mercredi 24 février 2010

"Keluwesan" ou la grâce balinaise

Sommaire : Les Balinais ont sans conteste le sens artistique, "ils sont tombés dedans quand ils étaient petits" et vivent avec tout le long de leur vie ; la beauté, l'élégance, la grâce peuvent se rencontrer n'importe où, n'importe quand ... Pourvu que l'influence de la culture occidentale ne dénature pas tout ce qui a fait de "l'île des dieux" un paradis terrestre !
Nous verrons donc ici, sans album perso, une représentation de danses de Barong et de Keris à destination des touristes , mais aussi des rencontres amusantes et d'autres grâcieuses. La magie des rencontres, c'est tout le charme du voyage !


Venir à Bali sans assister à un spectacle de danse serait une faute de goût inconcevable ! Seulement voilà, il y a spectacle et spectacle ; comme il ne nous reste que deux jours à passer à Bali, nous n'avons guère de temps pour faire les difficiles ! Afin de satisfaire notre curiosité, nos hôtes nous ont indiqué un lieu où tous les jours se tiennent des représentations de danse de "barong" et danse de "keris" à dix heures le matin. Ce n'est pas très loin d'où nous logeons : il s'agit de "Catur Eka Budhi", jalan Wariban, quartier Kesiman à Denpasar.
Nous prenons notre temps en profitant du soleil matinal dans le jardin aux orchidées. Puis à 9h30, direction la salle de spectacle ; nous trouvons facilement et bizarrement, le parking est déjà bien rempli d'autocars et de voitures de location. Un "tukang parkir" nous fait signe d'activer. Arrivés au guichet, nous apprenons que la séance a débuté à 9h30 et que nous avons raté le début ! Là aussi, le prix d'entrée varie en fonction de la nationalité, les autochtones ayant droit à un tarif réduit... pourquoi pas !!!
Munis de nos tickets nous sommes poussés vers l'entrée de la salle. C'est une sorte de théâtre couvert, avec des gradins en arc de cercle face à la scène. Il y a pas mal de spectateurs, de toutes nationalités, munis d'appareils photo numériques ou de caméscopes ; nous trouvons de la place au milieu de la salle, légèrement en hauteur, presque face au spectacle.

A gauche, en retrait de la scène, les percussions du gamelan composé d'une douzaine de musiciens, rythment les évolutions chorégraphiques et théâtrales des artistes. Les costumes sont superbes, mais le spectacle manque d' authenticité, même si la prestation des acteurs reste honnête. On est dans l'industrie touristique plus que dans la représentation-offrande accompagnant chaque fête, avec le sens esthétique, la beauté, la ferveur, la connivence,  l'émotion, les rires, la participation active aux festivités des villageois... c'est de l'art traditionnel  plus lucratif que spirituel, synonyme d'entrée de devises : il faut bien vivre !


Je cesse là ces réflexions peu amènes pour revenir au spectacle. Nous avons  donc raté le début de la représentation ; elle se déroule sur une scène avec comme décor une porte de temple encadrée de deux ombrelles noir et or et par laquelle entrent et sortent les personnages (habituellement, ceci se passe en plein-air) et quelques plantes disposées çà et là. En prélude à la pièce, le tigre et son ami le singe occupent les lieux, puis suit une courte mais toujours élégante danse de "legong" ; la danse du barong et du kriss commence alors véritablement, racontant la coexistence du Bien et du Mal chère au monde balinais. 

Bien que je ne dispose pas de camescope, vous pouvez quand même vous faire une idée du spectacle auquel nous avons assisté en regardant une vidéo faite dans le même lieu par un autre couple de touristes. La musique et le mouvement ne peuvent être dissociés d'un spectacle de danse !

La représentation terminée, une hôtesse propose aux spectateurs qui le souhaitent de venir sur la scène faire une photo souvenir en compagnie du "barong" posé sur des tréteaux.
C'est un peu la ruée des familles et des couples qui ont choisi de graver leur image dans la mémoire de leur appareil photo numérique. Nous regardons amusés les gens de toutes nationalités prendre la pose et finissons par nous retrouver seuls, tous les deux face à l'hôtesse qui nous invite à faire comme les autres : nous acceptons de bonnes grâces !

Avant de reprendre la voiture, je m'aventure dans le bois voisin du théâtre pour m'approcher du petit temple que j'entrevois ; Tuti qui est restée sagement sur le parking me signale que je suis dans le cimetière !

Contrairement à ce qui se passe dans l'Hindouisme indien, "la crémation balinaise est une fête pour laquelle la famille du défunt engage des sommes très importantes. Parfois attend-on plusieurs décès pour grouper les cérémonies et partager les dépenses.
Dans l'attente d'une date favorable à la crémation, le corps est dans un premier temps inhumé.
L'âme, prisonnière de l'enveloppe charnelle du défunt, doit être libérée par le feu qui réduit la chair à la poussière originelle. Bali conjugue la religion hindoue avec un culte plus populaire, dit animiste. Du lever au coucher du soleil, le Balinais ne cesse de faire des offrandes aux forces qui gouvernent le monde, afin de le maintenir en harmonie et en équilibre. Lors de cette inhumation, le corps est soigneusement lavé afin de purifier les sens du mort, en vue d'une prochaine réincarnation plus belle, plus forte. Puisque le mort est momentanément confié à la terre, on adresse des offrandes aux forces du bas afin qu'elles le protègent dans cet intermède. On plante un bambou sur la tombe au niveau de la tête, pour permettre la circulation de l'esprit. Celui-ci continue d'errer dans le monde médian des humains, et, pour peu que l'y invitent des forces néfastes, il peut venir troubler les vivants."
 
Nous décidons de retourner au marché de Sukawati, à la recherche de vêtements légers et une statuette de cheval cabré pour rapporter à Eddy. En cours de route, arrêt à Celuk, centre de l'artisanat de l'argent. Chez le premier marchand, les prix sont affichés en dollars et la vendeuse nous propose d'emblée une réduction de 60% ; malgré cette offre commerciale, les tarifs ne semblent guère attrayants au regard de la marchandise exposée. La traversée de la localité offre une succession de magasins du même type, sans grand intérêt pour nous ; ils semblent tous aussi déserts les uns que les autres et on se demande comment ces commerces peuvent s'en sortir avec autant de concurrence alentour.

Nous poursuivons jusqu'à Sukawati : il y fait toujours aussi chaud. Nous sommes accueillis par les marchandes de travaux au crochet dès notre arrivée sur le parking ; elles empilent leur marchandise sur la tête dans un échaffaudage noir, blanc ou rose certes aéré mais qui doit tout de même leur tenir la tête  bien au chaud. Tuti farfouille dans les boutiques  de vêtements tandis que je trouve quelques charmants sujets à photographier. Puis, pour partir à la recherche du cheval de bois, nous devons pénétrer dans le hamam du marché couvert, véritable caverne d'Ali-Baba. Nous marchandons une statuette un peu poussiéreuse et ternie à laquelle le marchand s'empresse de donner une deuxième jeunesse en l'enduisant d'un mélange de cire et de pétrole, la faisant reluire en la frottant énergiquement avec un vieux chiffon. Pour l'emballage, une page de journal fera l'affaire.

Après avoir acquis l'objet de notre visite, nous quittons les lieux pour d'autres boutiques de sculptures, à Mas, le long de la route menant à Ubud. Ce qui me frappe le plus dans cette recherche d'objets originaux, c'est justement le manque d'originalité : que des copies à l'identique ! Sans doute faudrait-il explorer de manière plus investigatrice l'intérieur des localités pour trouver les artistes créateurs dignes de ce nom. L'après-midi se passe, de déception en déception, tant et si bien que Tuti ne sort même plus de la voiture et me laisse découvrir seul les "show-room" déserts... l'avantage, c'est que rien ne me tente et que le porte-monnaie ne s'en portera que mieux !

C'est la fin de journée et nous décidons d'aller nous restaurer au Warung Dewa, dans la rue Goutama à Ubud. L'une des deux grandes tables dispose de deux places libres à côté de trois couples de Japonais retraités terminant leur repas. Ils ont l'air de joyeuse humeur et au moment où l'un d'entre eux se lève pour aller régler l'addition, il s'arrête face à moi et m'adresse quelques mots ; j'ai du mal à comprendre, alors il reprend, en prenant à témoin ses compatriotes : "You, star movie, me dit-il... you play in Star War". Je dois avoir l'air complètement hébété tandis que ses amis approuvent tous par des "han, han" en opinant du bonnet. Finalement, pour montrer que j'ai compris, je simule quelques gestes d'une bataille au sabre-lazer ; ça les amuse beaucoup, mais je décline bien sûr toute participation aux films de George Lucas. Ils sortent remplis de bonne humeur et je les salue d'un "sayonara" venu d'ailleurs ; Tuti rigole et imagine que j'aurais peut-être mes chances pour un rôle dans une série C japonaise ! Va savoir !

De retour chez Anak Ayu, la visite d'une ancienne copine de lycée est annoncée ; la surprise c'est qu'elle ne vient pas seule. Madri arrive en compagnie de sa fille ; le contraste physique entre les deux est saisissant !
La maman est très bronzée, presque noire de peau, le visage buriné alors que sa fille est plutôt claire et très lisse. Les présentations faites, la discussion s'engage. Nous apprenons que Madri est propriétaire de nombreuses "sawah"  (rizières) et qu'elle n'est pas dans le besoin ; la couleur brune de sa peau, elle l'explique par le temps qu'elle passe à l'extérieur : elle se revendique paysanne ! Sa fille, Astari, âgée de 24 ans, semble beaucoup plus réservée. Elle a les traits si doux, avec les yeux délicatement bridés, légèrement allongés en amande, le nez droit et fin, les lèvres discrètement ourlées, les cheveux tirés en arrière en queue de cheval et une frange en biais sur le front qu'on la croirait tout droit sortie d'une oeuvre picturale : un modèle idéal ! Elle est toute en discrétion, pas timide, avec un sourire éclatant et renversant. Tout le monde a l'air séduit par cette beauté angélique. La mère est très fière de sa fille qui, selon elle, a heureusement hérité de son père pour l'aspect physique.
Suwirya, le mari d'Anak Ayu, l'interroge sur les études qu'elle vient de terminer : elle sera fonctionnaire dans l'administration ("korpri": Korps Pegawai negeri Republik Indonesia). Elle a aussi un fiancé qui doit lui aussi finir ses études et avec lequel elle ira s'installer à Lombok une fois mariés. Madri soupire : "C'est pas ma fille qui sera trop loin, c'est moi qui ne serai pas assez près !" La bonne humeur est de mise et l'on plaisante beaucoup sur la richesse supposée de Madri.
Nous nous rendons ensuite chez la soeur d'Anak Ayu qui habite deux maisons plus loin ; la conversation porte sur le nouveau gouverneur de Bali dont les intentions sont de tout chambouler dans l'administration de sa province, sur les transformations de Bali, sur les rizières de Madri... encore un accueil bien sympathique.

Nous retournons prendre le repas du soir chez Anak Ayu. En attendant de passer à table, nous regardons un match de foot à la télé : Jakarta contre Jawa Timur. On peut se rendre compte que le foot réunit ici aussi des joueurs originaires de tous les pays du Monde (Asiatiques, Brésiliens, Africains, Occidentaux). Autour du repas, on parle de l'évolution de la société balinaise, tournée vers le progrès mais encore très attachée à ses traditions séculaires. 
Ces familles modernes et aisées ne manqueraient pour rien au monde les nombreuses cérémonies qui rythment la vie balinaise.

J'ai le plaisir d'être assis en face de la jolie Astari dont les gestes délicats me rappellent ceux des danseuses de Legong ... grâce naturelle, sans maniérisme factice : beauté et douceur réunies !

La déesse Astari et Madri, son maternel ange gardien, finissent par disparaître dans la nuit, coiffées d'un casque à visière, chevauchant une petite Honda. Magie et charme des voyages ...
Faites de beaux rêves !...

samedi 20 février 2010

Maison balinaise, retrouvailles, Sanur et paillotes

Sommaire : ni très touristique, ni très "culturel" cet article, juste une journée tranquille, plus proche du décor et de l'amitié. Ceci dit, si vous aimez les fleurs (et particulièrement les orchidées) je vous invite à faire le tour du jardin de nos hôtes. Vous pourrez aussi, si ça vous intéresse, après un rapide coup d'oeil à Sanur, visiter une fabrique de "bale" (paillotes, gazebos et autres maisons en bois).


- la maison de Anak Ayu (album)

- Sanur et "bale" (album) 


La nuit chez Anak Ayu a été légèrement agitée : le petit chien de la maison a commencé ses vocalises vers quatre heures du matin juste sous la fenêtre de notre chambre et le coq, ne voulant pas être en reste, a enchaîné sur des "kukuruyuk" du plus bel effet ... quand on n'a pas envie de dormir !

Au programme de la journée, les retrouvailles de Tuti avec une ancienne collègue de Sarinah, Bagara, avec qui elle a repris contact quelques mois auparavant grâce à Facebook.

En attendant le départ, je découvre la modeste demeure de nos hôtes. C'est une maison balinaise traditionnelle avec un mobilier en bois brut, de style ancien, très beau, qui montre - s'il en était besoin - que nous sommes dans une famille aisée.

En sortant par la porte de la cuisine, juste derrière l'angle droit du mur, une vieille dame, discrète, complètement recroquevillée sur elle-même, semble totalement absorbée par sa tâche : confectionner de petites corbeilles d'offrandes. Je la salue d'un sourire, mais son regard méfiant et appeuré ne m'invite pas à engager la conversation... peut-être ne parle-t-elle que Balinais ! C'est la grand-mère du mari d'Anak Ayu, Suwirya.

Je fais le tour du jardin, le regard et l'objectif captivés par les différentes espèces d'orchidées, resplendissantes sous la caresse du soleil matinal. Suspendues à des fils, accrochées à des branches, il y en des dizaines de toutes formes et couleurs. Les fleurs rose-orangé des "kamboja"  (frangipaniers ou plumeria) embaument ; les alamandas blanches ou rose-pourpre accueillent scintillantes les perles d'eau de l'arrosage matinal, rivalisant d'élégance.

Les pavillons inoccupés, inscrits dans l'enclos traditionnel sont eux-aussi rutilants, avec des boiseries sculptées, richement peintes et dorées. Dans un angle, le petit temple et ses trois autels. Les allées rectilignes sont constituées de gravier noir scellé, parsemé de corolles minérales blanches à espaces réguliers. 
Le quartier a l'air tranquille, à l'écart des routes encombrées. Le jardin est un havre de paix, le calme de temps en temps troublé par le chant des coqs du voisinage et des oiseaux emprisonnés dans cette nature au cordeau. Les fleurs sont la passion de Madame et les animaux, celle de Monsieur.

Nous partons à la recherche de la maison de Bagara : Tuti et son amie sont en contact téléphonique, ce qui nous permet de ne pas trop nous écarter de notre but. Nous finissons par trouver la bonne adresse dans un quartier de la périphérie Est de Denpasar. C'est une demeure modeste, avec juste une cour, au bout d'une impasse. Sur les murs intérieurs, sont accrochées plusieurs séries de toiles d'artistes locaux ; Bagara que j'ai à peine connue en 1975, nous présente son mari, un monsieur plutôt âgé, d'origine chinoise.  Il est musicien et joue avec des groupes dans divers restaurants. Dans mon souvenir Bagara était plutôt réservée ; elle se montre expansive avec un rire très sonore. Les anciennes collègues se donnent des nouvelles des unes et des autres, évoquent quelques souvenirs. Le temps s'écoule en papotages ; Bagara tient à nous inviter à manger, devinez quoi ... du poisson !

La gargotte se trouve à l'entrée de la plage de Sanur ; il est midi bien sonné et il y a foule dans le petit resto. Les clients sont pour la plupart des employés et fonctionnaires indonésiens qui profitent de la pose pour se restaurer. Nous devons attendre qu'une table se libère pour nous installer. La spécialité maison est la soupe de poisson : nous en commandons trois ainsi qu'un autre plat de poisson, du riz blanc, et des "es jeruk". Le "Warung Mak Beng", qui ne paie pas de mine, ne désemplit pas et les serveurs s'activent entre les bancs et les tables resserrés. Il fait une chaleur étouffante dans ce boui-boui de bord de plage.
Le poisson est frais et les préparations d'une grande simplicité, mais c'est bon et le "sambal" est extra "pedas" (sauce de piment très relevée).
Nous refusons que Bagara règle l'addition malgré ses protestations ; elle ne roule visiblement pas sur l'or !
Quelques photos puis une petite promenade le long de la plage de Sanur, un des premiers sites du littoral balinais où ont été implantés de grands hôtels.  La balade se fait à l'ombre des arbres qui bordent la côte sablonneuse plutôt désertée en ce début d'après-midi ; à l'heure de la sieste, les marchandes des boutiques à souvenirs font quelques tentatives pour essayer de nous convaincre d'un achat, sans beaucoup de conviction. Quelques embarcations attendent tranquillement une heure plus propice pour distraire les touristes en mal d'activités nautiques.
Après un petit tour en voiture à l'intérieur de Sanur, très calme, nous reconduisons Bagara chez elle ; après d'ultimes bavardages, nous prenons congé de nos hôtes.

Ne pouvant entreprendre un trop long trajet - on en a déjà fait pas mal ! - je propose à Tuti d'aller rendre visite à un fabricant de paillotes et pavillons de jardin que j'ai repéré en direction de l'aéroport. Nous trouvons aisément l'objet de ma curiosité, un chantier en plein air au bord du "by pas" (voie rapide). La Karimun est garée à l'ombre et nous pénétrons librement dans l'entreprise "Bale-bale". De nombreux modèles de différentes tailles, finitions et matériaux sont exposées ou en voie d'achèvement. Un employé vient vers nous et répond à nos questions ; 80% de la production sont destinés à l'exportation plus spécialement chez le voisin australien, mais aussi en Allemagne et en France.

En bois exotique, carrés ou rectangulaires, simples ou ethniques, avec ou sans garde-fou, poteaux d'angle  sculptés ou non, il y en a pour tous les goûts. Les finitions sont à la demande ; évidemment, les couvertures en chaume naturel sont les plus élégantes, mais d'après le vendeur, mal adaptées aux rigueurs des hivers européens ; alors il propose et conseille des toitures avec des tuiles en bois (mais elles sont interdites à l'export !) ou des tuiles synthétiques et métalliques - fabriquées en France !
L'entrepise est importante et semble parfaitement  répondre au marché international. 

Tuti verrait bien un tel pavillon dans notre jardin, aménagé pour que nos petits-enfants puissent jouer à l'ombre en période estivale.
Personnellement, je pense que je l'apprécierai comme abri idéal pour la sieste !
Nous nous renseignons sur les modalités d'achat (tarifs et transport) : c'est du sur mesure, avec choix des finitions, expédition en kit par conteneur, montage détaillé avec photos... 
(pour les bricoleurs, voir construction d'un "bale")

Pour rentabiliser une telle commande, il faudrait en regrouper plusieurs autres afin de remplir le conteneur ou bien le faire avec d'autres produits décoratifs locaux (meubles, statues, etc). 
Un des responsables nous remet un CD de photos montrant les produits fabriqués par son entreprise. Nous n'en saurons guère plus sur les tarifs de transport d'une telle commande de Bali en France, le responsable export ne nous ayant pas rappelé comme nous en avions convenu !

De retour dans la maison d'Anak Ayu, nous assistons à la douche quotidienne, au jet, des oiseaux et de leur cage ; le nettoyage est effectué par deux "pembantu"  (domestiques) très jeunes qui passent leur journée à entretenir l'intérieur et l'extérieur de la modeste demeure. La poussière est chassée à coups de balai et de serpillère de tous les pavillons, même inoccupés. Les plantes sont aussi très surveillées : pas une feuille sèche à terre, pas une fleur fanée sur les branches ... tout est nickel ! Dans un grand aquarium, près de la porte d'entrée, un poisson doré, de belle taille, de la famille des piranahs (paraît-il), tourne tristement dans l'absence de décor de sa prison de verre ; pour seule compagnie, un garde-manger vivant constitué d'une demi-douzaine de poissons rouges qui restent groupés à distance du monstre, capable de croquer l'un d'entre eux en cas de petite faim.

Dans la soirée, nous rendons visite à la maman d'Anak Ayu, prof de math à la retraite ; formée à l'école hollandaise, elle évoque quelques souvenirs.
D'après les commentaires de Tuti et sa copine, elle était sévère et crainte des élèves, adepte d'une éducation autoritaire.      

Quelques friandises locales, à base de riz gluant et de noix de coco ainsi que des "jeruk" très sucrés - mais avec pépins - nous sont offerts. Puis c'est une séance photos souvenirs avant de repartir.

Deuxième visite : retour dans les locaux de "Bali Post" où, la veille, nous avions manqué un copain de lycée aux deux filles. Ce soir, il est bien là : il a l'air très sympa et paraît au minimum dix ans plus jeune que son âge, sans un seul cheveu blanc. C'est drôle (juste retour des choses) de voir les trois camarades de lycée plaisanter, rigoler à l'évocation de leurs histoires de potaches. Re-séance photos souvenirs et promesse de se retrouver lors d'un prochain voyage.
Pas de problème Rena, nous reviendrons dès que notre portefeuille nous le permettra !...

lundi 25 janvier 2010

Bukit Badung, la péninsule du Sud

Sommaire: nous vous entraînons cette fois sur la péninsule méridionale pour y découvrir:

- Taman Budaya Garuda Wisnu Kencana (album), grand projet de parc culturel pour le moment en "stand bye"

- Pura Luhur Ulu Watu (album), important sanctuaire dédié aux esprits de la mer
- Jimbaran et ses restaurants "sea-food" (album), en plein jour cette fois et très très peu de Kuta, la station balnéaire par excellence !

Nous avons passé une semaine à Wena Homestay ; au moment de régler l'addition, une mauvaise surprise nous attend. C'est un fils de la maison qui nous présente la note avec un supplément - non annoncé - de 10% de taxe. Les propriétaires, comme par hasard, ne sont pas là et toute discussion semble vaine : peut-être une petite embrouille du fils pour se faire un peu d'argent de poche ?
Nous quittons donc les lieux, déçus sur le principe (après tout ça ne représente que 4 euros), mais bon ! L'artiste-modeleur travaille à la texture de son Ganesh, en tamisant un sable très noir mais ne manque pas de nous saluer sympathiquement.
Comme Oki doit reprendre l'avion pour Jakarta le soir-même vers 18 heures, nous allons orienter nos visites du jour sur le Sud de l'île, pour être plus près de l'aéroport  Ngurah Rai.

Nous retournons dans la boutique d'objets sculptés repérée la veille, à la sortie d'Ubud. Tuti marchande plusieurs pièces ; les tarifs sont raisonnables alors nous nous laissons aller sur quelques statuettes... de quoi remplir un petit sac de voyage, en prenant soin de bien emballer nos achats.

En cours de route, Oki tient aussi à s'arrêter dans une fabrique réputée, pour acheter des petits pains fourrés au chocolat ou au fromage ; bien entendu, ce sont des Chinois qui tiennent ce genre de commerce et les clients sont nombreux. Pas de magasin, juste un guichet avec une caisse enregistreuse où l'on passe commande. On peut se rendre compte des conditions de travail des employés et d'hygiène du lieu : pas terrible ! mais les produits frais sont bons, alors... Oki commande plusieurs cartons pour rapporter à Jakarta.

Dans un premier temps, nous prenons la direction de Nusa Dua (sur la côte orientale de la péninsule de Bukit Badung que nous avons connu occupée par des villages de pêcheurs maintenant disparus au profit de grands complexes hôteliers type Sheraton, Grand Hyatt, Club Med et consorts) mais nous la quittons bientôt pour celle du Campus Udayana où Oki a un dossier à récupérer.

Enfin, nous arrivons dans un lieu qui nous est inconnu : "Taman Budaya Garuda Wisnu Kencana" (Parc Culturel Garuda Wisnu Kencana). Il s'agit là d'un projet grandiose qui a vu le jour sous le régime de "l'Ordre nouveau" du général Suharto, en 1993, à l'initiative du ministre du tourisme Joop Ave, consistant à construire un parc culturel autour de la plus grande statue du Monde, gigantesque représentation classique du dieu Wisnu chevauchant l'aigle mythique Garuda. Dans l'esprit de son créateur, le sculpteur Nyoman Nuarta, elle était destinée à devenir le symbole visuel non-musulman de l'Indonésie ; mais ce projet a rencontré de vives critiques de la part des Balinais peu enclins à accepter de l’État la création de ce site culturel quand le monde entier vient à Bali pour voir la culture balinaise.


En 2009, la construction de la statue est loin d’être achevée ; les effigies  dissociées de Garuda et Wishnu attirent apparemment peu de touristes sur le parc aux vastes dimensions (230 ha), établi dans le calcaire coralien de Bukit Ungasan, une colline culminant à 200m d'altitude, offrant un beau panorama du Sud de Bali. La crise économico-politique a certainement mis un terme à l'ambition démesurée et peu convainquante du projet... dans l'état actuel des travaux, il est peu probable que l'on puisse voir Wisnu chevaucher Garuda avant très très longtemps.

La visite du parc a tout de même quelques attraits : on peut y voir des plans, des maquettes du projet, quelques artisans, éventuellement des représentations de danses balinaises, mais surtout, les statues de Wisnu (Vishnu) et la tête de Garuda installées séparément sur leurs structures métalliques et le travail incroyable de chaudronnerie sur cuivre de ce qui devrait constituer la plus haute statue du monde.

Les caractéristiques techniques sont effectivement impressionnantes :

- la statue : hauteur 75m / envergure 62m / poids 4000t
                 matériaux cuivre-bronze et acier inaltérable (pour l'armature)
- le socle : plan carré de 100m x 100m / hauteur 78,64m pour 10 étages
               (avec galleries d'art, salles d'exposition, de réunion, de spectacles, 
                de visionnement, restaurant et terrasse panoramiques, etc, etc...)
- un parc de loisirs

On a vu grand pour le parking mais les visiteurs sont rares ; l'accès au parc lui s'effectue par des tourniquets comme dans le métro. Notre visite commence par les bâtiments contenant ébauches, plans, maquettes, historique du projet. Beaucoup de salles vides ! Un sculpteur sur bois et un bijoutier montrent leur savoir-faire aux rares visiteurs dont nous sommes. Nous gagnons ensuite l'esplanade la plus haute du domaine où Wisnu (dont la mission est de préserver l'ordre du monde) se dresse, majestueux mais manchot - dans la mythologie hindouiste indienne il est muni de quatre bras au minimum... Il est rare qu'un dieu de la religion hindoue n'ait que deux bras, mais peut-être qu'à Bali dans "l'agama hindu darhma", il en va différemment ?


Plus bas, sur une autre esplanade la partie supérieure de la monture sacrée du Dieu protecteur, elle sans ailes ; nous descendons pour voir de plus près les détails de l'aigle de bronze, Garuda. Les dimensions du parc sont telles qu'on a l'impression d'être les seuls visiteurs ce jour-là !
Nous descendons d'esplanade en esplanade, traversant quelques tranchées profondes, creusées dans le calcaire coralien, à la recherche d'un peu d'ombre ; un mémorial du souvenir dédié aux victimes des attentats terroristes se dresse ici, oeuvre en bronze du même artiste, Nyoman Nuarta.

Sur la dernière terrasse, les deux membres égarés du dieu Wisnu pointent l'index pour la main droite, l'index et le majeur pour la main gauche, vers le ciel comme une menace ou une recommandation (excusez-moi, je ne connais pas la symbolique de ces gestes dans l'Hindouisme ... si vous savez, vos commentaires seront les bienvenus). Quant aux dimensions elles ont sensiblement dans les mêmes proportions que celles de Ann Darrow dans les mains de King-Kong.
Pour sortir, nous traversons les boutiques à souvenirs, claires et aérées (on est loin des "pasar" traditionnels) qui présentent des objets classiques ou originaux, à des tarifs touristiques ; à l'extérieur, un "barong" se repose à l'ombre, attendant une hypothétique représentation et une statue de Garuda Wisnu Kencana de taille raisonnable, se pare d'une peinture vert-de-gris et or.

Dès la sortie, nous cherchons la direction de Pura Luhur Ulu Watu. Un panneau indique "Dreamland" au niveau de Pecatu Indah. Je ne connais absolument pas de quoi il s'agit et Oki se charge de m'éclairer sur le sujet : encore d'un vaste projet immobilier qui a débuté sous le régime Suharto dont la famille s'était rendu propriétaire de plusieurs centaines d'hectares de garrigue (et oui, "on dirait le Sud", le sol est aride, l'eau y est rare et la végétation broussailleuse) pour y construire hôtel, immeubles résidentiels, villas et comme il se doit, un golf avide en eau. De la route, nous ne voyons que les grands portails du domaine qu'il faut traverser pour arriver à proximité de Dreamland (Lemongkak, autrefois plage privilégiée des surfeurs en mal de sensations fortes, loin des rouleaux trop fréquentés de Kuta)...ce n'est pas ce que nous recherchons à Bali et nous passons notre chemin.

A l'ouest de la péninsule, le temple très important  d'Ulu Watu  occupe une position unique géographiquement parlant : juché sur la pointe avancée d'une falaise qui plonge abruptement dans l'écume permanente de l'Océan Indien soixante-dix mètres en-dessous, il est naturellement dédié aux esprits de la mer. Fondé au XIème siècle par un brahmane javanais, Empu Kuturan, à l'origine du système des castes, puis dernier sanctuaire de Nirartha (fondateur entre autre de Pura Tanah Lot), il mérite que l'on s'y rende rien que pour contempler le panorama .

On ne peut plus pénétrer dans la partie extrême du sanctuaire - ce qui prive le visiteur du meilleur point de vue (comme par exemple les tortues de mer que nous avions vues en 1976) mais préserve le recueillement des hindous et le patrimoine sculptural - mais on peut se promener de part et d'autre de l'édifice, sur les sentiers aménagés (et maintenant sécurisés) pour se remplir les yeux sur fond de grondement permanent des vagues se brisant au pied de la falaise et à condition de ne pas craindre la forte chaleur qui règne sur le site.

Attention ! le temple est habité par des familles de macaques gris qui ne manquent pas de vous chiper ce que vous tenez à la main si vous leur en laissez l'occasion ; on trouve d'ailleurs à l'entrée, deux ou trois marchands de bananes et de cacahuètes dans le but de distraire (et nourrir) ces bandes d'agiles petits voleurs pour les détourner de leurs intentions indélicates. Il est aussi très amusant de voir toutes les attentions et la tendresse qu'expriment ces singes dans leur cercle familial. Mais une fois encore, il faut rester sur ses gardes pour ne pas voir ses lunettes de soleil ou son appareil photo prestement disparaître dans une cache inaccessible. Je me souviens de ma fille, alors âgée de cinq ans, inconsolable après qu'un de ces macaques lui ait piqué son paquet de pop-corn pour s'en régaler sur le faîte d'un mur, devant nos yeux ébahis ! 
Il est 14h, le soleil est de plomb ; avant de reprendre la voiture, nous nous posons un moment à l'ombre, observant un groupe de lycéens indonésiens en visite qui ne peuvent s'empêcher de lancer quelques vannes à l'encontre d'un petit groupe de Coréennes très pimpantes, protégeant leur teint de cire sous le couvert de leurs ombrelles délicates... D'autres touristes munis de sachets de "kacang" (cacahuètes) se voient entourés par quelques macaques facétieux et gourmands.

Comme nous n'avons pas encore mangé, nous choisissons de retourner à Jimbaran, essayer le restaurant voisin de celui où Oki nous avait invités le soir de son arrivée. En début d'après-midi, nous sommes les seuls clients, mais les barbecues sont  en veilleuse et le personnel répond présent. Nous voyons mieux ce que nous commandons : gambas,  calamars et palourdes farcies pour accompagner le riz blanc, un peu de "kangkung" (liserons d'eau) en verdure le tout arrosé de "teh" (thé).
Nous avons l'embarras du choix pour l'emplacement : sur la plage, sous un parasol. Le repas se fait attendre malgré l'absence de clients ; il faut dire qu'il est quinze heures passées et que c'est plus l'heure de la sieste que celle du repas ! Très peu d'amateurs de bronzage (le soleil est trop brûlant à cette heure-là) à part deux couples homos : deux Japonaises (l'une très fine, l'autre genre "sumo"), et deux "bulé" (occidentaux).

Les plats arrivent : l'avantage, c'est que l'aspect visuel en plein jour ajoute à la saveur des  spécialités délicieuses, accompagnées de "sambal"  (sauces au piment) très relevés. Comme on s'attarde un peu dans ce cadre reposant, la serveuse nous apporte avec grace  l'addition tout en nous faisant comprendre que nous lui faisons faire du rab (non rémunéré !). Nous réglons la note en nous excusant et prenons la direction de Kuta, de l'autre côté de l'aéroport par rapport à Jimbaran.

Kuta ! C'est sans doute la localité qui a le plus changé en 33 ans : carrément méconnaissable ! Comment dire sans vouloir offenser personne... une enclave ou une annexe australienne, une station balnéaire comme tant d'autres ! Certes, la plage de sable pas noir qui s'étire sur 7 km est toujours superbe mais ce qui me gêne ce sont les supermarchés, les hôtels, les restaurants, les boutiques de mode, de bijoux, d'artisanat qui ont envahi ses abords : comme une overdose commerciale. 

En 1976 (nostalgie quand tu nous tiens !), il n'y avait que quelques hôtels et "losmen" (gîtes) assez sommaires, une route défoncée qui menait à la plage sous couvert des cocotiers, quelques restos et boutiques. Les routards y trouvaient leur bonheur bon marché. On pouvait même assister à des combats de coqs sur la plage et se désaltérer de jus de coco frais. Depuis, les anciens hippies se sont mis aux affaires, suivis par les riches investisseurs javanais ; en octobre 2002, l'attentat à la voiture piégée contre le Sari Club visait précisément les touristes et les intérêts occidentaux causant une grande majorité de victimes australiennes.
La faune locale n'inspire guère la confiance ; les mafias locales semblent avoir pignon sur rue. Je vous raconte.
Nous venons de garer la voiture dans le parking couvert d'un supermarché qui possède une ouverture sur la plage. Oki est parti se changer pour rentrer à Jakarta. Tuti et moi nous dirigeons vers la plage brûlante, dépassant deux gars assis sur le bord du trottoir. A peine sommes-nous passés que l'un d'eux crache dans notre dos de manière peu discrète ; je me retourne, il est clair que lui et son copain se foutent de moi. Nous allons un peu plus loin. Tuti s'occupe à envoyer des sms. J'observe le va-et-vient des touristes. Un type, cheveux plaqués par du gel, en costard blanc comme dans les films de gangsters chinois grimpe quatre à quatre les marches du grand escalier du supermarché. Oki tarde un peu ; quand il finit par nous rejoindre, les deux types de tout à l'heure s'avancent vers nous, devant, le plus costaud tous tatouages dehors, suivi comme son ombre par son collègue. Ils n'ont rien de sympathique (doux euphémisme)... mais bon, rien ne se passe quand nous les croisons (tant mieux)! Il n'empêche que Tuti et moi avons ressenti la chose : être passés tout près de l'invective, de la provocation gratuite... impression aussi bizarre que perturbante ! Nous quittons cette atmosphère d'agressivité sans plus tarder ; bien nous a pris de ne pas chercher à nous loger à Kuta, comme avions l'habitude de faire quand nous venions à Bali avec nos enfants.

Nous déposons Oki à l'aéroport avec deux heures d'avance, à sa demande. Cela nous permettra de profiter de la fin de journée pour trouver le chemin de la maison d'une amie de Tuti qui habite au Nord de Denpasar, avant la tombée de la nuit ; les directions étant si mal indiquées et la circulation  tellement encombrée que je navigue un peu au hasard, m'arrêtant à plusieurs reprises pour me repérer sur la carte. La nuit tombe vite et nous sommes obligés de demander notre route : nous passons trois fois devant l'entrée du "gang" (ruelle) recherché avant de le voir et finir par y pénétrer. Heureusement, les portables fontionnent parfaitement et Anak Ayu, la copine, peut nous guider jusqu'à son domicile.
Elle nous attend devant son portail et s'excuse de nous accueillir dans sa modeste maison ; je n'ai pas du tout l'impression qu'elle soit si modeste que ça. Nous entrons comme il se doit dans le "ruang tamu" (salon) qui en fait sont deux, richement meublés. Un peu plus loin, c'est la "ruang makan" (salle à manger) occupée par une table en bois extraordinairement massive (il doit falloir une demi-douzaine de costauds pour la déplacer !) avec les chaises assorties. Anak Ayu nous invite à déposer nos bagages dans notre chambre avec salle de bain attenante. Il fait très chaud : vive la douche-casserole !

Pour nous souhaiter la bienvenue, Anak Ayu nous invite à aller manger dans un resto de poissons tandis que son mari reste à la maison après une dure journée de labeur.
Le restaurant se trouve de l'autre côté de la ville ; nous sommes les seuls clients ; le décor est plaisant, le serveur aux petits soins, la musique d'ambiance couleur locale, les plats excellents et le jus de "jeruk" (petite orange) désaltérant.

Au retour, nous passons au "Bali Post" (le quotidien de Bali) pour rencontrer un camarade de lycée (SMA Saraswati) des deux copines qui, ce jour-là, pas de chance, est en congé. Nous reviendrons ! 
Sur le chemin du retour les deux filles ne cessent d'évoquer leur jeunesse de lycéennes, se remémorant le nom des profs et de leurs autres camarades de classe, et les inoubliables bêtises de potaches... c'était il y a quelques années

samedi 23 janvier 2010

"Bali Timur" (cap à l'Est)

Sommaire : ce chapitre nous entraînera dans l'Est de Bali, dans l'ordre suivant :

- Taman Kertha Gesa(album) à Klungkung rebaptisée Semarapura,  
- Kusamba, la recherche des exploitations traditionnelles de sel marin et Pura Goa Lawah(album),
- Tenganan(album), village d'une autre époque
- Amed(album), destination récente pour les amateurs de plongée et retour par la route  côtière.    

Nous quittons Ubud en direction de Gianyar. Mais Tuti et Oki souhaitent s'arrêter à l'Indomarket du coin ; je gare la Karimun sur le parking d'un marchand de sculptures et pendant qu'ils vont faire quelques emplettes, j'entre pour jeter un oeil à l'étalage d'objets décoratifs que l'on trouve en vente partout dans le monde.


Les statuettes présentées semblent de bonne facture. Le propriétaire vient discuter avec moi et je le complimente sur la finition des objets à la vente ; je me renseigne sur les prix tandis qu'il me précise que la marchandise est une production familiale...je suppose qu'il ne s'agit que du polissage, de la coloration et du cirage car on retrouve les mêmes objets dans toutes les boutiques de l'île ! C'est vrai que la qualité est nettement supérieure à ce qu'on avait vu au marché de Sukawati. Tuti et Oki reviennent et je quitte le marchand en lui promettant de revenir. Aimable, il me laisse repartir sans me pousser à la consommation... un bon point pour lui !

C'est dimanche, la route est tranquille. Nous arrivons à Klungkung, devenu Semarapura en 1992, du nom de l'ancien palais royal construit en 1710 et partiellement détruit en 1908 par les Néerlandais. La dynastie de Gelgel en fit la capitale de Bali, tenant les sept principautés de l'île sous sa coupe.  L'envahisseur  colonial, défait à Kusamba en 1849, finit par mettre fin au règne du dernier "raja" de Klungkung par une alliance douteuse avec son voisin et rival de Gianyar, dans un épisode guerrier tragique. C'est en 1908 que le Dewa Agung (descendant des Majapahit) choisit le "puputan" (suicide collectif) pour lui-même et ses centaines de fidèles - famille comprise - dans un affrontement "keris" (kriss) contre mitrailleuses de l'armée néerlandaises.  Le dernier royaume balinais cédait ainsi sa place à la prépondérance - peut-on dire "bienveillante" à l'égard de la culture balinaise (?) suite à ce dernier massacre - de l'occupant.


Mais revenons à notre arrivée dans Semarapura : toujours ce manque de panneaux indicateurs qui nous écarte du chemin à suivre pour arriver directement à destination. Nous parvenons enfin à nous garer sur le parking du "pasar", après un tour du "monumen puputan" (monument commémorant le sacrifice de 1908), tout près du mur d'enceinte de "Taman Gili" (jardin de l'île). Le centre ville est plutôt calme ; mon souvenir plus que trentenaire était plus celui d'une ville embouteillée, empestant les gaz d'échappement ... la nouvelle route côtière est certainement pour beaucoup dans l'atmosphère radieuse et apaisée de l'ancienne capitale du royaume.


Nous pénétrons dans ce que fut le "Semara Pura"  construit en 1710 (palais royal et ses dépendances : cours, jardins, pavillons, douves) que l'armée néerlandaise  détruisit à l'exception de "Pemedal Agung"  (porte du côté sud) et deux bâtiments heureusement préservés, le "Kertha Gosa" (salle de justice) et le "Bale Kambang"  (palais flottant). Pour compléter ce complexe appelé encore "Taman Kertha Gosa", le "Museum Semarajaya" abrite des collections d'objets et de photos, témoignages d'un glorieux passé sacrifié.
Dans l'angle Nord-Est du "taman", le Kertha Gosa est un pavillon ouvert à plan carré qui servait de salle de justice. On y accède par un escalier à rampe sculptée en forme de serpent. 


L'accueil est assuré par des statues de pierres dont le caractère fait penser à l'art chinois. En son centre, trône le mobilier doré très ouvragé des juges. Mais ce sont les peintures de style "kamasan", caractéristiques de Klunkung, qui retiennent l'attention des visiteurs ; il suffit de lever la tête pour découvrir cinq niveaux de fresques  représentant des scènes d'horreur et de tortures très imaginatives, sans doute effrayantes pour les coupables destinés à un voyage en enfer, comparativement aux scènes accueillantes du paradis placées tout au sommet du toit orné, pour finir, de quatre colombes et d'une fleur de lotus... Cette BD d'un autre temps raconte la vie symbolique des personnages mythiques, héroïques ou mauvais, que rencontre Bhima (un des personnage du Mahâbhârata) au cours de son voyage initiatique dans l'au-delà. Les peintures actuelles, mises en place dans les années 1940, en remplacement des anciennes sur tissu  détériorées, sont entretenues par les artistes du village de Kamasan.


Le "Bale Kambang", pavillon flottant, à la structure très légère, est accessible par un pont enjambant les douves verdâtres une fois franchi le portail ouvert. De nombreuses statues classiques ornent la rambarde du pont et le socle imposant du pavillon, faits de briques et de pierres entièrement sculptées. Ce dernier, de forme rectangulaire,  était la salle de repos des gardes royaux ; à l'instar du "Kertha Gosa", le plafond sous le toit de chaume noir est couvert de panneaux peints illustrant l'horoscope, le calendrier balinais ou des légendes, sur six rangées, sans les épouvantables scènes de tortures  du premier pavillon. Ce "bale" sur l'eau est une merveille.
De cette position élevée, on découvre l'ensemble des jardins et des constructions du "palais" de Klungkung.


Côté ouest, le bâtiment du "Museum Semarajaya" vers lequel nous nous dirigeons. Sur le perron, juste à l'entrée, deux "gambang kayu" (xylophones)  semblent être posés là, à la disposition des visiteurs : Oki et moi ne résistons pas à l'envie d'égrener quelques notes légères en tapotant du bout des doigts les lames en bambou. A l'intérieur, une chaise à porteurs, des vitrines exposant des costumes pour la danse, des keris, de la vaisselle... dans des cadres sous-verre des lettres mais surtout de vieilles photos des souverains et de leur famille. Il y a aussi du mobilier en bois scuplté, un métier à tisser les "songket"  (sarong brodé de fils d'or) ainsi que des explications sur les méthodes traditionnelles d'exploitation du sel de mer utilisant les troncs de cocotier ("palungan"). Enfin, un tableau représentant le "puputan" de 1908 assez émouvant (voir ci-dessus).


Nous ressortons du musée ; Tuti et Oki préfèrent s'asseoir sur la terrasse, à l'ombre, pendant que je vais faire quelques clichés de "Pemedal Agung", le très haut portail qui donnait accès au palais royal détruit par l'armée néerlandaise, côté Sud du taman. Je ne m'approche pas trop, ne voulant pas déranger la vieille balinaise en sarong en train de déposer des offrandes sur les marches, au pied de l'immense porte en bois sculpté ; encadrant l'escalier, quatre gardiens de pierre pour le moins étranges, coiffés de haut-de-forme de la Belle Epoque... surprenant et amusant à la fois !
Si l'on veut s'imprégner de l'histoire de Bali, la visite du complexe "Taman Kertha Gosa" mérite une longue halte.

Nous ne nous attardons pas plus à Klungkung pour nous diriger vers Kusamba dont le souvenir que j'ai me ramène à des images superbes de "perahu"  (bateaux à balanciers) avec les couleurs vives égayant la noirceur du sable volcanique et surtout à l'étonnante façon de recueillir le sel de mer. C'était en 1992 que nous avions découvert, un peu par hasard, une plage noire sur laquelle de nombreux bateaux de pêche reposaient à une heure sans doute trop chaude pour les sorties en mer, mais où un homme courait dans les vagues pour remplir ses deux paniers d'eau et venir en arroser par des gestes mesurés et cadencés le sable parfaitement ratissé et aplani. Nous n'avions pas très bien compris ce qu'il faisait, puis nous avions découvert juste au-dessus, en haut de la plage, plusieurs rangées de demi-troncs de cocotiers dans lesquels stagnait en plein soleil une eau plus ou moins chargée en sel. Dans certains troncs, il ne restait plus qu'une fine croûte blanche et, dans une cabane proche, des tas de sel en attente. C'est ce que je souhaitais retrouver afin de mieux comprendre ce système assez primitif d'extraction du sel.


Après plusieurs tentatives infructueuses pour retrouver le chemin d'il y a 17 ans, nous finissons par nous approcher du rivage. La Karimun garée, nous poursuivons à pied. Il doit être tout près de midi et le soleil brûle. Grosse déception, car rien ne ressemble à mon souvenir : nous arrivons sur la plage qui sert d'embarcadère aux bateaux faisant la traversée vers Nusa Penida, l'île au Sud de Bali, que l'on aperçoit au loin. Quelques ballots de diverses marchandises attendent d'être chargés à bord d'un des bateaux mauve ou vert amarrés. Quelques hommes, pas vraiment accueillants, discutent à l'ombre d'un baraquement. Il y a bien quelques "ayam jantan aduan"  (coqs de combat) dans leur "kurungan bambu" (cages en bambou tressé) alignées avec soin et, bien que le secteur soi calme, il n'y règne pas une impression de sérénité ;
nous retournons vers la voiture et - oh, surprise ! -je découvre ce que je cherchais, malheureusement pas sous la forme souhaitée : une exploitation de sel dans les troncs de cocotiers mais dans un enclos et pas directement sur la plage comme avant. Aucune activité visible si ce n'est celle de l'évaporation de l'eau de mer dans les auges de bois, laissant place aux cristaux de sel !
Que sont devenues les anciennes installations du bord de plage ainsi que les nombreux "jukung"  (bateaux de pêche à voile et balanciers) ? Sans doute l'affluence des touristes et les nouvelles infrastructures routières ont-elles complètement modifié les traditions et l'économie de la région de Kusamba.

Voici ce qu'écrivait le journal allemand "Erde" en 1998 à propos de ces modifications :
"La globalisation peut entraîner de graves problèmes pour certaines populations défavorisées. A Bali, le littoral n'est pas un espace d'habitat privilégié et ce sont donc les personnes les plus pauvres qui s'installent près des côtes afin d'exploiter les ressources de la mer. La pêche et la récolte du sel assurent de moins en moins les revenus. En revanche, la culture du varech et l'élevage des crevettes offrent des perspectives plus intéressantes, mais tout de même limitées."

C'est vrai, je suis égoïstement déçu une fois de plus, mais je dois me résigner à l'évolution inéluctable du pays...pourvu qu'elle profite à la population ! Il me reste quelques vieilles diapos et des films super-8 pour retrouver les images d'un passé révolu. A moins que nous ayons tout simplement fait une erreur de trajectoire et manquer l'immanquable, sait-on jamais !
Toujours est-il que nous repartons bredouilles pour un autre lieu sacré de Bali, un des six "Sad Kahyangan" (temples directionnels protégeant Bali des mauvais esprits)), Pura Goa Lawah, entre Kusamba et Padang Bai, au bord de la côte. Nous y sommes vite et comme pour tous les lieux touristiques, d'importants aménagements ont été faits pour le parking des visiteurs.

Le temple semble lui aussi avoir été refait à neuf ; il est toujours très fréquenté par la population locale (il a la réputation de porter chance). Très ancien (il a été fondé en 1007 par Empu Kuteran), il fait face à une grotte au pied de la falaise. Le temple en lui-même n'est pas très grand ; ce qu'il y a de plus spectaculaire, comme le nom "Goa Lawah" l'indique, la grotte des chauves-souris abrite des milliers de chéiroptères qui tapissent les paroies de la galerie s'enfonçant dans la montagne.


 Cet amas de bestioles  pullulantes et piaillantes n'incite guère à aller vérifier le bien fondé des dires balinais selon lesquels le boyau souterrain serait relié directement au "Pura Besakih", à une vingtaine de kilomètres au Nord, sur les pentes du "Gunung Agung". La grotte abriterait aussi le divin "Naga Basuki" (serpent-dragon) qui se nourrirait de ces sympathiques chauves-souris dont les excréments maculent les toits des autels environnants et imprègnent l'air ambiant d'une forte odeur fétide. En plein jour, elles ne s'aventurent pas à l'extérieur, accrochées, agglutinées au plafond de la caverne en une masse noire et grouillante de vie.


En plus de cette curiosité caverneuse, le temple est constitué de deux "meru" à sept et onze toits, quelques "bale" et de très belles portes en bois doré au sommet d'escaliers dont les rambardes en pierre sculptée représentent le "Naga Basuki". La présence d'arbres géants ceints d'une bande de tissu à carreaux noir et blanc, renforce l'idée que l'Hindouisme balinais reste très proche de la nature et la protège...enfin là où il n'y a pas  de très gros enjeux touristiques : le flux des visiteurs ne cesse de croître d'année en année draînant avec lui son triste cortège de problèmes liés à l'environnement (à lire).

En poussant plus à l'Est, un peu avant d'arriver à Candidasa, nous bifurquons sur une petite route à gauche en direction de Tenganan : quelle (mauvaise) surprise nous y attend ? Je crains le pire !
En ce début d'après-midi, à l'heure de la sieste, les abords de ce village habité par les "Bali Aga" dont l'origine remonte bien avant l'arrivée sur Bali de l'influence de l'Hindouisme javanais des Majapahit sont très tranquilles. Tenganan est le village le plus représentatif de cette civilisation d'une autre époque dont le mode de vie n'a guère changé depuis le XIème siècle. Au bout de la route qui monte légèrement dans les collines verdoyantes, un petit parking : on ne peut aller plus loin. Il donne sur les magasins de fabricants de paniers tressés en feuilles d'"ata" (sorte de paille très serrée) du plus bel effet. On entre ensuite dans le village par un passage dans le mur d'enceinte et là on découvre un monde bien différent de tout ce que l'on a pu voir précédemment.


D'abord la circulation est, en principe, interdite aux véhicules à moteur : tout semble paisible, comme si le temps s'était arrêté. Les habitations mitoyennes en pierres volcaniques sont alignées de part et d'autre de l'allée centrale, plutôt large, qui s'élève en paliers successifs pavés. Entre les deux rangées de maisons, de longues bâtisses ouvertes sur et sous lesquelles s'abritent du soleil des poules et leurs poussins, des chiens pelés et même des cochons noirs. Il y a aussi de jeunes buffles ruminant à l'ombre des arbres.


Et les habitants me direz-vous ? Discrets, même si certains ont quelques objets d'artisanat local à vous proposer : des bandes de "lontar" (BD du Ramahyana, calendriers balinais gravés au noir de fumée sur des feuilles de palmier très dures), des oeufs peints et des "kamben grinsing" (étoffes confectionnées au moyen de la technique de tissage très longue du double "ikat"). Les vendeurs de la rue n'interpellent pas les visiteurs et l'on peut librement circuler dans les maisons qui abritent des boutiques d'artisanat balinais ; le ventilateur et la lampe sont allumés pour agrémenter la visite sans pour cela être harcelé pour acheter.
Nous obtenons toutes les explications souhaitées sur la confection des différents produits ; un artiste sur "lontar" exprime ses difficultés à vivre de son art, la faiblesse de ses revenus depuis la crise de 1998 du fait de la dévaluation de la Rupiah, de la corruption qui gangrène l'économie mais, malgré tout il garde le sourire et une certaine sérénité fataliste, enviant notre chance de pouvoir voyager.


Après avoir gravi plusieurs paliers, nous traversons la bande de maisons à droite de l'allée centrale pour nous retrouver sur une deuxième allée, parallèle à la première mais beaucoup moins "urbaine", plus "kampung"  (campagne) avec la volaille qui vagabonde ici et là, des coqs de combats sous leur cage tressée dont certains colorés de teintes fluo du plus bel effet pour la parade, des arbres fruitiers et des maisons plus délabrées...il y a même une motocyclette garée à l'ombre et des cactus mêlés à des piments, sans doute pour accentuer le piquant.
En revenant à la voiture, une musique se fait entendre au loin : elle n'a rien du "gamelan selunding" propre aux "Bali Aga" mais plutôt du genre boîte de nuit en plein jour...ambiance "teuf", quoi ! A Bali, traditions et modernité font toujours bon ménage. Au bout du compte, pas de mauvaise surprise.

Décidément, je ne trouve rien d'attirant à Candidasa : c'est une succession d'hôtels et de restaurants au bord de la route côtière. Certes, la baie est magnifique et les amateurs d'activités marines et sous-marines doivent y trouver leur compte mais cette localité a été créée de toute pièce pour le tourisme, pas sans conséquences sur le littoral ; voici d'ailleurs ce que l'on peut lire sur plusieurs sites web : 
"La baie de Candidasa est une des plus belles de Bali. Elle a été un temps surexploitée. La barrière de corail a été utilisée pour faire du béton et construire des habitations. Conséquence : la plage n'a plus eu de protection et le sable a commencé à être emporté lors de marées. Depuis quelques temps, conscientes du problème, les autorités ont créé des barrières articifielles en béton. Le sable revient ainsi que les touristes." 

Pour tout dire, en 1976, il ne devait y avoir qu'un simple village de pêcheurs. Même les petits restos y pratiquent des tarifs plus élevés qu'ailleurs... aucun intérêt ! Bref, nous poursuivons notre route en direction d'Amlapura où nous faisons un bref arrêt buffet chez un "tukang sate" (marchand de brochettes).

Nous repartons en direction d'Amed, région en vogue depuis les années 90, complètement à l'Est. Au cas où l'endroit nous plairait, nous pourrions y passer les quelques jours qui nous restent à Bali.

La route est superbe avec des paysages de rizières en terrasse en contrebas, mais il faut rester très prudent car elle est aussi dangereuse avec quelques virages bien marqués.
Nous atterrissons finalement au bord de la plage d'Amed où les "perahu" reposent sur le sable et sous la menace de gros nuages orageux qui nous empêchent de profiter de la vue sur l'île de Lombok ; on en devine à peine la côte mais le "Gunung Rinjani", qui culmine tout de même à 3726 m, disparaît dans la noirceur des trombes d'eau qui s'abattent la voisine orientale de Bali.


Une famille indonésienne prend un bain de mer en pantalon et T-shirt.


Les premières gouttes annoncent une averse imminente ; d'abord quelques clichés de "perahu", puis nous réintégrons la Karimun sans avoir repéré les exploitations traditionnelles de sel de mer sur "palungan" dont la réputation a franchi les frontières de l'Indonésie auprès des chefs de la grande cuisine. Nous décidons de rentrer par la route côtière, plus au Sud. Amed sous la pluie se montre bien calme à part quelques touristes regagnant leur hôtel, trempés comme des soupes. La localité ne nous attire pas plus que ça ; peut-être pour les amateurs de pêche et de plongée...que nous ne sommes pas !

L'orage ne s'éternise pas et notre découverte de cette région plutôt aride se solde dans un premier temps par une succession de "dusun" (petits villages) dispersés le long de la côte où l'activité principale demeure la pêche pour autant qu'on puisse en juger par le nombre impressionnant de "jukung" multicolores alignés sur les plages. Les infrastructures hôtelières peu nombeuses et il faut ajouter que la route est relativement étroite et pleine de surprises. En effet, après le village de Aas, on quitte le bord de mer brutalement pour se retrouver dans un relief accidenté avec des pentes vertigineuses. L'aridité du paysage contraste avec la verdure habituelle des paysages de rizières ; il y pousse un peu de maïs, de l'arachide et quelques légumes.


Plus on s'élève et plus la forêt se densifie ; nous passons à gué un ruisseau dans lequel la jeunesse du village fait joyeusement une toilette communautaire ; des jeunes filles à la poitrine dénudée - ce qui était autrefois (heureuse époque) l'apanage des Balinaises mais que la civilisation a hélas  censurée - nous gratifient d'un beau sourire... par chance, je suis passager, et donc mon attention n'est pas requise par les aléas de la piste défoncée !
Le retour finit par traîner en longueur, surtout que nous traversons des forêts sans autre point de vue que les arbres pour satisfaire notre curiosité, avec parfois des  ornières dont les amortisseurs doivent encore se souvenir. Oki, dont ce n'est pas le premier séjour à Bali - il était venu avec des amis de son âge - n'en revient pas de découvrir tant de choses avec nous ; en fait, ses précédents passages consistaient dans la fréquentation de bars et de restaurants à clientèle occidentale, comme à Kuta et Jimbaran, tout ce que Tuti et moi évitons. Nous poussons un soupir de soulagement en retrouvant une chaussée dont l'asphalte ne nous réserve plus de sursauts tape-cul.

Nous repassons par Amlapura, Semarapura, Gianyar pour rejoindre Ubud ; la nuit est tombée, nous prenons notre repas du soir au Warung Dewa avant de rentrer nous reposer après cette longue chevauchée dans l'Est balinais.