dimanche 25 avril 2010

Pramuka et Masjid Kubah Emas

Sommaire : voici regroupés dans un même article les récits de deux journées de notre dernière semaine en Indonésie où l'on ne peut faire abstraction de l'importance du fait religieux dans la vie quotidienne.
Aucun album, mais quelques clichés "empruntés" et personnels de Situ Gintung (déjà évoqué dans un précédant article) et de Masjid Kubah Emas (mosquée de construction récente dans la banlieue jakartanaise) illustrent le récit de ces deux jours plus "sociétaux".
   

Vendredi 24 avril 2009 : 
La nuit suivant notre retour de Bali a été très reposante puisque je n'ai même pas entendu le premier appel à la prière de la mosquée toute proche, à 4 heures du matin. Pourtant l'un des murs de l'édifice religieux est mitoyen avec le terrain de la famille de Tuti et le volume sonore des hauts-parleurs est loin d'être réglé "mezza voce"... sans doute finit-on par s'habituer !

Pas de programme particulier ce jour : nous décidons d'aller passer un moment au "warnet" ("warung internet") du quartier. C'est une petite salle située juste en face du SMA III ("Sekolah Menengah Atas III" : lycée public - d'excellente réputation), avec 6 ou 7 box  équipés d'ordinateurs basiques. Il reste un appareil libre que nous demandons au gérant d'équiper d'un lecteur de carte mémoire afin d'envoyer quelques photos aux amis et à la famille ; nous pouvons accéder à nos courriels et avoir ainsi des nouvelles fraîches et des photos récentes du petit Nino. La surprise est de le voir grimaçant, couvert de boutons, de croûtes, barbouillé d'éosine, victime innocente de la varicelle !
Nous ne perdons pas notre temps à éplucher les messages "publicitaires", ils peuvent attendre. Nous règlons la prestation en fonction de la durée d'utilisation du "computer".

De retour à la maison, Fahmi nous propose de l'accompagner pour aller chercher Yani qui encadre un camp "pramuka" (scouts). Si les membres des Gerakan Pramuka d'Indonésie sont majoritairement musulmans, il s'agit d'associations pluralistes qui comptent aussi des groupes catholiques et protestants. Un mouvement laïc (comme les éclaireurs en France) n'est pas  envisageable par le fait même de l'existence du premier des cinq principes de la philosophie de l'Etat indonésien ("Pancasila") : La croyance en un Dieu unique.
Nous voilà donc sur l'ancienne route menant à Bogor mais bientôt nous bifurquons sur une petite voie s'enfonçant dans la campagne. Les maisons se font rares, les cultures maraîchères plus présentes, des bosquets de bananiers ainsi que quelques volailles en liberté. Nous croisons des cyclistes perchés sur leur vélo hollandais roulant paisiblement sur cette route tranquille. Bientôt apparaît le camp scout.

Sur la gauche de l'entrée apparaissent plusieurs toiles de tente grande taille installées à la "va-comme-je-te-pousse"  avec quelques effets supendus aux cordes de tension: c'est le campement des filles. Le terrain est ombragé et au milieu de cet espace un terrain de jeu et une petite mosquée carrelée de blanc.

De l'autre côté, c'est le camp des garçons. Tout au fond, un bâtiment en dur vers lequel nous nous dirigeons. Yani, l'aînée des soeurs de Tuti nous accueille en uniforme marron et nous présente aux différents membres de l'encadrement. Une boisson nous est proposée à l'ombre du auvent ; nous laissons nos sandales sur les marches pour nous déplacer sur le sol impeccable de la terrasse. Il faut dire que le terrain est un peu gras après avoir subi les trombes d'un violent orage dans la nuit : ceci explique le linge qui sèche près des toiles de tente qui semblent, elles aussi, avoir pris l'eau.

Les jeunes adolescents vaquent librement à leurs occupations puis c'est l'heure de la prière : les jeunes filles vont faire leurs ablutions puis revêtent leur "mukena" (voile de prière blanc) et les garçons un "sarong". Leurs dévotions séparées terminées, répondant aux ordres lancés à coup de mégaphone, tous les "pramuka" se regroupent pour un jeu organisé : au signal, dans un premier temps, ce sont les filles qui s'égaient dans tous les sens, à la recherche de messages cachés ça et là par les garçons. Le jeu recommence en inversant les rôles... sous l'oeil vigilant des adultes de l'encadrement, plus très jeunes !

Revenus à Setiabudi, nous ressortons dans la soirée avec Fahmi pour aller chercher Nuke à la sortie du travail. Nous nous arrêtons tout près de l'immeuble où elle travaille, dans une rue investie par des "kaki-lima"; Tuti et Fahmi ont une petite envie de "mie bakso" (soupe de nouilles aux boulettes de viande) et moi plutôt envie d'épancher ma soif. C'est comme ça à Jakarta, il y a de quoi se nourrir à chaque coin de rue ou presque, et l'on mange à tout moment de la journée ; le rituel du repas à la française à heures fixes n'entre guère dans les moeurs indonésiennes.

Fahmi et Tuti attaquent leur bol de nouilles, je commande un jus de fruit. Le marchand me demande ce que je veux ; n'ayant pas beaucoup d'idée mais beaucoup de choix, je lui fais confiance pour un coktail fruité de sa composition "yang enak" (qui soit bon). Un instant après il m'apporte, dans un grand verre, une boisson  composée de jus de "blimbing" (carambole), "sirsak"  (anone), "jambu" (goyave) et "tomat" (...) : ça se laisse boire !

Tandis que nous nous restaurons, une "ibu" (dame) vêtue d'un "kebaya" et "sarong" en batik (tenue traditionnelle javanaise) très serré s'agenouille près de chaque table occupée pour entonner un court extrait d'une "javanese song" dans la plus pure tradition, s'accompagnant d'un instrument de musique rudimentaire, une sorte de "siter" (cithare) faite d'une caisse en bois sur laquelle sont tendues plusieurs cordes produisant un son on ne peut plus métallique. La dame est aveugle et s'arrête là où son guide la conduit pour offrir une sérénade lancinante aux modulations harmoniques caractéristiques du chant javanais, en échange de quelques pièces.
Finalement, Nuke nous rejoint et nous rentrons à la maison dans les embouteillages habituels ; à un feu tricolore, un jeune garçon essaie de nous refourguer un "bajaj" miniature, en plastique mais ... lumineux ! Ces gamins essaient de rapporter quelques rupiah à la maison pour nourrir frères et soeurs, en vendant des journaux, des jouets, des sachets de "kacang"  (cacahuètes ou autres), risquant à tout moment de se faire renverser. Les transactions doivent être rapides et efficaces... le temps du passage du feu du rouge au vert et de se faufiler entre les voitures qui démarrent pour se mettre à l'abri de se flot motorisé.



Samedi 25 avril :
Nous passons la journée avec nos amis Ani et Arbie. Dès neuf heures, Pak Bakri est là pour nous conduire chez lui, alors que je suis en train de prendre ma douche-casserole. Je me hâte - mais oui, c'est possible - pour ne pas le faire attendre. De toute façon, ce n'est pas un problème : les Indonésiens sont beaucoup plus patients, moins agités que les Français et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles je me sens très à l'aise dans ce pays !

Il nous embarque dans son "kijang" Toyota (espèce de mono-space made in Indonesia, que l'on voit partout dans les rues), conduit par son chauffeur. En arrivant chez lui, nous trouvons son épouse Ani en train de faire des essais de macro-photos sur une plume d'oiseau. Ses appareils sont plutôt haut de gamme.

Ils nous conduisent sur le site de Situ Gintung, lieu de la catastrophe dont j'ai déjà parlé dans le douzième article ("Situ Babakan, Situ Gintung").

Nous arrivons par un autre endroit cette fois ; il s'agit d'une sorte de parc avec différentes possibilités de distractions aquatiques et nautiques. D'un côté une piscine que nous avions fréquentée dans les années 90 avec nos enfants avec des tables pour se restaurer, de l'autre côté un domaine donnant sur les berges de la retenue d'eau qui a cédé en mars sous l'effet des pluies torrentielles et à cause du manque d'entretien de la digue en terre construite dans les années trente, sous l'occupation néerlandaise.

Aujourd'hui, seul un filet d'eau s'écoule lentement et donc plus d'activités de canotage, de pêche ou autres : il ne reste que deux vallons de vase rouge vidés de leur contenu. Déjà, quelques plantations maraîchères voient le jour près des cabanes de pêcheurs sur pilotis  désertées, désormais inutiles. Les embarcations de plaisance sont entreposées sur les berges, à l'abri de bâches, en "chômage technique".



Il fait très chaud en cette fin de matinée et nous arrivons au bout du bras de terre en essayant de rester à l'ombre des arbres du parc qui devait accueillir, le week-end, une foule de familles avant que la digue de terre ne craque. Mis à par un chien galleux, un jogger et deux jeunes amoureux, nous n'avons rencontré personne. De la pointe de la presqu'île, nous distinguons beaucoup plus nettement que la première fois, la brèche dans le mur de retenue... on imagine la panique et les dégâts provoqués par le déferlement d'eau soudain, en pleine nuit, sur les habitations construites, sous le barrage, en toute inconscience des risques.

Nous retournons pour le déjeuner chez nos amis ; au menu : poulet, poisson, légumes,"tahu" à la Menado : excellemment épicé ! Je ne cesse d'admirer la collection de sculptures primitives  d'Irian Jaya qui ornent un pan de mur de la cuisine, tout en appréciant le délicieux repas.

Après avoir fait bombance, les dames entament une discussion relative à leurs enfants et nous les hommes, après être allés faire un tour sur Internet (retrouver entre autre quelques photos de petit Nino), nous mettons à parler de l'Indonésie et de ses importantes richesses naturelles largement exploitées par des multinationales sans scrupules, de la destruction abusive des forêts primaires de Sumatra et Kalimantan ("deforestasi / reboisasi") et des conséquences dramatiques de cette exploitation sauvage, de ce qu'il faudrait faire au niveau gouvernemental pour que ce pays puisse utiliser tous ses potentiels économiques et humains de manière à ce que le peuple arrive un jour à sortir des conditions de vie précaires dans lesquelles il se trouve, etc, etc... bien sûr mes convictions sont celles d'un Occidental venant d'un pays nanti : j'avance - déformation professionnelle sans doute - que l'une des premières choses à installer en Indonésie, serait de rendre accessible à tous le droit à une instruction gratuite et obligatoire, afin que l'ensemble de la population arrive à s'affranchir du joug des élites dirigeantes, souvent riches et corrompues.
Pour cela, il faudrait aussi une république laïque dirigée par des civils ! La "démocrazy" n'en est qu'à ses débuts, la corruption étant une sorte de "mode de fonctionnement institutionnalisé" (à tous les niveaux de la société) agissant comme le pire des fléaux dans ce genre de pays où le bien-être de la collectivité nationale ne semble  guère être la priorité de ses dirigeants.

En fin d'après-midi, nos hôtes nous proposent une sortie "mosquée" : en effet, en avril 2006, dans le district de Cinere à Depok, au Sud-Ouest de Jakarta, a été inaugurée la plus grande mosquée privée d'Asie du Sud-Est, Dian Masjid Al Mahri.

Nous empruntons "jalan Meruyung Raya", pas très large, en mauvais état et plutôt encombrée ; plus nous nous rapprochons de l'endroit, plus les bas-côtés de la rue s'emplissent de "warung" divers. Les "tukang becak" (conducteurs de cyclo-pousse) qui ont été chassés de la capitale depuis une trentaine d'années, stationnent aux intersections des chemins transversaux dans l'attente de clients descendus des nombreuses "oplet" (taxis collectifs) qui circulent dans le secteur. Nous atteignons enfin notre but en pénétrant dans l'enceinte paysagée d'un monument religieux pour le moins éclatant de richesses.

Les mosquées indonésiennes (mise à part, peut-être pour son modernisme, la grande Istiqlal à Jakarta)  n'avaient, jusqu'à celle-là, rien de très attirant d'un point de vue esthétique.

Nous sommes tout de suite éblouis par l'or de son dôme principal, d'autant plus étincelant qu'il reflète le soleil déjà bas sur l'horizon sur un bleu ciel assombri. La mosquée est d'ailleurs plus connue sous le nom de "Masjid Kubah Emas"  (mosquée au dôme d'or).
Elle est contruite sur un vaste domaine de cinquante hectares autrefois occupé par des rizières. Les parkings (7000m²) peuvent accueillir 300 bus ou 1400 véhicules particuliers ; ils sont aménagés dans les jardins mélangeant l'esprit moyen-oriental et la végétation tropicale indonésienne : palmiers, euphorbes, boungainvilliers, manguiers, orangers, etc., plantés à même le sol ou dans de nombreuses vasques le long des voies de circulation.

Le bâtiment religieux lui-même occupe près de 8000m² (60x120); son style diffère de ce que l'on trouve habituellement en Asie, mais ressemble plus à celui  des mosquées des pays Moyen-Orient (Perse et sous-continent indien). La silhouette du dôme principal (25m de haut et 20m pour le plus grand diamètre) rappelle d'ailleurs celle du splendide mausolée du Taj Mahal ; avec quatre autres coupoles de moindre taille (8m de haut et 7m de diamètre au milieu), les cinq piliers de l'Islam sont ainsi symbolisés.

Six minarets de forme octogonale et ceints de trois corniches, recouverts de granit gris d'Italie, s'élèvent à quarante mètres, surmontés chacun d'une petite coupole posée sur de fines colonnes. Ils représentent les 6 articles de la foi musulmane.
Tous les dômes sont recouverts de deux ou trois millimètres d'or protégé par une mosaïque de cristal d'Autriche.

Nous entreprenons de faire le tour du bâtiment ; le soleil se couche, les éclairages électriques prennent le relai des derniers rayons du "mata hari" (mot à mot "oeil du jour" autrement dit : le soleil). Faute de porter une tenue appropriée (voile pour les femmes et robe islamique pour les hommes) et qui plus est au moment où l'appel à la "sholat maghrib" (prière du crépuscule) se fait entendre, nous ne pouvons pénétrer à l'intérieur.


Les photos non-signées illustrant mon propos sont donc empruntées à des sites informatiques indonésiens : elles donnent une idée du luxe des matériaux utilisés dans la construction de ce temple musulman dans le but de magnifier la grandeur du Créateur (sic). La cour intérieure (45x57m) peut accueillir 8000 pélerins ; elle est fermée par des arcades dont les piliers sont couverts de granit du Brésil. Au-dessus de la salle de prière, le grand dôme ; à sa base un anneau doré de 33 fenêtres représente l'horizon au-dessus duquel la couleur du ciel nuageux varie en fonction de l'heure de la prière, utilisant  pour ces effets, une technologie informatique programmable. Un soleil en laiton plaqué or et couvert de calligraphies arabes "sholawat" (chant religieux ?) flamboie à son zénith. Suspendu en son centre, un lustre de 2,7 tonnes, en laiton plaqué or et lampes de cristal s'inspire, en plus modeste, de celui de la mosquée du  souverain Qaboos bin Al Said à Mascate dans le Sultanat d'Oman (8 tonnes... mazette !). Le mihrab, niche d'où l'imam dirige la prière, fait saillie dans la paroie de la mosquée indiquant la Qibla ; il est encadré de deux doubles colonnes en granit noir d'Afrique du Sud supportant une arcature dorée et calligraphiée ; le ciel d'or du demi-dôme symbolise l'Univers de la Création.

Comme il se doit dans la religion musulmane, les femmes et les hommes pénètrent à l'intérieur de la mosquée par des entrées différentes : les premières par l'arrière et les seconds par des entrées latérales. Nous finissons notre visite extérieure : le lieu de culte et les espaces verts autour du domaine sont  parfaitement entretenus.


L'indonésie s'enorgueillit de posséder un tel ensemble propre à la propagation de la foi islamique, correspondant plus à son statut de première nation musulmane du Monde et pouvoir compter sur son sol l'une des sept mosquées à dôme d'or (les six autres étant le Dôme du Rocher d'Al-Sakhrah Qubbah à Jérusalem, Al-Askari à Samarra en Irak, Suneri de Lahore au Pakistan, celle du Sultan à Singapour, celles du Sultan Omar Ali Saifuddin et Jame'Asr de Bandar Sri Begawan à Brunei) est un grand motif de fierté. L'initiative de sa construction revient à Ibu Hj. Dian Jurian Maimun Al-Rasyid dont le mari est un homme d'affaires de Serang (Banten) travaillant principalement avec le Moyen-Orient.

Le complexe est leur propriété et - pour la petite histoire - le bruit court que la  fortune de ce couple proviendrait de l'exploitation de puits de pétrole qu'un prince arabe leur aurait octroyés après qu'ils l'aient aidé à vaincre une grave maladie grâce à des remèdes traditionnels. Réalité, fiction, rumeur ou légende "alibi" pour expliquer une telle fortune ?!... aucun site Internet ne mentionne ce fait ; celui-ci m'a été rapporté de bouche à oreille, sans preuve à l'appui... à vérifier donc !  



"Masjid Kubah Emas" est le coeur d'un ensemble d'infrastructures destinées à créer un domaine de propagation de la foi islamique dans cette région (Center Yayasan Dian Al-Mahri) ; le complexe abrite aussi un centre de culture et d'enseignement religieux qui vu de l'extérieur semble très luxueux, ainsi que les ensembles d'hébergement pour les visiteurs.


Ce lieu accueille tous les jours des milliers de  touristes venus de toute l'Indonésie et des pays environnants ; l'économie locale en tire de substantiels bénéfices avec des tarifs fonciers et immobiliers en forte hausse, la création de bureaux et de commerces dans les environs, bien que les routes d'accès demandent encore de sérieux aménagements pour drainer tout le trafic engendré par cette "curiosité"  tout en même temps religieuse et touristique.

Après une courte halte désaltérante et roborative chez nos amis, nous reprenons le chemin de la demeure familiale : plus d'une heure de trajet dans les éternels embouteillages de la capitale... il est vrai que "malam minggu" (littéralement nuit du dimanche, autrement dit pour nous samedi soir) les Jakartanais sont de sortie ! 

Et il y en a qui sont de sortie en permanence, telle cette jeune femme très enceinte qui fait la manche entre les voitures en grattant les cordes d'une guitare-jouet, tandis qu'une fillette se faufile entre les voitures, époussetant les pare-brise de son plumeau maigrichon, emplissant, dans la chaleur moite ajoutée à celle des moteurs, ses poumons des émanations nocives de gaz d'échappement, avec l'espoir de glaner quelque menue monnaie nourricière. Le paradoxe de la vision des rutilantes coupoles d'or (et autres magnificences de la mosquée) et celle de la misère de la rue est un véritable crève-coeur !

Tous les fonds investis au nom du Dogme (quelle que soit l'obédience religieuse, idéologique, politique ou économique à laquelle il répond), n'auraient-ils pas meilleur dessein à amoindrir le dénuement des indigents plutôt que de faire étalage de  fastes exorbitants ? Vaste question !...

vendredi 19 mars 2010

Au revoir Bali, retour à Jakarta

Sommaire - Un peu de retard dans la reprise de mon récit de voyage : j'avais égaré mon deuxième carnet de route et sans lui, j'étais un peu "sec" pour raconter nos pérégrinations.


En ce jeudi 23 avril, nous débutons notre dernière semaine en Indonésie par la fin de notre séjour à Bali et notre retour à Jakarta le soir même. Pas d'album perso mais une enquête  intéressante d'Arte sur les terroristes des attentats de Bali en 2002 à visionner sur Dailymotion (partie 1 / partie 2) et quelques liens en rapport avec ces attentats.


Comment occuper cette journée avant de rendre la voiture et reprendre les airs pour la capitale ? Je mets à jour mon carnet de voyage qui à pris un peu de retard, avant que la mémoire ne me fasse défaut... Ensuite, direction Kuta, centre incontournable du shopping pour touristes.

Nous arrivons par Seminiak, traversons Legian et nous voilà à Kuta. Les trois localités se touchent avec la rue principale qui les traverse, bordée de boutiques de vêtements, de bijoux en argent ou fantaisie, de souvenirs divers, de restaurants, salons de thé, boîtes de nuit et autres salons de massage.
Seuls les "penjor" (mâts de bambou décorés de pousses de cocotier, symbolisant le dragon Naga Basuki) plantés à espaces réguliers le long  des routes à l'occasion des célébrations des fêtes de Galungan et Kuningan, rappellent que nous nous trouvons à Bali. La matinée est déjà avancée, mais les "bule" s'attardent encore aux terrasses des cafés ; d'autres arpentent la rue, faisant du lèche-vitrines.
Tuti est à la recherche de robes pour rapporter à nos filles et je recherche un collier-pendentif pour Grand-Mère. Nous progressons avec la voiture car la rue est très longue, stationnant de loin en loin. Nous approchant du centre de Kuta, je gare la Karimun près d'une  enfilade de grands magasins de fringues ; Tuti descend rapidement et tandis que je vérifie la fermeture des portes en faisant le tour de la voiture, elle a disparu sans que je sache sur quelle enseigne elle a jeté son dévolu. Je pars à sa recherche, me faisant interpeler par des marchands de vent, des rabatteurs pour les salons de massage, des chauffeurs de taxi et d'autres guignoleries pour touristes gogos. J'essaie de rester poli et souriant face à toutes ces  sollicitations dont je n'ai que faire.

J'entre  d'abord dans un magasin Billalong très australien, puis un magasin de mode féminine... pas de Tuti : la mafia locale l'aurait-elle enlevée ? En attendant de la voir reparaître, je fais les cent pas ; je m'arrête un instant devant l'étal d'un marchand de montres de luxe "made in China". Omega, Seiko, Rolex (idée !) : le vendeur se précipite pour me faire l'article et tenter de ferrer l'acheteur potentiel. Il y a de superbes modèles, sophistiqués, avec plein de fonctions ; les tarifs affichés sont assez élevés pour des imitations. Je sais qu'on peut discuter, mais j'avance l'argument que je n'ai pas envie de me faire pincer par la douane avec une contrefaçon au poignet. Il me soutient qu'il a beaucoup de clients, qui lui en achètent régulièrement 3 ou 4, qu'ils n'ont jamais eu de problème avec la douane et que c'est seulement avec les grosses quantités que l'on risque quelque chose. Je ne suis pas convaincu !

Tuti reparaît enfin ; j'ai envie de faire un tour du côté de la plus célèbre plage de Bali. Nous nous y arrêtons un instant, Tuti n'étant pas trop rassurée par la présence de bandes d'oisifs, à l'ombre des arbres du bord de plage. Les loueurs de planches se sont multipliés. Nous repartons en passant par Poppies Lane, le quartier où nous logions en famille dans les années 90 ; ça n'a pas trop changé.

Au sortir de la rue, nous apercevons le monument  érigé à la mémoire des 202 tués (et 209 blessés) de l'attentat de 2002 contre le Paddy's Bar et le Sari Club (night-club réservé aux étrangers). La plupart des supposés protagonistes ont été capturés, condamnés et exécutés pour certains,  traqués, retrouvés de loin en loin et le plus souvent abattus par les forces spéciales indonésiennes  (informations du 10 mars 2010) sans autre forme de procès...

Le pays qui compte le plus grand nombre de musulmans au Monde (86% d'une population de 240 millions d'habitants) condamne presque unanimement ces actes de violence inepte, à l'exception de quelques groupes fondamentalistes qui se font fort de transformer les criminels tués en martyrs d'un Islam radical !


Retour à la maison d'Anak Ayu ; nos sacs sont prêts, il nous reste à nous reposer, nous doucher, nous changer... Un peu après seize heures, nous goûtons avec nos hôtes : "teh", "pisang goreng", gâteaux à base de riz et de sucre caramélisé, ainsi que quelques "salak" (zalacca, le fruit à peau de serpent).
On papote et surtout, nous recevons cinq sur cinq l'invitation à revenir loger dans cette superbe maison en si agréable compagnie lors d'un prochain séjour à Bali. L'heure du départ approche, nous posons les bagages dans la voiture : nous sommes bien chargés et nous avons pris la précaution de répartir les objets fragiles de façon à les garder avec nous en cabine. Derniers "selamat jalan, selamat tinggal, sampai ketemu lagi" (bon voyage, au revoir), signes de la main à ces hôtes tellement accueillants !

En route pour l'aéroport ; au carrefour de Sanur, des policiers font un constat : un simple accrochage entre deux voitures, sans gravité. Ce qui nous étonne, c'est que c'est le premier accident que nous voyons en dix jours malgré le code de conduite instective pratiqué par les Balinais, où la règle d'or est la vigilance maximale. Ici, les autochtones conduisent en toute liberté, en toute décontraction, en toute confiance, sans appréhension apparente : chauffeur stressé s'abstenir !
Nous voilà à l'aéroport Ngura Rai ; nous stoppons la Karimun non loin du terminal des vols intérieurs. Tuti téléphone au loueur de voitures qui arrive dans les minutes qui suivent. Nous avons payé pour les cinq premiers jours, il nous reste à règler le reste du séjour ; le loueur jette un rapide coup d'oeil à son véhicule puis s'éloigne avec notre promesse de faire appel à ses services pour un prochain séjour... nous n'avons eu aucun problème mécanique et pour nous deux (trois avec Oki) jamais nous ne nous sommes trouvés à l'étroit dans ce petit véhicule.
Nous entrons dans le terminal, poussant un chariot bien chargé ; nous passons les contrôles sans problème. Le gros sac de vêtements est enregistré et je me trimbale deux sacs de souvenirs (sculptures et masques pour l'essentiel). Nous sommes très en avance et nous allons à tour de rôle jeter un oeil sur les boutiques de la salle d'attente.


Embarquement vers 20 heures, décollage un quart d'heure plus tard. L'avion  survole Jimbaran, Kuta, Legian et Seminiak qui scintillent de mille feux. La voisine de siège engage la conversation avec Tuti ; c'est une ancienne hôtesse de l'air indonésienne...à la fin du trajet elles échangent noms et adresses.

Nous voilà à Cenkareng, Jakarta, horaire respecté. Notre sac apparaît assez vite sur le tapis roulant et nous sortons dans les premiers. Dehors, Tine nous fait des signes ; Eddy, Fahmi et Nuke sont là aussi pour nous accueillir.
La circulation est moins dense qu'à Denpasar. Au repas du soir est prévu un "mie Pejonpongan" dans un estaminet-resto réputé, au bord d'une rue très passante. Nous retrouvons la capitale et tous ses petits restaurants d'une simplicité désarmante mais où l'on rencontre des spécialités culinaires étonnantes.

En entrée, "tahu", "otak-otak", "sate" et leur "sambal" respectif. Les plats proposés portent souvent le même nom qu'ailleurs, mais leur préparation et leur goût diffèrent ; ici deux employés éfilent des morceaux de poulet dans des quantité impressionnantes que le cuistot se charge de mélanger au mie "rebus" (bouilli) ou "goreng"  (frit) accompagné de "emping", spécialité javanaise (melinjo écrasé et réduit en lamelles croquantes).
Il se fait tard et tout le monde semble un peu fatigué ; nous rentrons à Setiabudi. "Selamat malam..."  

mercredi 24 février 2010

"Keluwesan" ou la grâce balinaise

Sommaire : Les Balinais ont sans conteste le sens artistique, "ils sont tombés dedans quand ils étaient petits" et vivent avec tout le long de leur vie ; la beauté, l'élégance, la grâce peuvent se rencontrer n'importe où, n'importe quand ... Pourvu que l'influence de la culture occidentale ne dénature pas tout ce qui a fait de "l'île des dieux" un paradis terrestre !
Nous verrons donc ici, sans album perso, une représentation de danses de Barong et de Keris à destination des touristes , mais aussi des rencontres amusantes et d'autres grâcieuses. La magie des rencontres, c'est tout le charme du voyage !


Venir à Bali sans assister à un spectacle de danse serait une faute de goût inconcevable ! Seulement voilà, il y a spectacle et spectacle ; comme il ne nous reste que deux jours à passer à Bali, nous n'avons guère de temps pour faire les difficiles ! Afin de satisfaire notre curiosité, nos hôtes nous ont indiqué un lieu où tous les jours se tiennent des représentations de danse de "barong" et danse de "keris" à dix heures le matin. Ce n'est pas très loin d'où nous logeons : il s'agit de "Catur Eka Budhi", jalan Wariban, quartier Kesiman à Denpasar.
Nous prenons notre temps en profitant du soleil matinal dans le jardin aux orchidées. Puis à 9h30, direction la salle de spectacle ; nous trouvons facilement et bizarrement, le parking est déjà bien rempli d'autocars et de voitures de location. Un "tukang parkir" nous fait signe d'activer. Arrivés au guichet, nous apprenons que la séance a débuté à 9h30 et que nous avons raté le début ! Là aussi, le prix d'entrée varie en fonction de la nationalité, les autochtones ayant droit à un tarif réduit... pourquoi pas !!!
Munis de nos tickets nous sommes poussés vers l'entrée de la salle. C'est une sorte de théâtre couvert, avec des gradins en arc de cercle face à la scène. Il y a pas mal de spectateurs, de toutes nationalités, munis d'appareils photo numériques ou de caméscopes ; nous trouvons de la place au milieu de la salle, légèrement en hauteur, presque face au spectacle.

A gauche, en retrait de la scène, les percussions du gamelan composé d'une douzaine de musiciens, rythment les évolutions chorégraphiques et théâtrales des artistes. Les costumes sont superbes, mais le spectacle manque d' authenticité, même si la prestation des acteurs reste honnête. On est dans l'industrie touristique plus que dans la représentation-offrande accompagnant chaque fête, avec le sens esthétique, la beauté, la ferveur, la connivence,  l'émotion, les rires, la participation active aux festivités des villageois... c'est de l'art traditionnel  plus lucratif que spirituel, synonyme d'entrée de devises : il faut bien vivre !


Je cesse là ces réflexions peu amènes pour revenir au spectacle. Nous avons  donc raté le début de la représentation ; elle se déroule sur une scène avec comme décor une porte de temple encadrée de deux ombrelles noir et or et par laquelle entrent et sortent les personnages (habituellement, ceci se passe en plein-air) et quelques plantes disposées çà et là. En prélude à la pièce, le tigre et son ami le singe occupent les lieux, puis suit une courte mais toujours élégante danse de "legong" ; la danse du barong et du kriss commence alors véritablement, racontant la coexistence du Bien et du Mal chère au monde balinais. 

Bien que je ne dispose pas de camescope, vous pouvez quand même vous faire une idée du spectacle auquel nous avons assisté en regardant une vidéo faite dans le même lieu par un autre couple de touristes. La musique et le mouvement ne peuvent être dissociés d'un spectacle de danse !

La représentation terminée, une hôtesse propose aux spectateurs qui le souhaitent de venir sur la scène faire une photo souvenir en compagnie du "barong" posé sur des tréteaux.
C'est un peu la ruée des familles et des couples qui ont choisi de graver leur image dans la mémoire de leur appareil photo numérique. Nous regardons amusés les gens de toutes nationalités prendre la pose et finissons par nous retrouver seuls, tous les deux face à l'hôtesse qui nous invite à faire comme les autres : nous acceptons de bonnes grâces !

Avant de reprendre la voiture, je m'aventure dans le bois voisin du théâtre pour m'approcher du petit temple que j'entrevois ; Tuti qui est restée sagement sur le parking me signale que je suis dans le cimetière !

Contrairement à ce qui se passe dans l'Hindouisme indien, "la crémation balinaise est une fête pour laquelle la famille du défunt engage des sommes très importantes. Parfois attend-on plusieurs décès pour grouper les cérémonies et partager les dépenses.
Dans l'attente d'une date favorable à la crémation, le corps est dans un premier temps inhumé.
L'âme, prisonnière de l'enveloppe charnelle du défunt, doit être libérée par le feu qui réduit la chair à la poussière originelle. Bali conjugue la religion hindoue avec un culte plus populaire, dit animiste. Du lever au coucher du soleil, le Balinais ne cesse de faire des offrandes aux forces qui gouvernent le monde, afin de le maintenir en harmonie et en équilibre. Lors de cette inhumation, le corps est soigneusement lavé afin de purifier les sens du mort, en vue d'une prochaine réincarnation plus belle, plus forte. Puisque le mort est momentanément confié à la terre, on adresse des offrandes aux forces du bas afin qu'elles le protègent dans cet intermède. On plante un bambou sur la tombe au niveau de la tête, pour permettre la circulation de l'esprit. Celui-ci continue d'errer dans le monde médian des humains, et, pour peu que l'y invitent des forces néfastes, il peut venir troubler les vivants."
 
Nous décidons de retourner au marché de Sukawati, à la recherche de vêtements légers et une statuette de cheval cabré pour rapporter à Eddy. En cours de route, arrêt à Celuk, centre de l'artisanat de l'argent. Chez le premier marchand, les prix sont affichés en dollars et la vendeuse nous propose d'emblée une réduction de 60% ; malgré cette offre commerciale, les tarifs ne semblent guère attrayants au regard de la marchandise exposée. La traversée de la localité offre une succession de magasins du même type, sans grand intérêt pour nous ; ils semblent tous aussi déserts les uns que les autres et on se demande comment ces commerces peuvent s'en sortir avec autant de concurrence alentour.

Nous poursuivons jusqu'à Sukawati : il y fait toujours aussi chaud. Nous sommes accueillis par les marchandes de travaux au crochet dès notre arrivée sur le parking ; elles empilent leur marchandise sur la tête dans un échaffaudage noir, blanc ou rose certes aéré mais qui doit tout de même leur tenir la tête  bien au chaud. Tuti farfouille dans les boutiques  de vêtements tandis que je trouve quelques charmants sujets à photographier. Puis, pour partir à la recherche du cheval de bois, nous devons pénétrer dans le hamam du marché couvert, véritable caverne d'Ali-Baba. Nous marchandons une statuette un peu poussiéreuse et ternie à laquelle le marchand s'empresse de donner une deuxième jeunesse en l'enduisant d'un mélange de cire et de pétrole, la faisant reluire en la frottant énergiquement avec un vieux chiffon. Pour l'emballage, une page de journal fera l'affaire.

Après avoir acquis l'objet de notre visite, nous quittons les lieux pour d'autres boutiques de sculptures, à Mas, le long de la route menant à Ubud. Ce qui me frappe le plus dans cette recherche d'objets originaux, c'est justement le manque d'originalité : que des copies à l'identique ! Sans doute faudrait-il explorer de manière plus investigatrice l'intérieur des localités pour trouver les artistes créateurs dignes de ce nom. L'après-midi se passe, de déception en déception, tant et si bien que Tuti ne sort même plus de la voiture et me laisse découvrir seul les "show-room" déserts... l'avantage, c'est que rien ne me tente et que le porte-monnaie ne s'en portera que mieux !

C'est la fin de journée et nous décidons d'aller nous restaurer au Warung Dewa, dans la rue Goutama à Ubud. L'une des deux grandes tables dispose de deux places libres à côté de trois couples de Japonais retraités terminant leur repas. Ils ont l'air de joyeuse humeur et au moment où l'un d'entre eux se lève pour aller régler l'addition, il s'arrête face à moi et m'adresse quelques mots ; j'ai du mal à comprendre, alors il reprend, en prenant à témoin ses compatriotes : "You, star movie, me dit-il... you play in Star War". Je dois avoir l'air complètement hébété tandis que ses amis approuvent tous par des "han, han" en opinant du bonnet. Finalement, pour montrer que j'ai compris, je simule quelques gestes d'une bataille au sabre-lazer ; ça les amuse beaucoup, mais je décline bien sûr toute participation aux films de George Lucas. Ils sortent remplis de bonne humeur et je les salue d'un "sayonara" venu d'ailleurs ; Tuti rigole et imagine que j'aurais peut-être mes chances pour un rôle dans une série C japonaise ! Va savoir !

De retour chez Anak Ayu, la visite d'une ancienne copine de lycée est annoncée ; la surprise c'est qu'elle ne vient pas seule. Madri arrive en compagnie de sa fille ; le contraste physique entre les deux est saisissant !
La maman est très bronzée, presque noire de peau, le visage buriné alors que sa fille est plutôt claire et très lisse. Les présentations faites, la discussion s'engage. Nous apprenons que Madri est propriétaire de nombreuses "sawah"  (rizières) et qu'elle n'est pas dans le besoin ; la couleur brune de sa peau, elle l'explique par le temps qu'elle passe à l'extérieur : elle se revendique paysanne ! Sa fille, Astari, âgée de 24 ans, semble beaucoup plus réservée. Elle a les traits si doux, avec les yeux délicatement bridés, légèrement allongés en amande, le nez droit et fin, les lèvres discrètement ourlées, les cheveux tirés en arrière en queue de cheval et une frange en biais sur le front qu'on la croirait tout droit sortie d'une oeuvre picturale : un modèle idéal ! Elle est toute en discrétion, pas timide, avec un sourire éclatant et renversant. Tout le monde a l'air séduit par cette beauté angélique. La mère est très fière de sa fille qui, selon elle, a heureusement hérité de son père pour l'aspect physique.
Suwirya, le mari d'Anak Ayu, l'interroge sur les études qu'elle vient de terminer : elle sera fonctionnaire dans l'administration ("korpri": Korps Pegawai negeri Republik Indonesia). Elle a aussi un fiancé qui doit lui aussi finir ses études et avec lequel elle ira s'installer à Lombok une fois mariés. Madri soupire : "C'est pas ma fille qui sera trop loin, c'est moi qui ne serai pas assez près !" La bonne humeur est de mise et l'on plaisante beaucoup sur la richesse supposée de Madri.
Nous nous rendons ensuite chez la soeur d'Anak Ayu qui habite deux maisons plus loin ; la conversation porte sur le nouveau gouverneur de Bali dont les intentions sont de tout chambouler dans l'administration de sa province, sur les transformations de Bali, sur les rizières de Madri... encore un accueil bien sympathique.

Nous retournons prendre le repas du soir chez Anak Ayu. En attendant de passer à table, nous regardons un match de foot à la télé : Jakarta contre Jawa Timur. On peut se rendre compte que le foot réunit ici aussi des joueurs originaires de tous les pays du Monde (Asiatiques, Brésiliens, Africains, Occidentaux). Autour du repas, on parle de l'évolution de la société balinaise, tournée vers le progrès mais encore très attachée à ses traditions séculaires. 
Ces familles modernes et aisées ne manqueraient pour rien au monde les nombreuses cérémonies qui rythment la vie balinaise.

J'ai le plaisir d'être assis en face de la jolie Astari dont les gestes délicats me rappellent ceux des danseuses de Legong ... grâce naturelle, sans maniérisme factice : beauté et douceur réunies !

La déesse Astari et Madri, son maternel ange gardien, finissent par disparaître dans la nuit, coiffées d'un casque à visière, chevauchant une petite Honda. Magie et charme des voyages ...
Faites de beaux rêves !...