vendredi 19 mars 2010

Au revoir Bali, retour à Jakarta

Sommaire - Un peu de retard dans la reprise de mon récit de voyage : j'avais égaré mon deuxième carnet de route et sans lui, j'étais un peu "sec" pour raconter nos pérégrinations.


En ce jeudi 23 avril, nous débutons notre dernière semaine en Indonésie par la fin de notre séjour à Bali et notre retour à Jakarta le soir même. Pas d'album perso mais une enquête  intéressante d'Arte sur les terroristes des attentats de Bali en 2002 à visionner sur Dailymotion (partie 1 / partie 2) et quelques liens en rapport avec ces attentats.


Comment occuper cette journée avant de rendre la voiture et reprendre les airs pour la capitale ? Je mets à jour mon carnet de voyage qui à pris un peu de retard, avant que la mémoire ne me fasse défaut... Ensuite, direction Kuta, centre incontournable du shopping pour touristes.

Nous arrivons par Seminiak, traversons Legian et nous voilà à Kuta. Les trois localités se touchent avec la rue principale qui les traverse, bordée de boutiques de vêtements, de bijoux en argent ou fantaisie, de souvenirs divers, de restaurants, salons de thé, boîtes de nuit et autres salons de massage.
Seuls les "penjor" (mâts de bambou décorés de pousses de cocotier, symbolisant le dragon Naga Basuki) plantés à espaces réguliers le long  des routes à l'occasion des célébrations des fêtes de Galungan et Kuningan, rappellent que nous nous trouvons à Bali. La matinée est déjà avancée, mais les "bule" s'attardent encore aux terrasses des cafés ; d'autres arpentent la rue, faisant du lèche-vitrines.
Tuti est à la recherche de robes pour rapporter à nos filles et je recherche un collier-pendentif pour Grand-Mère. Nous progressons avec la voiture car la rue est très longue, stationnant de loin en loin. Nous approchant du centre de Kuta, je gare la Karimun près d'une  enfilade de grands magasins de fringues ; Tuti descend rapidement et tandis que je vérifie la fermeture des portes en faisant le tour de la voiture, elle a disparu sans que je sache sur quelle enseigne elle a jeté son dévolu. Je pars à sa recherche, me faisant interpeler par des marchands de vent, des rabatteurs pour les salons de massage, des chauffeurs de taxi et d'autres guignoleries pour touristes gogos. J'essaie de rester poli et souriant face à toutes ces  sollicitations dont je n'ai que faire.

J'entre  d'abord dans un magasin Billalong très australien, puis un magasin de mode féminine... pas de Tuti : la mafia locale l'aurait-elle enlevée ? En attendant de la voir reparaître, je fais les cent pas ; je m'arrête un instant devant l'étal d'un marchand de montres de luxe "made in China". Omega, Seiko, Rolex (idée !) : le vendeur se précipite pour me faire l'article et tenter de ferrer l'acheteur potentiel. Il y a de superbes modèles, sophistiqués, avec plein de fonctions ; les tarifs affichés sont assez élevés pour des imitations. Je sais qu'on peut discuter, mais j'avance l'argument que je n'ai pas envie de me faire pincer par la douane avec une contrefaçon au poignet. Il me soutient qu'il a beaucoup de clients, qui lui en achètent régulièrement 3 ou 4, qu'ils n'ont jamais eu de problème avec la douane et que c'est seulement avec les grosses quantités que l'on risque quelque chose. Je ne suis pas convaincu !

Tuti reparaît enfin ; j'ai envie de faire un tour du côté de la plus célèbre plage de Bali. Nous nous y arrêtons un instant, Tuti n'étant pas trop rassurée par la présence de bandes d'oisifs, à l'ombre des arbres du bord de plage. Les loueurs de planches se sont multipliés. Nous repartons en passant par Poppies Lane, le quartier où nous logions en famille dans les années 90 ; ça n'a pas trop changé.

Au sortir de la rue, nous apercevons le monument  érigé à la mémoire des 202 tués (et 209 blessés) de l'attentat de 2002 contre le Paddy's Bar et le Sari Club (night-club réservé aux étrangers). La plupart des supposés protagonistes ont été capturés, condamnés et exécutés pour certains,  traqués, retrouvés de loin en loin et le plus souvent abattus par les forces spéciales indonésiennes  (informations du 10 mars 2010) sans autre forme de procès...

Le pays qui compte le plus grand nombre de musulmans au Monde (86% d'une population de 240 millions d'habitants) condamne presque unanimement ces actes de violence inepte, à l'exception de quelques groupes fondamentalistes qui se font fort de transformer les criminels tués en martyrs d'un Islam radical !


Retour à la maison d'Anak Ayu ; nos sacs sont prêts, il nous reste à nous reposer, nous doucher, nous changer... Un peu après seize heures, nous goûtons avec nos hôtes : "teh", "pisang goreng", gâteaux à base de riz et de sucre caramélisé, ainsi que quelques "salak" (zalacca, le fruit à peau de serpent).
On papote et surtout, nous recevons cinq sur cinq l'invitation à revenir loger dans cette superbe maison en si agréable compagnie lors d'un prochain séjour à Bali. L'heure du départ approche, nous posons les bagages dans la voiture : nous sommes bien chargés et nous avons pris la précaution de répartir les objets fragiles de façon à les garder avec nous en cabine. Derniers "selamat jalan, selamat tinggal, sampai ketemu lagi" (bon voyage, au revoir), signes de la main à ces hôtes tellement accueillants !

En route pour l'aéroport ; au carrefour de Sanur, des policiers font un constat : un simple accrochage entre deux voitures, sans gravité. Ce qui nous étonne, c'est que c'est le premier accident que nous voyons en dix jours malgré le code de conduite instective pratiqué par les Balinais, où la règle d'or est la vigilance maximale. Ici, les autochtones conduisent en toute liberté, en toute décontraction, en toute confiance, sans appréhension apparente : chauffeur stressé s'abstenir !
Nous voilà à l'aéroport Ngura Rai ; nous stoppons la Karimun non loin du terminal des vols intérieurs. Tuti téléphone au loueur de voitures qui arrive dans les minutes qui suivent. Nous avons payé pour les cinq premiers jours, il nous reste à règler le reste du séjour ; le loueur jette un rapide coup d'oeil à son véhicule puis s'éloigne avec notre promesse de faire appel à ses services pour un prochain séjour... nous n'avons eu aucun problème mécanique et pour nous deux (trois avec Oki) jamais nous ne nous sommes trouvés à l'étroit dans ce petit véhicule.
Nous entrons dans le terminal, poussant un chariot bien chargé ; nous passons les contrôles sans problème. Le gros sac de vêtements est enregistré et je me trimbale deux sacs de souvenirs (sculptures et masques pour l'essentiel). Nous sommes très en avance et nous allons à tour de rôle jeter un oeil sur les boutiques de la salle d'attente.


Embarquement vers 20 heures, décollage un quart d'heure plus tard. L'avion  survole Jimbaran, Kuta, Legian et Seminiak qui scintillent de mille feux. La voisine de siège engage la conversation avec Tuti ; c'est une ancienne hôtesse de l'air indonésienne...à la fin du trajet elles échangent noms et adresses.

Nous voilà à Cenkareng, Jakarta, horaire respecté. Notre sac apparaît assez vite sur le tapis roulant et nous sortons dans les premiers. Dehors, Tine nous fait des signes ; Eddy, Fahmi et Nuke sont là aussi pour nous accueillir.
La circulation est moins dense qu'à Denpasar. Au repas du soir est prévu un "mie Pejonpongan" dans un estaminet-resto réputé, au bord d'une rue très passante. Nous retrouvons la capitale et tous ses petits restaurants d'une simplicité désarmante mais où l'on rencontre des spécialités culinaires étonnantes.

En entrée, "tahu", "otak-otak", "sate" et leur "sambal" respectif. Les plats proposés portent souvent le même nom qu'ailleurs, mais leur préparation et leur goût diffèrent ; ici deux employés éfilent des morceaux de poulet dans des quantité impressionnantes que le cuistot se charge de mélanger au mie "rebus" (bouilli) ou "goreng"  (frit) accompagné de "emping", spécialité javanaise (melinjo écrasé et réduit en lamelles croquantes).
Il se fait tard et tout le monde semble un peu fatigué ; nous rentrons à Setiabudi. "Selamat malam..."  

mercredi 24 février 2010

"Keluwesan" ou la grâce balinaise

Sommaire : Les Balinais ont sans conteste le sens artistique, "ils sont tombés dedans quand ils étaient petits" et vivent avec tout le long de leur vie ; la beauté, l'élégance, la grâce peuvent se rencontrer n'importe où, n'importe quand ... Pourvu que l'influence de la culture occidentale ne dénature pas tout ce qui a fait de "l'île des dieux" un paradis terrestre !
Nous verrons donc ici, sans album perso, une représentation de danses de Barong et de Keris à destination des touristes , mais aussi des rencontres amusantes et d'autres grâcieuses. La magie des rencontres, c'est tout le charme du voyage !


Venir à Bali sans assister à un spectacle de danse serait une faute de goût inconcevable ! Seulement voilà, il y a spectacle et spectacle ; comme il ne nous reste que deux jours à passer à Bali, nous n'avons guère de temps pour faire les difficiles ! Afin de satisfaire notre curiosité, nos hôtes nous ont indiqué un lieu où tous les jours se tiennent des représentations de danse de "barong" et danse de "keris" à dix heures le matin. Ce n'est pas très loin d'où nous logeons : il s'agit de "Catur Eka Budhi", jalan Wariban, quartier Kesiman à Denpasar.
Nous prenons notre temps en profitant du soleil matinal dans le jardin aux orchidées. Puis à 9h30, direction la salle de spectacle ; nous trouvons facilement et bizarrement, le parking est déjà bien rempli d'autocars et de voitures de location. Un "tukang parkir" nous fait signe d'activer. Arrivés au guichet, nous apprenons que la séance a débuté à 9h30 et que nous avons raté le début ! Là aussi, le prix d'entrée varie en fonction de la nationalité, les autochtones ayant droit à un tarif réduit... pourquoi pas !!!
Munis de nos tickets nous sommes poussés vers l'entrée de la salle. C'est une sorte de théâtre couvert, avec des gradins en arc de cercle face à la scène. Il y a pas mal de spectateurs, de toutes nationalités, munis d'appareils photo numériques ou de caméscopes ; nous trouvons de la place au milieu de la salle, légèrement en hauteur, presque face au spectacle.

A gauche, en retrait de la scène, les percussions du gamelan composé d'une douzaine de musiciens, rythment les évolutions chorégraphiques et théâtrales des artistes. Les costumes sont superbes, mais le spectacle manque d' authenticité, même si la prestation des acteurs reste honnête. On est dans l'industrie touristique plus que dans la représentation-offrande accompagnant chaque fête, avec le sens esthétique, la beauté, la ferveur, la connivence,  l'émotion, les rires, la participation active aux festivités des villageois... c'est de l'art traditionnel  plus lucratif que spirituel, synonyme d'entrée de devises : il faut bien vivre !


Je cesse là ces réflexions peu amènes pour revenir au spectacle. Nous avons  donc raté le début de la représentation ; elle se déroule sur une scène avec comme décor une porte de temple encadrée de deux ombrelles noir et or et par laquelle entrent et sortent les personnages (habituellement, ceci se passe en plein-air) et quelques plantes disposées çà et là. En prélude à la pièce, le tigre et son ami le singe occupent les lieux, puis suit une courte mais toujours élégante danse de "legong" ; la danse du barong et du kriss commence alors véritablement, racontant la coexistence du Bien et du Mal chère au monde balinais. 

Bien que je ne dispose pas de camescope, vous pouvez quand même vous faire une idée du spectacle auquel nous avons assisté en regardant une vidéo faite dans le même lieu par un autre couple de touristes. La musique et le mouvement ne peuvent être dissociés d'un spectacle de danse !

La représentation terminée, une hôtesse propose aux spectateurs qui le souhaitent de venir sur la scène faire une photo souvenir en compagnie du "barong" posé sur des tréteaux.
C'est un peu la ruée des familles et des couples qui ont choisi de graver leur image dans la mémoire de leur appareil photo numérique. Nous regardons amusés les gens de toutes nationalités prendre la pose et finissons par nous retrouver seuls, tous les deux face à l'hôtesse qui nous invite à faire comme les autres : nous acceptons de bonnes grâces !

Avant de reprendre la voiture, je m'aventure dans le bois voisin du théâtre pour m'approcher du petit temple que j'entrevois ; Tuti qui est restée sagement sur le parking me signale que je suis dans le cimetière !

Contrairement à ce qui se passe dans l'Hindouisme indien, "la crémation balinaise est une fête pour laquelle la famille du défunt engage des sommes très importantes. Parfois attend-on plusieurs décès pour grouper les cérémonies et partager les dépenses.
Dans l'attente d'une date favorable à la crémation, le corps est dans un premier temps inhumé.
L'âme, prisonnière de l'enveloppe charnelle du défunt, doit être libérée par le feu qui réduit la chair à la poussière originelle. Bali conjugue la religion hindoue avec un culte plus populaire, dit animiste. Du lever au coucher du soleil, le Balinais ne cesse de faire des offrandes aux forces qui gouvernent le monde, afin de le maintenir en harmonie et en équilibre. Lors de cette inhumation, le corps est soigneusement lavé afin de purifier les sens du mort, en vue d'une prochaine réincarnation plus belle, plus forte. Puisque le mort est momentanément confié à la terre, on adresse des offrandes aux forces du bas afin qu'elles le protègent dans cet intermède. On plante un bambou sur la tombe au niveau de la tête, pour permettre la circulation de l'esprit. Celui-ci continue d'errer dans le monde médian des humains, et, pour peu que l'y invitent des forces néfastes, il peut venir troubler les vivants."
 
Nous décidons de retourner au marché de Sukawati, à la recherche de vêtements légers et une statuette de cheval cabré pour rapporter à Eddy. En cours de route, arrêt à Celuk, centre de l'artisanat de l'argent. Chez le premier marchand, les prix sont affichés en dollars et la vendeuse nous propose d'emblée une réduction de 60% ; malgré cette offre commerciale, les tarifs ne semblent guère attrayants au regard de la marchandise exposée. La traversée de la localité offre une succession de magasins du même type, sans grand intérêt pour nous ; ils semblent tous aussi déserts les uns que les autres et on se demande comment ces commerces peuvent s'en sortir avec autant de concurrence alentour.

Nous poursuivons jusqu'à Sukawati : il y fait toujours aussi chaud. Nous sommes accueillis par les marchandes de travaux au crochet dès notre arrivée sur le parking ; elles empilent leur marchandise sur la tête dans un échaffaudage noir, blanc ou rose certes aéré mais qui doit tout de même leur tenir la tête  bien au chaud. Tuti farfouille dans les boutiques  de vêtements tandis que je trouve quelques charmants sujets à photographier. Puis, pour partir à la recherche du cheval de bois, nous devons pénétrer dans le hamam du marché couvert, véritable caverne d'Ali-Baba. Nous marchandons une statuette un peu poussiéreuse et ternie à laquelle le marchand s'empresse de donner une deuxième jeunesse en l'enduisant d'un mélange de cire et de pétrole, la faisant reluire en la frottant énergiquement avec un vieux chiffon. Pour l'emballage, une page de journal fera l'affaire.

Après avoir acquis l'objet de notre visite, nous quittons les lieux pour d'autres boutiques de sculptures, à Mas, le long de la route menant à Ubud. Ce qui me frappe le plus dans cette recherche d'objets originaux, c'est justement le manque d'originalité : que des copies à l'identique ! Sans doute faudrait-il explorer de manière plus investigatrice l'intérieur des localités pour trouver les artistes créateurs dignes de ce nom. L'après-midi se passe, de déception en déception, tant et si bien que Tuti ne sort même plus de la voiture et me laisse découvrir seul les "show-room" déserts... l'avantage, c'est que rien ne me tente et que le porte-monnaie ne s'en portera que mieux !

C'est la fin de journée et nous décidons d'aller nous restaurer au Warung Dewa, dans la rue Goutama à Ubud. L'une des deux grandes tables dispose de deux places libres à côté de trois couples de Japonais retraités terminant leur repas. Ils ont l'air de joyeuse humeur et au moment où l'un d'entre eux se lève pour aller régler l'addition, il s'arrête face à moi et m'adresse quelques mots ; j'ai du mal à comprendre, alors il reprend, en prenant à témoin ses compatriotes : "You, star movie, me dit-il... you play in Star War". Je dois avoir l'air complètement hébété tandis que ses amis approuvent tous par des "han, han" en opinant du bonnet. Finalement, pour montrer que j'ai compris, je simule quelques gestes d'une bataille au sabre-lazer ; ça les amuse beaucoup, mais je décline bien sûr toute participation aux films de George Lucas. Ils sortent remplis de bonne humeur et je les salue d'un "sayonara" venu d'ailleurs ; Tuti rigole et imagine que j'aurais peut-être mes chances pour un rôle dans une série C japonaise ! Va savoir !

De retour chez Anak Ayu, la visite d'une ancienne copine de lycée est annoncée ; la surprise c'est qu'elle ne vient pas seule. Madri arrive en compagnie de sa fille ; le contraste physique entre les deux est saisissant !
La maman est très bronzée, presque noire de peau, le visage buriné alors que sa fille est plutôt claire et très lisse. Les présentations faites, la discussion s'engage. Nous apprenons que Madri est propriétaire de nombreuses "sawah"  (rizières) et qu'elle n'est pas dans le besoin ; la couleur brune de sa peau, elle l'explique par le temps qu'elle passe à l'extérieur : elle se revendique paysanne ! Sa fille, Astari, âgée de 24 ans, semble beaucoup plus réservée. Elle a les traits si doux, avec les yeux délicatement bridés, légèrement allongés en amande, le nez droit et fin, les lèvres discrètement ourlées, les cheveux tirés en arrière en queue de cheval et une frange en biais sur le front qu'on la croirait tout droit sortie d'une oeuvre picturale : un modèle idéal ! Elle est toute en discrétion, pas timide, avec un sourire éclatant et renversant. Tout le monde a l'air séduit par cette beauté angélique. La mère est très fière de sa fille qui, selon elle, a heureusement hérité de son père pour l'aspect physique.
Suwirya, le mari d'Anak Ayu, l'interroge sur les études qu'elle vient de terminer : elle sera fonctionnaire dans l'administration ("korpri": Korps Pegawai negeri Republik Indonesia). Elle a aussi un fiancé qui doit lui aussi finir ses études et avec lequel elle ira s'installer à Lombok une fois mariés. Madri soupire : "C'est pas ma fille qui sera trop loin, c'est moi qui ne serai pas assez près !" La bonne humeur est de mise et l'on plaisante beaucoup sur la richesse supposée de Madri.
Nous nous rendons ensuite chez la soeur d'Anak Ayu qui habite deux maisons plus loin ; la conversation porte sur le nouveau gouverneur de Bali dont les intentions sont de tout chambouler dans l'administration de sa province, sur les transformations de Bali, sur les rizières de Madri... encore un accueil bien sympathique.

Nous retournons prendre le repas du soir chez Anak Ayu. En attendant de passer à table, nous regardons un match de foot à la télé : Jakarta contre Jawa Timur. On peut se rendre compte que le foot réunit ici aussi des joueurs originaires de tous les pays du Monde (Asiatiques, Brésiliens, Africains, Occidentaux). Autour du repas, on parle de l'évolution de la société balinaise, tournée vers le progrès mais encore très attachée à ses traditions séculaires. 
Ces familles modernes et aisées ne manqueraient pour rien au monde les nombreuses cérémonies qui rythment la vie balinaise.

J'ai le plaisir d'être assis en face de la jolie Astari dont les gestes délicats me rappellent ceux des danseuses de Legong ... grâce naturelle, sans maniérisme factice : beauté et douceur réunies !

La déesse Astari et Madri, son maternel ange gardien, finissent par disparaître dans la nuit, coiffées d'un casque à visière, chevauchant une petite Honda. Magie et charme des voyages ...
Faites de beaux rêves !...

samedi 20 février 2010

Maison balinaise, retrouvailles, Sanur et paillotes

Sommaire : ni très touristique, ni très "culturel" cet article, juste une journée tranquille, plus proche du décor et de l'amitié. Ceci dit, si vous aimez les fleurs (et particulièrement les orchidées) je vous invite à faire le tour du jardin de nos hôtes. Vous pourrez aussi, si ça vous intéresse, après un rapide coup d'oeil à Sanur, visiter une fabrique de "bale" (paillotes, gazebos et autres maisons en bois).


- la maison de Anak Ayu (album)

- Sanur et "bale" (album) 


La nuit chez Anak Ayu a été légèrement agitée : le petit chien de la maison a commencé ses vocalises vers quatre heures du matin juste sous la fenêtre de notre chambre et le coq, ne voulant pas être en reste, a enchaîné sur des "kukuruyuk" du plus bel effet ... quand on n'a pas envie de dormir !

Au programme de la journée, les retrouvailles de Tuti avec une ancienne collègue de Sarinah, Bagara, avec qui elle a repris contact quelques mois auparavant grâce à Facebook.

En attendant le départ, je découvre la modeste demeure de nos hôtes. C'est une maison balinaise traditionnelle avec un mobilier en bois brut, de style ancien, très beau, qui montre - s'il en était besoin - que nous sommes dans une famille aisée.

En sortant par la porte de la cuisine, juste derrière l'angle droit du mur, une vieille dame, discrète, complètement recroquevillée sur elle-même, semble totalement absorbée par sa tâche : confectionner de petites corbeilles d'offrandes. Je la salue d'un sourire, mais son regard méfiant et appeuré ne m'invite pas à engager la conversation... peut-être ne parle-t-elle que Balinais ! C'est la grand-mère du mari d'Anak Ayu, Suwirya.

Je fais le tour du jardin, le regard et l'objectif captivés par les différentes espèces d'orchidées, resplendissantes sous la caresse du soleil matinal. Suspendues à des fils, accrochées à des branches, il y en des dizaines de toutes formes et couleurs. Les fleurs rose-orangé des "kamboja"  (frangipaniers ou plumeria) embaument ; les alamandas blanches ou rose-pourpre accueillent scintillantes les perles d'eau de l'arrosage matinal, rivalisant d'élégance.

Les pavillons inoccupés, inscrits dans l'enclos traditionnel sont eux-aussi rutilants, avec des boiseries sculptées, richement peintes et dorées. Dans un angle, le petit temple et ses trois autels. Les allées rectilignes sont constituées de gravier noir scellé, parsemé de corolles minérales blanches à espaces réguliers. 
Le quartier a l'air tranquille, à l'écart des routes encombrées. Le jardin est un havre de paix, le calme de temps en temps troublé par le chant des coqs du voisinage et des oiseaux emprisonnés dans cette nature au cordeau. Les fleurs sont la passion de Madame et les animaux, celle de Monsieur.

Nous partons à la recherche de la maison de Bagara : Tuti et son amie sont en contact téléphonique, ce qui nous permet de ne pas trop nous écarter de notre but. Nous finissons par trouver la bonne adresse dans un quartier de la périphérie Est de Denpasar. C'est une demeure modeste, avec juste une cour, au bout d'une impasse. Sur les murs intérieurs, sont accrochées plusieurs séries de toiles d'artistes locaux ; Bagara que j'ai à peine connue en 1975, nous présente son mari, un monsieur plutôt âgé, d'origine chinoise.  Il est musicien et joue avec des groupes dans divers restaurants. Dans mon souvenir Bagara était plutôt réservée ; elle se montre expansive avec un rire très sonore. Les anciennes collègues se donnent des nouvelles des unes et des autres, évoquent quelques souvenirs. Le temps s'écoule en papotages ; Bagara tient à nous inviter à manger, devinez quoi ... du poisson !

La gargotte se trouve à l'entrée de la plage de Sanur ; il est midi bien sonné et il y a foule dans le petit resto. Les clients sont pour la plupart des employés et fonctionnaires indonésiens qui profitent de la pose pour se restaurer. Nous devons attendre qu'une table se libère pour nous installer. La spécialité maison est la soupe de poisson : nous en commandons trois ainsi qu'un autre plat de poisson, du riz blanc, et des "es jeruk". Le "Warung Mak Beng", qui ne paie pas de mine, ne désemplit pas et les serveurs s'activent entre les bancs et les tables resserrés. Il fait une chaleur étouffante dans ce boui-boui de bord de plage.
Le poisson est frais et les préparations d'une grande simplicité, mais c'est bon et le "sambal" est extra "pedas" (sauce de piment très relevée).
Nous refusons que Bagara règle l'addition malgré ses protestations ; elle ne roule visiblement pas sur l'or !
Quelques photos puis une petite promenade le long de la plage de Sanur, un des premiers sites du littoral balinais où ont été implantés de grands hôtels.  La balade se fait à l'ombre des arbres qui bordent la côte sablonneuse plutôt désertée en ce début d'après-midi ; à l'heure de la sieste, les marchandes des boutiques à souvenirs font quelques tentatives pour essayer de nous convaincre d'un achat, sans beaucoup de conviction. Quelques embarcations attendent tranquillement une heure plus propice pour distraire les touristes en mal d'activités nautiques.
Après un petit tour en voiture à l'intérieur de Sanur, très calme, nous reconduisons Bagara chez elle ; après d'ultimes bavardages, nous prenons congé de nos hôtes.

Ne pouvant entreprendre un trop long trajet - on en a déjà fait pas mal ! - je propose à Tuti d'aller rendre visite à un fabricant de paillotes et pavillons de jardin que j'ai repéré en direction de l'aéroport. Nous trouvons aisément l'objet de ma curiosité, un chantier en plein air au bord du "by pas" (voie rapide). La Karimun est garée à l'ombre et nous pénétrons librement dans l'entreprise "Bale-bale". De nombreux modèles de différentes tailles, finitions et matériaux sont exposées ou en voie d'achèvement. Un employé vient vers nous et répond à nos questions ; 80% de la production sont destinés à l'exportation plus spécialement chez le voisin australien, mais aussi en Allemagne et en France.

En bois exotique, carrés ou rectangulaires, simples ou ethniques, avec ou sans garde-fou, poteaux d'angle  sculptés ou non, il y en a pour tous les goûts. Les finitions sont à la demande ; évidemment, les couvertures en chaume naturel sont les plus élégantes, mais d'après le vendeur, mal adaptées aux rigueurs des hivers européens ; alors il propose et conseille des toitures avec des tuiles en bois (mais elles sont interdites à l'export !) ou des tuiles synthétiques et métalliques - fabriquées en France !
L'entrepise est importante et semble parfaitement  répondre au marché international. 

Tuti verrait bien un tel pavillon dans notre jardin, aménagé pour que nos petits-enfants puissent jouer à l'ombre en période estivale.
Personnellement, je pense que je l'apprécierai comme abri idéal pour la sieste !
Nous nous renseignons sur les modalités d'achat (tarifs et transport) : c'est du sur mesure, avec choix des finitions, expédition en kit par conteneur, montage détaillé avec photos... 
(pour les bricoleurs, voir construction d'un "bale")

Pour rentabiliser une telle commande, il faudrait en regrouper plusieurs autres afin de remplir le conteneur ou bien le faire avec d'autres produits décoratifs locaux (meubles, statues, etc). 
Un des responsables nous remet un CD de photos montrant les produits fabriqués par son entreprise. Nous n'en saurons guère plus sur les tarifs de transport d'une telle commande de Bali en France, le responsable export ne nous ayant pas rappelé comme nous en avions convenu !

De retour dans la maison d'Anak Ayu, nous assistons à la douche quotidienne, au jet, des oiseaux et de leur cage ; le nettoyage est effectué par deux "pembantu"  (domestiques) très jeunes qui passent leur journée à entretenir l'intérieur et l'extérieur de la modeste demeure. La poussière est chassée à coups de balai et de serpillère de tous les pavillons, même inoccupés. Les plantes sont aussi très surveillées : pas une feuille sèche à terre, pas une fleur fanée sur les branches ... tout est nickel ! Dans un grand aquarium, près de la porte d'entrée, un poisson doré, de belle taille, de la famille des piranahs (paraît-il), tourne tristement dans l'absence de décor de sa prison de verre ; pour seule compagnie, un garde-manger vivant constitué d'une demi-douzaine de poissons rouges qui restent groupés à distance du monstre, capable de croquer l'un d'entre eux en cas de petite faim.

Dans la soirée, nous rendons visite à la maman d'Anak Ayu, prof de math à la retraite ; formée à l'école hollandaise, elle évoque quelques souvenirs.
D'après les commentaires de Tuti et sa copine, elle était sévère et crainte des élèves, adepte d'une éducation autoritaire.      

Quelques friandises locales, à base de riz gluant et de noix de coco ainsi que des "jeruk" très sucrés - mais avec pépins - nous sont offerts. Puis c'est une séance photos souvenirs avant de repartir.

Deuxième visite : retour dans les locaux de "Bali Post" où, la veille, nous avions manqué un copain de lycée aux deux filles. Ce soir, il est bien là : il a l'air très sympa et paraît au minimum dix ans plus jeune que son âge, sans un seul cheveu blanc. C'est drôle (juste retour des choses) de voir les trois camarades de lycée plaisanter, rigoler à l'évocation de leurs histoires de potaches. Re-séance photos souvenirs et promesse de se retrouver lors d'un prochain voyage.
Pas de problème Rena, nous reviendrons dès que notre portefeuille nous le permettra !...

lundi 25 janvier 2010

Bukit Badung, la péninsule du Sud

Sommaire: nous vous entraînons cette fois sur la péninsule méridionale pour y découvrir:

- Taman Budaya Garuda Wisnu Kencana (album), grand projet de parc culturel pour le moment en "stand bye"

- Pura Luhur Ulu Watu (album), important sanctuaire dédié aux esprits de la mer
- Jimbaran et ses restaurants "sea-food" (album), en plein jour cette fois et très très peu de Kuta, la station balnéaire par excellence !

Nous avons passé une semaine à Wena Homestay ; au moment de régler l'addition, une mauvaise surprise nous attend. C'est un fils de la maison qui nous présente la note avec un supplément - non annoncé - de 10% de taxe. Les propriétaires, comme par hasard, ne sont pas là et toute discussion semble vaine : peut-être une petite embrouille du fils pour se faire un peu d'argent de poche ?
Nous quittons donc les lieux, déçus sur le principe (après tout ça ne représente que 4 euros), mais bon ! L'artiste-modeleur travaille à la texture de son Ganesh, en tamisant un sable très noir mais ne manque pas de nous saluer sympathiquement.
Comme Oki doit reprendre l'avion pour Jakarta le soir-même vers 18 heures, nous allons orienter nos visites du jour sur le Sud de l'île, pour être plus près de l'aéroport  Ngurah Rai.

Nous retournons dans la boutique d'objets sculptés repérée la veille, à la sortie d'Ubud. Tuti marchande plusieurs pièces ; les tarifs sont raisonnables alors nous nous laissons aller sur quelques statuettes... de quoi remplir un petit sac de voyage, en prenant soin de bien emballer nos achats.

En cours de route, Oki tient aussi à s'arrêter dans une fabrique réputée, pour acheter des petits pains fourrés au chocolat ou au fromage ; bien entendu, ce sont des Chinois qui tiennent ce genre de commerce et les clients sont nombreux. Pas de magasin, juste un guichet avec une caisse enregistreuse où l'on passe commande. On peut se rendre compte des conditions de travail des employés et d'hygiène du lieu : pas terrible ! mais les produits frais sont bons, alors... Oki commande plusieurs cartons pour rapporter à Jakarta.

Dans un premier temps, nous prenons la direction de Nusa Dua (sur la côte orientale de la péninsule de Bukit Badung que nous avons connu occupée par des villages de pêcheurs maintenant disparus au profit de grands complexes hôteliers type Sheraton, Grand Hyatt, Club Med et consorts) mais nous la quittons bientôt pour celle du Campus Udayana où Oki a un dossier à récupérer.

Enfin, nous arrivons dans un lieu qui nous est inconnu : "Taman Budaya Garuda Wisnu Kencana" (Parc Culturel Garuda Wisnu Kencana). Il s'agit là d'un projet grandiose qui a vu le jour sous le régime de "l'Ordre nouveau" du général Suharto, en 1993, à l'initiative du ministre du tourisme Joop Ave, consistant à construire un parc culturel autour de la plus grande statue du Monde, gigantesque représentation classique du dieu Wisnu chevauchant l'aigle mythique Garuda. Dans l'esprit de son créateur, le sculpteur Nyoman Nuarta, elle était destinée à devenir le symbole visuel non-musulman de l'Indonésie ; mais ce projet a rencontré de vives critiques de la part des Balinais peu enclins à accepter de l’État la création de ce site culturel quand le monde entier vient à Bali pour voir la culture balinaise.


En 2009, la construction de la statue est loin d’être achevée ; les effigies  dissociées de Garuda et Wishnu attirent apparemment peu de touristes sur le parc aux vastes dimensions (230 ha), établi dans le calcaire coralien de Bukit Ungasan, une colline culminant à 200m d'altitude, offrant un beau panorama du Sud de Bali. La crise économico-politique a certainement mis un terme à l'ambition démesurée et peu convainquante du projet... dans l'état actuel des travaux, il est peu probable que l'on puisse voir Wisnu chevaucher Garuda avant très très longtemps.

La visite du parc a tout de même quelques attraits : on peut y voir des plans, des maquettes du projet, quelques artisans, éventuellement des représentations de danses balinaises, mais surtout, les statues de Wisnu (Vishnu) et la tête de Garuda installées séparément sur leurs structures métalliques et le travail incroyable de chaudronnerie sur cuivre de ce qui devrait constituer la plus haute statue du monde.

Les caractéristiques techniques sont effectivement impressionnantes :

- la statue : hauteur 75m / envergure 62m / poids 4000t
                 matériaux cuivre-bronze et acier inaltérable (pour l'armature)
- le socle : plan carré de 100m x 100m / hauteur 78,64m pour 10 étages
               (avec galleries d'art, salles d'exposition, de réunion, de spectacles, 
                de visionnement, restaurant et terrasse panoramiques, etc, etc...)
- un parc de loisirs

On a vu grand pour le parking mais les visiteurs sont rares ; l'accès au parc lui s'effectue par des tourniquets comme dans le métro. Notre visite commence par les bâtiments contenant ébauches, plans, maquettes, historique du projet. Beaucoup de salles vides ! Un sculpteur sur bois et un bijoutier montrent leur savoir-faire aux rares visiteurs dont nous sommes. Nous gagnons ensuite l'esplanade la plus haute du domaine où Wisnu (dont la mission est de préserver l'ordre du monde) se dresse, majestueux mais manchot - dans la mythologie hindouiste indienne il est muni de quatre bras au minimum... Il est rare qu'un dieu de la religion hindoue n'ait que deux bras, mais peut-être qu'à Bali dans "l'agama hindu darhma", il en va différemment ?


Plus bas, sur une autre esplanade la partie supérieure de la monture sacrée du Dieu protecteur, elle sans ailes ; nous descendons pour voir de plus près les détails de l'aigle de bronze, Garuda. Les dimensions du parc sont telles qu'on a l'impression d'être les seuls visiteurs ce jour-là !
Nous descendons d'esplanade en esplanade, traversant quelques tranchées profondes, creusées dans le calcaire coralien, à la recherche d'un peu d'ombre ; un mémorial du souvenir dédié aux victimes des attentats terroristes se dresse ici, oeuvre en bronze du même artiste, Nyoman Nuarta.

Sur la dernière terrasse, les deux membres égarés du dieu Wisnu pointent l'index pour la main droite, l'index et le majeur pour la main gauche, vers le ciel comme une menace ou une recommandation (excusez-moi, je ne connais pas la symbolique de ces gestes dans l'Hindouisme ... si vous savez, vos commentaires seront les bienvenus). Quant aux dimensions elles ont sensiblement dans les mêmes proportions que celles de Ann Darrow dans les mains de King-Kong.
Pour sortir, nous traversons les boutiques à souvenirs, claires et aérées (on est loin des "pasar" traditionnels) qui présentent des objets classiques ou originaux, à des tarifs touristiques ; à l'extérieur, un "barong" se repose à l'ombre, attendant une hypothétique représentation et une statue de Garuda Wisnu Kencana de taille raisonnable, se pare d'une peinture vert-de-gris et or.

Dès la sortie, nous cherchons la direction de Pura Luhur Ulu Watu. Un panneau indique "Dreamland" au niveau de Pecatu Indah. Je ne connais absolument pas de quoi il s'agit et Oki se charge de m'éclairer sur le sujet : encore d'un vaste projet immobilier qui a débuté sous le régime Suharto dont la famille s'était rendu propriétaire de plusieurs centaines d'hectares de garrigue (et oui, "on dirait le Sud", le sol est aride, l'eau y est rare et la végétation broussailleuse) pour y construire hôtel, immeubles résidentiels, villas et comme il se doit, un golf avide en eau. De la route, nous ne voyons que les grands portails du domaine qu'il faut traverser pour arriver à proximité de Dreamland (Lemongkak, autrefois plage privilégiée des surfeurs en mal de sensations fortes, loin des rouleaux trop fréquentés de Kuta)...ce n'est pas ce que nous recherchons à Bali et nous passons notre chemin.

A l'ouest de la péninsule, le temple très important  d'Ulu Watu  occupe une position unique géographiquement parlant : juché sur la pointe avancée d'une falaise qui plonge abruptement dans l'écume permanente de l'Océan Indien soixante-dix mètres en-dessous, il est naturellement dédié aux esprits de la mer. Fondé au XIème siècle par un brahmane javanais, Empu Kuturan, à l'origine du système des castes, puis dernier sanctuaire de Nirartha (fondateur entre autre de Pura Tanah Lot), il mérite que l'on s'y rende rien que pour contempler le panorama .

On ne peut plus pénétrer dans la partie extrême du sanctuaire - ce qui prive le visiteur du meilleur point de vue (comme par exemple les tortues de mer que nous avions vues en 1976) mais préserve le recueillement des hindous et le patrimoine sculptural - mais on peut se promener de part et d'autre de l'édifice, sur les sentiers aménagés (et maintenant sécurisés) pour se remplir les yeux sur fond de grondement permanent des vagues se brisant au pied de la falaise et à condition de ne pas craindre la forte chaleur qui règne sur le site.

Attention ! le temple est habité par des familles de macaques gris qui ne manquent pas de vous chiper ce que vous tenez à la main si vous leur en laissez l'occasion ; on trouve d'ailleurs à l'entrée, deux ou trois marchands de bananes et de cacahuètes dans le but de distraire (et nourrir) ces bandes d'agiles petits voleurs pour les détourner de leurs intentions indélicates. Il est aussi très amusant de voir toutes les attentions et la tendresse qu'expriment ces singes dans leur cercle familial. Mais une fois encore, il faut rester sur ses gardes pour ne pas voir ses lunettes de soleil ou son appareil photo prestement disparaître dans une cache inaccessible. Je me souviens de ma fille, alors âgée de cinq ans, inconsolable après qu'un de ces macaques lui ait piqué son paquet de pop-corn pour s'en régaler sur le faîte d'un mur, devant nos yeux ébahis ! 
Il est 14h, le soleil est de plomb ; avant de reprendre la voiture, nous nous posons un moment à l'ombre, observant un groupe de lycéens indonésiens en visite qui ne peuvent s'empêcher de lancer quelques vannes à l'encontre d'un petit groupe de Coréennes très pimpantes, protégeant leur teint de cire sous le couvert de leurs ombrelles délicates... D'autres touristes munis de sachets de "kacang" (cacahuètes) se voient entourés par quelques macaques facétieux et gourmands.

Comme nous n'avons pas encore mangé, nous choisissons de retourner à Jimbaran, essayer le restaurant voisin de celui où Oki nous avait invités le soir de son arrivée. En début d'après-midi, nous sommes les seuls clients, mais les barbecues sont  en veilleuse et le personnel répond présent. Nous voyons mieux ce que nous commandons : gambas,  calamars et palourdes farcies pour accompagner le riz blanc, un peu de "kangkung" (liserons d'eau) en verdure le tout arrosé de "teh" (thé).
Nous avons l'embarras du choix pour l'emplacement : sur la plage, sous un parasol. Le repas se fait attendre malgré l'absence de clients ; il faut dire qu'il est quinze heures passées et que c'est plus l'heure de la sieste que celle du repas ! Très peu d'amateurs de bronzage (le soleil est trop brûlant à cette heure-là) à part deux couples homos : deux Japonaises (l'une très fine, l'autre genre "sumo"), et deux "bulé" (occidentaux).

Les plats arrivent : l'avantage, c'est que l'aspect visuel en plein jour ajoute à la saveur des  spécialités délicieuses, accompagnées de "sambal"  (sauces au piment) très relevés. Comme on s'attarde un peu dans ce cadre reposant, la serveuse nous apporte avec grace  l'addition tout en nous faisant comprendre que nous lui faisons faire du rab (non rémunéré !). Nous réglons la note en nous excusant et prenons la direction de Kuta, de l'autre côté de l'aéroport par rapport à Jimbaran.

Kuta ! C'est sans doute la localité qui a le plus changé en 33 ans : carrément méconnaissable ! Comment dire sans vouloir offenser personne... une enclave ou une annexe australienne, une station balnéaire comme tant d'autres ! Certes, la plage de sable pas noir qui s'étire sur 7 km est toujours superbe mais ce qui me gêne ce sont les supermarchés, les hôtels, les restaurants, les boutiques de mode, de bijoux, d'artisanat qui ont envahi ses abords : comme une overdose commerciale. 

En 1976 (nostalgie quand tu nous tiens !), il n'y avait que quelques hôtels et "losmen" (gîtes) assez sommaires, une route défoncée qui menait à la plage sous couvert des cocotiers, quelques restos et boutiques. Les routards y trouvaient leur bonheur bon marché. On pouvait même assister à des combats de coqs sur la plage et se désaltérer de jus de coco frais. Depuis, les anciens hippies se sont mis aux affaires, suivis par les riches investisseurs javanais ; en octobre 2002, l'attentat à la voiture piégée contre le Sari Club visait précisément les touristes et les intérêts occidentaux causant une grande majorité de victimes australiennes.
La faune locale n'inspire guère la confiance ; les mafias locales semblent avoir pignon sur rue. Je vous raconte.
Nous venons de garer la voiture dans le parking couvert d'un supermarché qui possède une ouverture sur la plage. Oki est parti se changer pour rentrer à Jakarta. Tuti et moi nous dirigeons vers la plage brûlante, dépassant deux gars assis sur le bord du trottoir. A peine sommes-nous passés que l'un d'eux crache dans notre dos de manière peu discrète ; je me retourne, il est clair que lui et son copain se foutent de moi. Nous allons un peu plus loin. Tuti s'occupe à envoyer des sms. J'observe le va-et-vient des touristes. Un type, cheveux plaqués par du gel, en costard blanc comme dans les films de gangsters chinois grimpe quatre à quatre les marches du grand escalier du supermarché. Oki tarde un peu ; quand il finit par nous rejoindre, les deux types de tout à l'heure s'avancent vers nous, devant, le plus costaud tous tatouages dehors, suivi comme son ombre par son collègue. Ils n'ont rien de sympathique (doux euphémisme)... mais bon, rien ne se passe quand nous les croisons (tant mieux)! Il n'empêche que Tuti et moi avons ressenti la chose : être passés tout près de l'invective, de la provocation gratuite... impression aussi bizarre que perturbante ! Nous quittons cette atmosphère d'agressivité sans plus tarder ; bien nous a pris de ne pas chercher à nous loger à Kuta, comme avions l'habitude de faire quand nous venions à Bali avec nos enfants.

Nous déposons Oki à l'aéroport avec deux heures d'avance, à sa demande. Cela nous permettra de profiter de la fin de journée pour trouver le chemin de la maison d'une amie de Tuti qui habite au Nord de Denpasar, avant la tombée de la nuit ; les directions étant si mal indiquées et la circulation  tellement encombrée que je navigue un peu au hasard, m'arrêtant à plusieurs reprises pour me repérer sur la carte. La nuit tombe vite et nous sommes obligés de demander notre route : nous passons trois fois devant l'entrée du "gang" (ruelle) recherché avant de le voir et finir par y pénétrer. Heureusement, les portables fontionnent parfaitement et Anak Ayu, la copine, peut nous guider jusqu'à son domicile.
Elle nous attend devant son portail et s'excuse de nous accueillir dans sa modeste maison ; je n'ai pas du tout l'impression qu'elle soit si modeste que ça. Nous entrons comme il se doit dans le "ruang tamu" (salon) qui en fait sont deux, richement meublés. Un peu plus loin, c'est la "ruang makan" (salle à manger) occupée par une table en bois extraordinairement massive (il doit falloir une demi-douzaine de costauds pour la déplacer !) avec les chaises assorties. Anak Ayu nous invite à déposer nos bagages dans notre chambre avec salle de bain attenante. Il fait très chaud : vive la douche-casserole !

Pour nous souhaiter la bienvenue, Anak Ayu nous invite à aller manger dans un resto de poissons tandis que son mari reste à la maison après une dure journée de labeur.
Le restaurant se trouve de l'autre côté de la ville ; nous sommes les seuls clients ; le décor est plaisant, le serveur aux petits soins, la musique d'ambiance couleur locale, les plats excellents et le jus de "jeruk" (petite orange) désaltérant.

Au retour, nous passons au "Bali Post" (le quotidien de Bali) pour rencontrer un camarade de lycée (SMA Saraswati) des deux copines qui, ce jour-là, pas de chance, est en congé. Nous reviendrons ! 
Sur le chemin du retour les deux filles ne cessent d'évoquer leur jeunesse de lycéennes, se remémorant le nom des profs et de leurs autres camarades de classe, et les inoubliables bêtises de potaches... c'était il y a quelques années