s'agit d'un large égout à ciel ouvert aux eaux stagnantes très opaques. Inutile de s'attarder !
Un peu plus loin, une place accueille de nombreux jeunes venus se retrouver pour discuter, chanter et pacar-pacaran (flirter). Encore plus loin, le vieux pont à balancier, fraîchement restauré et fermé à la circulation automobile, enjambe sous le feu des projecteurs un canal qui charrie des tas d'immondices innommables dans une puanteur repoussante. Tuti et Tine se gardent bien de mettre le nez dehors, restant assises dans la voiture, se sentant plus en sécurité et moins agressées olfactivement parlant.
Sur le chemin du retour, les avenues sont peu encombrées et nous pouvons rouler à bonne allure. Jl Jaksa, les touristes s'attardent aux terrasses des restaurants. En se rapprochant de Setiabudi, nous croisons des bencong/banci (travestis/transsexuels) prêt(e)s à se faire embarquer par quelque client.

Selamat malam
(bonne nuit) !

samedi 10 octobre 2009

Jour d'élections à Jakarta

Les Indonésiens se sont rendus aux urnes, jeudi 9 avril, à travers leur archipel de 17 000 îles, pour renouveler le Parlement de Djakarta. Ce scrutin, auquel étaient conviés plus de 170 millions d'électeurs inscrits, a été entaché de violences juste avant l'ouverture des bureaux de vote, en Papouasie, province orientale où six personnes au moins ont péri dans des violences et où des bâtiments ont été incendiés. Le Parti démocrate du président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, devrait remporter le plus grand nombre de sièges. Selon un récent sondage, il devrait obtenir aux alentours de 29 % des voix, contre 7,5 % en 2004.(extrait d'un article du "Monde" du 9 avril 2009)


Et oui, aujourd'hui jeudi 9 avril est un jour férié : ce sont les élections législatives en Indonésie. Les citoyens vont choisir leurs représentants aux différents parlements...le 8 juillet, ce seront les présidentielles
Contrairement aux évènements dramatiques de Papouasie relatés dans l'article ci-dessus, le calme règne dans la capitale.
A Setiabudi, vers 7 heures un haut-parleur a annoncé l'ouverture du bureau de vote pour 8 heures.
A 8 h15, je suis prêt pour accompagner Tine, Yani et Eddy jusqu'au terrain de badminton tout proche, sur lequel a été installé le bureau de vote en plein air.
Il n'y a pas foule et l'ambiance est bon enfant. La moitié de l'aire de jeu est abritée sous une toile où est installé le bureau de vote. Les panneaux d'affichage électoraux sont disposés contre une barraque en bois ; on y a punaisé les listes des candidats, plus ou moins nombreux selon le parti qu'ils représentent. Pour le DPD ("Dewan Perwakilan  Daerah", Conseil Représentatif des Régions) il y a 38 listes avec de 2 à 25 candidats dont les portraits s'étagent sous les logos de chaque parti.


Ces élections font "d'une pierre trois coups" puisque les électeurs se déplacent aussi pour élire le DPR ("Dewan Perwakilan Rakyat", Conseil Représentatif du Peuple) et le  DPRD ("Dewan Perwakilan Rakyat Daerah provinsi", Conseil Représentatif des Provinces).
Le Parlement Indonésien MPR (Majelis Permusyawaratan Rakyat, Assemblée Délibérative du Peuple) est bicaméral, réunissant le DPD et le DPR.
Si vous avez suivi, bravo ! Personnellement j'ai un peu de mal à comprendre, mais je crois que ce n'est pas plus simple chez nous. Toujours est-il que, pour ce que je peux en voir, cela se passe en toute décontraction, dans une grande transparence et une liberté qui n'avait pas cours sous le régime du Général-Président Suharto (de mars 1966 à mai 1998).
L'Etat  indonésien est toujours régit par les principes du Pancasila, énoncés par le futur Président Soekarno, le 1er juin 1945, mais la Constitution a subi, depuis quelques années, des amendements essentiels, conduisant à plus de démocratie. Les Indonésiens eux-mêmes appellent ce vent de liberté la "Democrazy" (le nombre de partis en présence semble leur donner raison) !

Mais revenons à Setiabudi. Le vote n'a toujours pas débuté à 8h20 ! Sans doute par souci de totale transparence, le président et ses assesseurs prennent le temps de déballer le matériel de vote aux yeux de l'assistance impassible (j'imagine le tollé qu'un tel scénario soulèverait en France) : on montre que les urnes sont vides et on les cadenasse, on sort les bulletins de vote de leur carton d'emballage et on prend soin de vérifier que le compte est bon. Les membres du bureau parafent les documents officiels et le responsable du secteur prend le temps de me saluer m'autorisant tacitement (et avec le sourire) à prendre des photos du déroulement des opérations. Les électeurs arrivent petit à petit, attendant sagement le début du scrutin. Il y a des sièges pour patienter et les panneaux d'affichage avec l'embarras du choix parmi tant de candidats.

Toutes les vérifications faites, le bureau de vote est enfin ouvert : il est 8h45 ! Le président annonce bien fort à l'assistance la procédure à suivre : même avec des moyens un peu "folkloriques", la démocratie est en marche.
L'un de mes beaux-frères est aux entrées ; il a en sa possession une liste de 232 inscrits. Les électeurs se présentent à lui avec une convocation, il vérifie la ligne qui correspond, leur attribue un numéro de passage. A l'appel de son numéro, chacun se présente à l'assesseur qui lui confie 3 bulletins de vote (format A1 minimum) qu'il doit signer, puis passe dans l'isoloir pas très adapté à la taille des bulletins géants. Cela se passe au "compte-gouttes", mais personne ne manifeste d'impatience malgré la durée du vote de chacun ; en effet, dans l'isoloir en zinc, trop étroit, il faut cocher, sur les 3 bulletins dépliés, la liste de son choix, puis les replier de la manière la plus plate possible pour venir les glisser dans l'urne appropriée, reconnaissable à sa couleur (rouge, bleu ou jaune). Enfin, un assesseur présente une bouteille d'encre indélébile dans laquelle, une fois accompli son devoir citoyen, l'électeur trempe le bout de son auriculaire gauche.
Juste avant midi, tous les membres du bureau votent à leur tour avant la clôture du scrutin puis s'octroient deux heures de pause avant de dépouiller les bulletins des 174 votants sur les 232 inscrits (seulement et heureusement, vu la lenteur du déroulement des opérations) du "bureau de quartier 018, Karet Setia Budi, Jakarta-selatan".
Tout s'est déroulé dans la bonne humeur, le calme, sans aucune manifestation ni contestation malgré le retard et certains petits disfonctionnements. L'épicier du coin est heureux, il a fait des affaires : les électeurs, souvent accompagnés de leurs enfants ont dévalisé son stock de boissons (coca-cola, teh botol) et de nourriture en tout genre (biscuits, kerupuk...) à consommer en attendant que cela se passe. J'ai reçu un accueil chaleureux des habitants du quartier et ai pu prendre toutes les photos que je souhaitais, certaines même à leur demande !

Je n'ai pas ressenti cette solennité, cette espèce de "stress", qui accompagnent les élections en France et je remercie tous ces Jakartanais qui m'ont laissé agir à ma guise, en toute liberté.

   

samedi 3 octobre 2009

Art asmat, souvenirs et asinan

Va-t-il falloir que j'enfile des gants et des chaussettes pour ne pas donner l'occasion aux moustiques de faire un festin pendant mon sommeil ? Ils m'ont vampirisé mains, chevilles et mollets pendant la nuit ... il faut dire que le ventilateur s'est arrêté au moins deux heures, suite à une coupure nocturne du courant !
Après un petit déjeuner "raisonnable" (pain de mie, confiture, thé et ananas frais) destiné à remettre de l'ordre dans mon appareil digestif, nous avons demandé à Fahmi (toujours disponible ou presque) de nous conduire chez des amis de longue date, demeurant tout près de Lebak Bulus, quartier excentré de Jakarta.
Une fois Nuke déposée sur son lieu de travail, nous traversons la ville sans trop de difficulté, l'heure de pointe des encombrements matinaux étant passée.
Nous arrivons chez nos amis sans nous être annoncés ; c'est le fils aîné qui vient nous ouvrir suivi de peu par notre amie, Ani. L'effet de surprise passé, ce sont les effusions et les paroles de bienvenue, la joie de se retrouver ! J'en oublie d'ôter mes sandales avant de pénétrer dans la "ruang tamu", comme c'est l'usage.
La discussion va bon train, chacun demandant des nouvelles des uns et des autres.
Arrive le thé traditionnel et des gâteaux de forme ronde et éclatée, de couleur verte ou marron marbré, "carabikang". C'est l'occasion de sortir mon appareil photo, de prendre quelques clichés de ces bizarreries pâtissières et de poursuivre par les trois "wayang golek" suspendus au mur. Ils viennent de Bogor : le marionnettiste les a fabriqués dans le respect de la tradition (formes, couleurs, motifs décoratifs) ce qui est plus difficile à trouver, beaucoup de ces "wayang" étant maintenant détournés de leur fonction théâtrale (Ramayana) et plutôt destinés aux touristes dans un esprit plus "souvenir décoratif".
Notre amie possédait une très belle collection de sculptures primitives et objets Asmat, peuple d'Irian Jaya, la partie indonésienne et occidentale de l'ïle de Papouasie. Elle m'invite à aller la voir : tout un mur de la salle à manger est garnie de statues plus extraordinaires les unes que les autres. Sur d'autres murs, sont exposés : arcs, flèches, lances, boucliers, poignards en os ...
Une statue attire mon attention ; elle n'est pas de la même nature que les autres, peut-être plus raffinée par les cheveux et les coquillages qui la décore, mais surtout par ce qu'elle représente : un personnage mi-homme mi-crocodile. Cette sculpture a été "chèrement" acquise en Papouasie-Nouvelle-Guinée (pays indépendant de la moitié orientale de l'île). L'objet est tellement original et d'une telle facture que j'en prends plusieurs clichés.
Pour satisfaire ma curiosité, un livre d'art, édité en Allemagne par le conservateur d'un musée consacré aux Asmat m'est présenté ... dommage qu'il n'existe pas en France, car les photos sont superbes et il semble très documenté.
Mais voilà qu'arrivent deux femmes et Ani nous explique qu'elle donne des consultations de tarots ... nous prenons donc congé ; nous reviendrons une autre fois pour passer la journée ensemble, en présence de son mari, Arbie, occupé à ses affaires.

Nous décidons de faire un retour vers le passé, à savoir retrouvé la maison que j'occupais il y a 35 ans avec 2 autres coopérants, Francis et Aimé, dans le quartier de Rawamangun, à l'Est de la ville. Pour le rejoindre, nous empruntons une des nombreuses autoroutes à péage qui quadrillent la capitale. Les ralentissements, malgré les 3 ou 4 voies, et un réseau routier surélevé me permettent d'avoir une vue d'ensemble des "kampung" traditionnels très resserrés, enchevêtrés dans une multitude de toits de tuiles et de tôle ondulée d'où dépassent quelques bulbes de mosquées. On imagine à quelle densité de population cela doit correspondre, l'habitat en immeubles, pourtant en pleine expansion, restant réservé à une élite. Dans le fond, des groupes de gratte-ciel (hôtels, banques, sociétés centres commerciaux, etc) des quartiers d'affaires.
Nous arrivons au "terminal bis" (gare routière) d'où l'on pouvait autrefois utiliser les services d'un "tukang becak" qui, pour 50 rupiah, vous tranportait devant votre domicile. Pour des raisons d'encombrement et de développement de la circulation automobile, ces cyclo-pousse mus par la force des mollets ont été interdits dans l'agglomération jakartanaise depuis une trentaine d'années. Les barraques en bois ont été remplacées par des bâtiments en dur et de nombreux petits magasins.
Après avoir tourné dans le quartier, nous finissons par retrouver la maison, désormais bordée par une rue très passante, "jalan Cipinang", là où il y avait un vague accès en terre, transformé en bourbier les jours de fortes pluies. L'habitation a perdu tout son charme : disparus le petit bassin, le gazon et les plantes tropicales qui lui conféraient un aspect à la fois accueillant et reposant. Le béton a remplacé la verdure, un "4x4" remplace notre Méhari orange et en plus, la maison est à vendre. Même chose un peu plus loin pour la maison d'un autre ancien coopérant, qui elle semble carrément à l'abandon : triste ! Parfois, il vaudrait mieux se contenter de garder à l'esprit les belles images à jamais révolues.

Nous partons manger à Cikini (autre quartier central de Jakarta). Fahmi nous conduit à l'ancien cinéma Megaria en-dessous duquel se trouve un restaurant populaire dont la spécialité est le "ayam bakar" (poulet grillé) ; accompagné de "nasi putih", un peu de concombre et un verre de "es kelapa muda" (lait de noix de coco fraîche) : l'estomac pourra se reposer de ses "agapes" des premiers jours. Un "rujak" pour finir, voilà un repas équilibré ! Un jeune guitariste fait la manche avec talent, tandis que deux femmes, très voilées, font une quête pour une oeuvre islamique ...
 Nous quittons les lieux pour nous rendre chez le monney-changer en prenant par Salemba et Senen ;  passant près de son ancien bureau, je repense à l'ami Tomy, disparu trop vite dans le pays de ses ancêtres chinois. Le bureau de change est bondé, tous les guichets occupés ; il faut se munir d'un ticket et attendre l'appel de son numéro, donner ses euros, attendre à nouveau d'être appelé à une autre caisse pour recevoir sa liasse de rupiah ... c'est long mais plus avantageux que de passer par les services d'une banque. Vus le nombre de clients, ce doit être vrai !

De retour à Setiabudi, j'ai la surprise de voir, à l'entrée du "gang", un "tukang jahit" (couturier) ambulant, aux prises avec un ourlet de pantalon, à cheval sur sa bicyclette équipée d'une machine à coudre ... tailleur à domicile. Un "tukang asinan" stoppe sa carriole devant le portail d'entrée de la maison à la demande de Fahmi pour une autre préparation culinaire à base de tofu frit, pousses de soja, nouilles jaunes, concombre, chou bouilli, le tout assaisonné par une sauce cacahuète un peu liquide, quelques filets de kecup manis et bien sûr de l'inévitable et indispensable sambal.

Une petite parenthèse pour celles et ceux qui seraient curieux d'en savoir plus sur la cuisine indonésienne, j'ai trouvé sur google un tas de blogs (malheureusement très peu en Français) que vous pouvez consulter en cliquant sur les 2 liens précédents. Bon appétit !

Un plan de Jakarta pour se repérer

Pour finir la soirée, nous nous rendons chez ibu Ika, une amie de la maman de Tuti, habitant le quartier. Nous sommes reçus avec beaucoup d'émotion par cette octogénaire et sa fille, revêtue d'un hidjab. Cette dernière, ancienne camarade d'école de Tuti, se montre bavarde et enjouée ; on parle des élections du lendemain, mais aussi de Nicolas et Carla dont elle ne semble guère apprécier l'union, nous interroge sur la non-élection de Ségolène, parle avec enthousiasme d'Obama "Président du Monde" (qui a fréquenté, plusieurs années, une école élémentaire non loin de là) ... bref, un tas de sujets abordés avec une liberté d'expression que j'ai plaisir à constater.
Après avoir quitté ses sympathiques personnes, nous prenons un rapide repas dans un restaurant voisin qui ne nous laisse guère de temps pour finir nos assiettes et nos verres afin de faire place nette : sont-ce les congés accordés pour les élections du lendemain qui les font s'activer de la sorte ?

PS : le titre  de l'article est un lien vers un nouvel album.